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Sylvie Guillem, les adieux de la Ballerina assoluta

sylvie-guillem-credit-photographer-gilles-tapie- Le 31 décembre 2015, a achevé sa tournée d’adieux, avec le spectacle Life in progress, à Yokohama au Japon, après plusieurs mois de représentations dans le monde entier.

Pour ses adieux à la scène, Guillem a concocté un programme qui lui ressemble, résolument contemporain et qui rend hommage aux grands chorégraphes qui ont marqué sa carrière – , , et William Forsythe.
Life in progress comporte deux créations- Technê, un solo d’ et Here and after, un pas de deux de dansé par et Emanuela Montanari- et deux reprises – Bye, un solo de , créé pour Sylvie Guillem en 2012 dans le cadre du spectacle 6 000 Miles away, et un pas de deux de William Forsythe, Duo, interprété par deux danseurs de sa compagnie (Brigel Gjoka et Riley Watts).

Retour en quatre actes sur la carrière exceptionnelle de la plus célèbre des danseuses françaises de notre époque.

Les débuts fulgurants d’une surdouée

L’histoire de Sylvie Guillem est celle d’une ascension fulgurante. Elle découvre la danse classique à onze ans, entre à l’École de danse de l’Opéra de Paris un an plus tard, intègre le corps de ballet à seize ans et est nommée étoile de l’Opéra de Paris par Rudolph Noureev à 19 ans, en 1984, ce qui fait d’elle la plus jeune étoile de l’histoire de l’Opéra.

Elle ne se destinait pourtant pas à une carrière de danseuse. Sa mère, professeure de gymnastique l’initie à cette discipline qu’elle pratique à haut niveau. C’est alors qu’elle est présélectionnée dans l’équipe de France pour préparer les Jeux Olympiques de Moscou qu’elle est choisie pour participer à un stage d’un an à l’Opéra de Paris. Elle est immédiatement repérée par Claude Bessy, qui détecte son potentiel et l’admet directement en deuxième année d’étude en 1976.

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De ce stage qui a été son premier contact avec la danse, Sylvie Guillem garde un souvenir mitigé. Elle a détesté la discipline classique mais un déclic a eu lieu sur scène, lors du spectacle de fin d’année. C’est de cette rencontre avec la scène que tout est né. Cette passion pour la scène l’emporte sur tout le reste. « Je n’ai pas arrêté de m’émerveiller sur scène », confie Sylvie Guillem.

Rudolph Noureev a joué un grand rôle dans sa carrière et dans sa vie. Il est celui qui lui a donné sa chance. « Un danseur doit saisir l’instant » explique Sylvie Guillem. «Tu dois aller sur scène quand tu as la motivation, la volonté pour, que tes ailes sont grandes ouvertes. Rudolph Noureev le savait. Il ne faisait pas partie de ceux qui pensent qu’il faut attendre, souffrir, et attendre encore, et finalement, quand on te donne ta chance, tu as perdu l’âme ».

Malgré l’admiration immense de la jeune Sylvie pour le maestro, leur relation n’en était pas moins tempétueuse, comme en témoigne le bras de fer qui les a opposé et qui s’est terminé par le départ de Sylvie Guillem de l’Opéra.

L’épanouissement d’une danseuse libre

Sylvie Guillem se trouve vite à l’étroit dans le cadre du contrat dont relèvent les danseurs et danseuses de l’Opéra de Paris. Elle aspire à mener une carrière internationale, à répondre aux nombreuses invitations qui affluent du monde entier.

Or le contrat de l’Opéra de Paris est un contrat d’exclusivité. Pour se produire en dehors de la maison, les danseurs doivent obtenir une autorisation écrite du directeur de la danse. Guillem essaie de négocier pendant deux ans un aménagement de contrat, lui conférant davantage de souplesse. En vain. En 1989, la rupture est consommée. Guillem décide de claquer la porte de l’Opéra de Paris et signe un contrat de guest star à Covent Garden. Le Royal Opera House laisse la danseuse libre de son temps en dehors des représentations.

Guillem a choisi la liberté, envers et contre tous. « Je voulais faire mes propres choix », dira-t-elle plus tard. Cette soif d’indépendance et le refus de tout compromis lui vaudront le surnom de Mademoiselle Non. « Si on passe sa vie à faire ce que d’autres personnes vous disent de faire, ce n’est pas votre vie, c’est leur vie. Je voulais vivre la mienne ».
Elle est avide de découvrir de nouveaux univers, d’enrichir son vocabulaire classique et de relever de nouveaux défis. Déjà à l’Opéra, Noureev l’avait encouragé à travailler avec des chorégraphes contemporains. Ça a été une révélation: « Ces expériences ont été très importantes pour moi. Elles m’ont ouvert des portes. C’est dans cette voie que je voulais poursuivre ».

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Ce désir de sortir des sentiers battus s’est manifesté par le choix de travailler avec deux chorégraphes inconnus du grand public –  Russell Maliphant et Akram Khan – qu’elle a entrainés avec elle au faîte de sa gloire.

La rencontre de Guillem avec Russell Maliphant en 2002, à l’issue d’un spectacle du chorégraphe présenté au théâtre The Place à Londres, a été un choc artistique. Immédiatement, Guillem a eu envie de travailler avec le chorégraphe, d’expérimenter ce nouveau vocabulaire, mêlant contemporain, capoeira brésilienne, yoga et taï-chi.

La même évidence se produit avec le chorégraphe britannique d’origine bangladeshi, Akram Khan, qui explique: « Pour aimer quelque chose, il faut le questionner. Elle avait cette soif de questionnement, de constamment visiter de nouveaux endroits à travers le corps. C’est une perfectionniste; le moindre petit mouvement la fascine ».
Guillem a cette capacité extraordinaire de s’approprier toutes les techniques, de les incorporer et les faire siennes. Elle résumera ce talent par cette jolie formule : « Je suis bien partout parce que je n’appartiens à nulle part ».

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Guillem, l’engagée

Guillem a trouvé un nouveau type de combat à mener. Un combat pour la sauvegarde de la planète. Depuis quelques années, elle est devenue militante dans l’association Sea Shepherd fondée par Paul Watson ainsi que dans l’association de défense de la biodiversité Kokopelli. Elle a radicalement changé sa manière de se nourrir et de consommer.
« Je ne vais pas au supermarché parce que c’est ce qui détruit la planète, c’est ce qui nous détruit nous, et c’est ce qui crée beaucoup de souffrances : cela a détruit des savoir-faire, cela a détruit des métiers, cela provoque tellement de souffrances animales, et quand je m’en suis rendu compte, je me suis dit : Je ne veux pas faire partie de cette destruction ».

Les adieux : « Je souhaite arrêter heureuse en faisant ce que je fais avec passion et fierté »

Pourquoi mettre fin à sa carrière maintenant alors que, Guillem le répète, elle se sent bien physiquement et prend toujours autant de plaisir sur scène ?

Parce que tout a une fin et qu’elle sentait que le moment était venu. 50 ans, c’est un âge tout rond, et ça coïncide avec les départs de Mats Ek et de William Forsythe. Et surtout, Guillem la perfectionniste refuse le déclin. De continuer à être sur scène sans pouvoir se donner à fond. D’entendre les gens dire que c’était mieux avant. Elle a voulu une fracture nette : les blessures nettes sont celles qui cicatrisent le plus vite.

Sa grande force est de se réinventer sans cesse. La vie ne s’arrête pas avec la danse, et Guillem refuse de se laisser aller à la nostalgie.
« Toutes les choses, y compris les meilleures, ont une fin. C’est le moment de commencer autre chose. Une transition doit être faite. Il y a Sea Shepherd, cela aide à prendre une autre direction. Je ne vais pas pleurer toutes les larmes de mon corps parce que j’arrête de danser. J’ai dansé comme je voulais le faire. Le mieux que je pouvais ». « Trente-neuf ans de bonheur, il faut que ça se finisse bien, mais il faut que ça se finisse ».

Belle leçon d’espoir et de sagesse d’une battante, d’une femme entière et courageuse, qui a vécu sa vie de danseuse à mille pourcent, sans regret et qui continue résolument à aller de l’avant. Chapeau l’artiste!

Bibliographie
Dernière danse pour Sylvie Guillem, Euronews, Musica, 10/12/2015
Sylvie Guillem- Force of Nature, reportage de l’émission The Culture show, diffusé le 09/10/2013 sur BBC Two
Portrait de Sylvie Guillem, Archives INA 1995

Crédits photographiques : Photo n°1 et 2 : Gilles Tapie; Photo n°3 : avec Akram Khan in Sacred Monsters © Mikki Kunttu; Photo n°4 :  dans Bye de Mats Ek © Bill Cooper

 

 

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