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Le piano racé d’Imri Talgam

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Conlon Nancarrow (1912-1997) : Study VI, Study XV, pour piano, transcription d’Imri Talgam et Yvar Mikhashoff ; Prélude, Blues, Canons A, Canons B for Ursula ; Tango? ; Mauricio Kagel (1931-2008) : MM 51, Music for film ; Beat Furrer (né en 1954) : Voicelessness (The snow has no voice) ; Karlheinz Stockhausen (1928-2007) : Klavierstück X. Imri Talgam, piano. 1 CD Solstice ; enregistré du 4 au 6 mars 2015 au Théâtre d’Orléans. Texte français/anglais. Durée : 67’50.

 

5143LRSr24L._SS280De Nancarrow à Stockhausen, les quatre pièces pour piano du premier CD monographique du jeune pianiste israëlien , tout juste 28 ans, interrogent les dimensions rythmique et temporelle de l’écriture d’aujourd’hui.

De réputation internationale, il se fait connaître en France en remportant en 2014 le premier prix du 11e Concours international de piano d’Orléans, en même temps que les Prix Claude Hellfer et Edison Denisov.

De Colon Nancarrow, musicien américain qui va se fixer au Mexique, transcrit lui-même une des deux Études pour piano mécanique qui débutent cet enregistrement. Dans ces deux pièces, aussi amusantes que peu idiomatiques, comme dans les cinq autres partitions de Nancarrow où cohabitent subtilité rythmique et groove, l’interprète semble se jouer de la complexité et des contraintes rythmiques et formelles (Canons for Ursula). Clarté de la polyphonie, élégance du jeu et aisance virtuose s’exercent au sein d’un clavier d’une parfaite homogénéité. Le temps, compté cette fois par un métronome capricieux, est au cœur du projet de MM 51, musique de film de pour la version abrégée du Nosferatu de Murnau. Sous les doigts du pianiste, cette action sonore, rarement entendue au piano, entretient le suspens jusqu’au coup de théâtre final. Autre pièce au répertoire de notre pianiste, Voicelessness (the snow has no voice) de l’Autrichien est également peu connue. C’est la délicatesse du jeu et la palette des couleurs en demi-teintes de l’interprète, évoluant dans une musique à bas voltage, qui captivent l’oreille embarquée dans un processus à évolution lente dal’niente al niente.

Le Klavierstück X (1961) de , qui referme somptueusement cet album, est une œuvre somme, la plus longue de la série (26′), où le compositeur nous convie à une expérience temporelle et sonore singulière, juste avant d’aborder l’œuvre ouverte dans le Klavierstück IX et la Moment form l’année suivante. Imri Talgam « nous prend par la main » dans cette traversée initiatique où l’autorité de son jeu, l’imparable conduite formelle, le relief et la précision qu’il accorde à chaque figure de résonance maintiennent la tension de l’écoute et confèrent à l’œuvre l’envergure sonore et visionnaire que ce « rêveur d’inouï » appelait de ses vœux.

 

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