Vivaldi Recomposed par Max Richter à la Philharmonie de Paris

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris, Philharmonie 1 « Grande Salle », 10-I-2016. Antonio Vivaldi (1678-1741) – Max Richter (né en 1966) : The Four Seasons Recomposed ; Max Richter : The Blue Notebooks. Max Richter (piano, claviers, électronique), Mari Samuelsen (violon), Twelve Ensemble, Max Richter Ensemble.

Mari Samuelsen, Twelve Ensemble, Max Richter Ensemble et Max Richter dans "The Four Seasons Recomposed", le 10 Janvier 2016 à la Philharmonie de ParisAmbiance pop-rock avec « lights » et fumée de rigueur ce soir à la Philharmonie de Paris, afin d’accueillir le compositeur et son ensemble dans sa décoiffante version des Quatre Saisons de Vivaldi « Recomposed ».

Trop souvent entendues, rabâchées par quelques sonneries de téléphones, musiques d’ascenseur ou autres boîtes vocales mettant les nerfs à vif : c’est de ce constat qu’est parti le compositeur post-minimaliste en donnant une relecture tout à fait sidérante de ce qui est peut être l’œuvre la plus célèbre de l’histoire de la musique.

En effet, traitant le plus souvent chaque mouvement à grande force de sampling comme pourrait le faire un DJ, le compositeur en personne (devant l’orchestre au synthétiseur prenant place à côté du violon solo) nous offre ainsi une relecture électrisante de ces quatre concertos pour violon (usant d’une formation orchestrale baroque – cordes et clavecin – rehaussée donc d’un synthétiseur et de sons électroniques divers).

Quoi que par moment d’une technique systématique (fragments de Vivaldi tournant en boucle dont le discours est relancé par d’héroïques cadences rompues), on se laisse happer par un univers unique, n’hésitant pas à insérer de belles touches harmoniques personnelles aux couleurs modales (Printemps I, Automne III) aux sonorités laissant entrevoir une parenté certaine avec les musiques des compositeurs Nico Muhly ou Thomas Adès, ainsi que par des remaniements rythmiques (l’Hiver I substituant à la mesure à quatre temps originale un 7/8 endiablé), ou bien traitant le matériau de Vivaldi quasiment sous forme d’une chanson pop extatique (incroyable Été I).

Conçue pour le violoniste Daniel Hope (ayant gravé l’œuvre sur disque en 2012 pour DG), c’est aujourd’hui à la norvégienne d’interpréter la partie de violon solo de cette œuvre bien singulière, qui fit preuve ce soir d’un remarquable investissement émotionnel et physique, au sein d’une partition qu’elle avait visiblement à cœur de défendre. On aura toutefois trouvé dommage l’amplification générale des instruments sur scène, nuisant ici à la sonorité du violon solo, spécifiquement dans les passages lents aux notes tenues devenant soudain acides. Un petit bémol qui ne doit pas entacher une bien belle interprétation pleine de vie !

On aura en revanche été un peu plus déçu de la seconde partie du concert, présentant une version « live » de The Blue Notebooks (2002), le second album de Max Richter, donné ici dans une formation plus réduite : récitant, quintette à cordes et piano/orgue (le second violoncelliste empoignant pour deux morceaux un second orgue électrique).

D’une manière générale trop marqué par l’influence de Philip Glass (Iconography et Organum étant par exemple un simple réchauffé des Dances 2 et 4 du Maître new-yorkais), l’album offre toutefois quelques beaux passages poétiques, comme la courte et touchante ballade pour piano seul Horizon Variations, ou bien Old Song, utilisant comme socle le souvenir d’un lied de Schumann.

Malgré quelques déboires avec son ordinateur (le titre Shadow Journal ayant dû être interrompu en raison d’un mauvais événement électronique), et malgré le fait que quelques instrumentistes aient par moments été fâchés avec l’intonation (durant la seconde partie du concert), Max Richter donna derrière ses claviers une version touchante de ses propres œuvres, dont à la fois l’énergie, la plasticité et la force mélodique auront attiré un large public des plus diversifié.

Crédit photographique : © Philharmonie de Paris

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