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Quand Bach inspire le Suédois Larsson

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Jean-Luc Caron, musicologue spécialisé dans l’étude et la diffusion de la musique nord-européenne, entraîne depuis quelques années les lecteurs de Resmusica dans une ballade étonnante en pays scandinaves. Pour accéder au dossier complet : Brèves scandinaves

 

larssonSi (1908-1986) s’est brillamment  essayé à différents styles tout au long de sa carrière, il se présente constamment comme un fin mélodiste et souvent un rythmicien implacable contribuant ainsi à enrichir la musique suédoise grâce à ses  magnifiques partitions, hélas insuffisamment jouées.

De sa rencontre avec il élabore quelques pages qui allaient inspirer le troisième et dernier mouvement de sa Symphonie n° 2 en mi mineur op. 17, composée en 1937, une dizaine d’années après la Première en majeur. Ce Moderato-Prestissimo-Lento  d’une durée de huit minutes fut souvent donné en Suède comme pièce indépendante sous le titre d’Ostinato après l’exécrable réception de la  critique professionnelle exprimée au moment de la création de son second opus symphonique, le 24 novembre 1937 par l’Orchestre du Konserhuset qu’il conduisit à la salle de concerts de Stockholm. Cet échec retentissant perturba durablement qui dans le domaine symphonique ne connut guère de satisfaction l’obligeant en quelque sorte à retirer ses trois symphonies après leur création respective. Peut-être ce genre plus massif l’impressionnait-il davantage que ses splendides pièces miniatures lyriques et bucoliques qui plaisaient tellement à ses compatriotes. Toujours est-il que les commentaires professionnels, si terriblement négatifs, expliquent le retrait de cet opus 17.

Le compositeur accepta seulement de ne pas abandonner le troisième mouvement qu’il proposa à l’éditeur Carl Gehrmans comme musique orchestrale indépendante sous le titre d’Ostinato. Ostinato sera créé sous sa propre direction lors du Festival de la Société internationale pour la musique contemporaine (S.I.M.C.)  de Varsovie le 1er avril 1939. L’entraînante dynamique du morceau, sa construction impétueuse, sa rythmique saillante  et son pouvoir évocateur puissant menèrent cette fois cette partition vers le succès et constitua l’une de ses plus notables réussites dans le registre du grand orchestre.

Le Moderato consiste en une puissante escalade rappelant sûrement la Passacaglia en do mineur de Jean-Sébastien Bach. Larsson renouvelle une fois cette progression remarquable. Cette section très impressionnante et entraînante avance ensuite par une transition abrupte vers une sorte de gigue Prestissimo commençant par un fugato confié aux cordes et se manifestant en deux vagues successives d’expansion qui aboutiront à un passage coda noté Lento s’achevant en mi mineur.

Ce n’est qu’en 1973 que la Symphonie n° 2 réapparut au concert sous la direction de Sten Frykberg à la Radio suédoise avant de connaître son premier enregistrement commercial en 1988 sous la baguette de Hans-Peter Frank pour l’étiquette BIS.  Ces deux sursauts bienvenus posent inévitablement la question de savoir si Larsson avait eu raison de soustraire cette œuvre à l’attention du public.  Il semble bien que non, d’ailleurs l’intéressé lui-même déclara  bien plus tard : « Je ne sais pas si j’ai bien fait lorsque je l’ai retirée du marché. »

Ce petit bijou, inspiré et goulayant, enrichira sûrement les quelques minutes nécessaires à son écoute.

Pour découvrir l’Ostinato : Orchestre symphonique d’Helsingborg, direction Andrew Manze. Enregistrement de 2011. CPO 777 672-2, plage 3.

Photo : Lars-Erik Larsson Foto: SVT Bild

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