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Carl Philipp Emmanuel Bach revisité par Ophélie Gaillard

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Carl Philpp Emmanuel Bach (1714-1788) : Symphonies en ut majeur Wq 182/3 et en mi mineur Wq 178 ; Concerto pour violoncelle en si bémol majeur Wq 171 ; Sonate pour violoncelle piccolo et clavecin en ré majeur Wq 137 ; Concerto pour clavecin en ré mineur Wq 17. Ophélie Gaillard, violoncelle et direction musicale ; Francesco Corti, clavecin et continuo ; Ensemble Pulcinella. 1 CD Aparte. Enregistré en septembre 2015 en l’église luthérienne du Secours de Paris par Nicolas Bartholomée. Durée : 82′.

 

cpe BachAprès un premier volume très réussi centré sur l’attachante et géniale personnalité de Carl Philipp Emnanuel Bach, et son remettent l’ouvrage sur  le métier pour un second volume plus disparate mais non moins éloquent.

Véritable portrait musical du compositeur , ce CD est superbement présenté par un très beau texte de l’artiste (osant notamment un rapprochement juste mais audacieux par son anachronisme entre l’esthétique pré-romantique du compositeur et la peinture plus tardive de Caspar David Friedrich) et une notice très détaillée de Gilles Cantagrel.

Il démarre sur les chapeaux de roues par la troisième des six symphonies pour cordes Wq 182 commanditées par le Baron van Swieten : sans doute Carl Philipp a-t-il voulu y évoquer son propre caractère par l’omniprésence du motif B-A-C-H (si bémol la do si bécarre) notamment à la basse durant tout le mouvement lent central harmoniquement alambiqué : l’ mêle à l’interprétation sur instruments d’aujourd’hui une pratique historiquement informée, allègre, emportée et contrastée : la recherche de sonorités onctueuses malgré la grande parcimonie du vibrato y est patente, des solutions originales sont proposées, tel ce continuo campé par le pianoforte plutôt que le clavecin. Plus loin, l’interprétation de  la célèbre Symphonie en mi mineur Wq 178, éditée et tant vantée du vivant même de l’auteur par Hasse ou Burney, plus tragique et opératique, et présentée ici dans sa version pour cordes seules, emporte également l’adhésion par ses tempi parfaits et son dramatisme pleinement assumé.

C’est bien entendu un réel plaisir de retrouver le tempérament et la fine musicalité d’ en soliste ; elle mène suivant ses options de plénitude sonore et d’une franche articulation le Concerto en si bémol Wq 171, assez italianisant et plus intime que les deux déjà enregistrés par l’artiste. La beauté de l’élégiaque adagio central ne peut qu’emporter notre totale adhésion, même si ailleurs on peut regretter de petites ruptures de tempi (par exemple plage 4 de 4’15 à 4’25 ») dans l’allegro initial lors d’un ces solos plus périlleux. Le tempo de final est un rien trop sage quand on le compare à la joute virevoltante du récent CD de Julian Steckel (chez Hänssler), certes plus ténu de son mais plus léger de touche et plus fin dans son articulation. De surcroît, dans le présent enregistrement le babil du pianoforte au continuo devient ici et là envahissant.

Ophélie Gaillard fait aussi le choix de s’approprier la Sonate pour gambe et clavecin Wq 137 et d’assumer son interprétation au violoncelle piccolo à cinq cordes. Pari risqué mais totalement réussi tant par le ton pastoral et affectueux des mouvement extrêmes comme par la virtuosité impeccable du gigantesque Allegro di molto central. C’est sans doute le grand moment instrumental de ce disque.

Le Concerto pour clavecin Wq 17 permet de mieux juger du talent du claviériste de l’ensemble, , jusqu’alors cantonné dans un rôle de continuiste ou d’accompagnateur. Il s’agit ici d’une version certes honorable de cette belle page, mais où par moment la fluctuation des tempi et une certaine précipitation noient la carrure du discours ; malgré l’originalité des options (la registration luthée du début du mouvement central), on peut par exemple préférer la lecture plus cursive de Miklos Spanyi, accompagné par le Concerto Armonico de Peter Szüts, au sein de l’intégrale exhaustive des concerti pour clavier de Carl Philipp Emmanuel toujours en cours chez Bis. Ces petits bémols empêchent peut-être ce disque de renouveler totalement le miracle du premier volume consacré par les mêmes interprètes au même compositeur.

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Carl Philpp Emmanuel Bach (1714-1788) : Symphonies en ut majeur Wq 182/3 et en mi mineur Wq 178 ; Concerto pour violoncelle en si bémol majeur Wq 171 ; Sonate pour violoncelle piccolo et clavecin en ré majeur Wq 137 ; Concerto pour clavecin en ré mineur Wq 17. Ophélie Gaillard, violoncelle et direction musicale ; Francesco Corti, clavecin et continuo ; Ensemble Pulcinella. 1 CD Aparte. Enregistré en septembre 2015 en l’église luthérienne du Secours de Paris par Nicolas Bartholomée. Durée : 82′.

 
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