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Lidholm éclairé par Wagner et Beethoven, version Blomstedt

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Munich. Philharmonie. 14-V-2016. Richard Wagner (1813-1883) : Prélude et mort d’Isolde extraits de Tristan und Isolde ; Ingvar Lidholm (né en 1921) : Poesis pour orchestre ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 5 op. 67. Orchestre symphonique de la Radio Bavaroise ; direction : Herbert Blomstedt.

Blomstedt BRSO 2016 met à l’honneur dans un programme pas si romantique.

Deux grands classiques du répertoire symphonique autour d’une œuvre contemporaine, dans un programme pensé et choisi par le chef même, qui, cinquante ans plus tôt – en 1964 –, en avait assuré la création : on pourrait penser, dans cette structure du concert donné avec l’Orchestre de la Radio Bavaroise dirigé par , à une manière fort commune de faire « avaler » la pilule contemporaine. Qu’il y ait de la part du chef une forte implication personnelle dans la programmation de l’œuvre de Lidholm, c’est une évidence : sa présentation de l’œuvre, pendant une dizaine de minutes, est d’une verve et d’un humour très efficaces. L’Orchestre de la Radio bavaroise a certes depuis des décennies sa série de musique contemporaine, Musica Viva, qui a pour seul défaut de couper le public des concerts d’abonnement de la musique contemporaine.

De cette façon, il apparaissait clairement que c’était bien l’œuvre de Lidholm qui faisait la cohésion du programme, le flux organique du prélude de Tristan et la prégnance du signal rythmique de la cinquième symphonie de Beethoven entrant chacun en résonance avec la Poesis de Lidholm. Poesis, comme l’explique Blomstedt, non pas dans le sens de poésie, mais dans le sens originel du mot grec, qu’on pourrait traduire par fabrication : dans le contexte du monde musical des années 1960, cette allusion un peu ironique à la fabrique de la musique ne manque pas d’interprétations possibles. Mais l’idée d’une musique pure, qui ne vit que pour elle-même et pas pour raconter ou pour émouvoir, est un défi intellectuel qui n’a pas attendu notre temps pour faire réfléchir les compositeurs. Cinquante ans plus tard, la pièce reste d’une stimulante inventivité dans sa radicalité revendiquée, et Blomstedt, qui la dirige avec une passion intacte, a bien raison de s’en faire encore et toujours le héraut.

On sait bien que le diptyque symphonique de Tristan souvent joué en concert a pour seul défaut qu’il manque environ trois heures et demie de musique entre les deux parties. C’est particulièrement vrai avec Blomstedt, qui n’a guère dirigé d’opéra pendant sa longue carrière et qui livre ici une interprétation qu’on aimerait voir se continuer tout au long d’une soirée d’opéra. Il y a là une grande transparence, une tenue rigoureuse qui éclaire admirablement la force vitale du Prélude.

En conclusion de ce programme intelligent, Blomstedt livre une interprétation de la Cinquième symphonie de Beethoven qui frappe en ces lieux parce qu’elle est aux antipodes de l’interprétation chaleureuse, très romantique, qu’en a souvent donné avec cet orchestre Mariss Jansons. On pourrait y voir de la sécheresse, mais cette manière de faire ressortir l’architecture au détriment de la chair et de l’élan de la musique a ses séductions propres, ancrées dans la clarté classique dont Beethoven est héritier, mais inhabituellement modernes. Une interprétation on ne peut mieux appariée à l’esprit de la musique de Lidholm ; l’inépuisable Orchestre de la Radio bavaroise suit sans peine ce chemin si éloigné de ce qu’on connaît habituellement de lui.

Crédits photographiques : © Bayerische Rundfunk

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Munich. Philharmonie. 14-V-2016. Richard Wagner (1813-1883) : Prélude et mort d’Isolde extraits de Tristan und Isolde ; Ingvar Lidholm (né en 1921) : Poesis pour orchestre ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 5 op. 67. Orchestre symphonique de la Radio Bavaroise ; direction : Herbert Blomstedt.

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