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À Besançon, un dernier concert symphonique russe

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Besançon. Scène nationale. Théâtre Ledoux. 18-V-2016. Modest Moussorgski (1839-1881) : La Khovantchina, ouverture. Igor Stravinski (1882-1971) : Concerto pour violon en ré majeur. Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 5 en ré mineur op. 47. Alexandra Soumm, violon. Orchestre Victor Hugo Franche-Comté, direction : Jean-François Verdier.

russes-le-feu-et-la-glace_alexandra-soummcbenjamin-ealovegaEncore un programme original qui, malgré un caractère populaire a priori restreint, réussit à remplir la salle du théâtre bisontin : termine cette saison en beauté avec des conditions extérieures qui lui ont échappé.

La thématique russe réunit en une même soirée trois grands maîtres de l’écriture symphonique. D’abord une ouverture de la Khovantchina bardée de couleurs subtiles, évocatrices au possible d’un lever du jour au bord de l’eau. Les éléments naturels convoqués, le son des cloches, un crescendo-descresendo très pictural brossent un superbe tableau introductif d’une Russie réaliste. L’arrivée du seul concerto que Stravinski écrivit pour violon tranche dans le vif : passe par toutes les possibilités qu’offre le violon moderne entre les mains d’un auteur qui l’écrivit au début des années 30, contemporain des seconds de Prokofiev, Bartók, Berg et Schoenberg. L’écriture moderne mais déjà plus classique canalise la virtuosité des premier et troisième mouvement par deux Arias centrales magnifiques d’expression, qui ne sont pas sans rappeler certains aspects de l’écriture de Chostakovitch pour son deuxième concerto pour violon. Un naturel dans la conduite de cette musique, tant au violon qu’à la baguette, nous ferait presque oublier l’instabilité des mesures.

Une des symphonies-phare de Chostakovitch est interprétée pour la première fois par le Victor. N’importe qui ne peut pas se lancer dans cette fresque sonore impressionnante, et l’on ne peut que remercier du progrès énorme qu’il a transmis à cet orchestre depuis qu’il en est le responsable. Il y a mille manières de tourner cette œuvre : déjà la départager entre les Russes et les Occidentaux. Puis entre ceux qui s’accrochent au texte et ceux qui jouent avec leurs « tripes » ; les visions contextuelles – poids de l’histoire, de la politique – la place de la n° 5 dans l’ensemble du corpus et bien d’autres éléments encore. joue occidental, a des fulgurances (accélération puissante fin du mouvement initial), des pauses magistrales (dialogues entre les solistes aux bois), des éclatements sonores impérieux. Mais aussi quelques platitudes (solo violon deuxième mouvement, pas ironique du tout) et des retenues (sur le point culminant du dernier). Il s’agit d’un choix interprétatif pourtant cohérent avec l’ensemble des mouvements.

Nous avons parlé de conditions extérieures indépendantes de sa volonté : un orage torrentiel de grêle s’est invité dans la seconde moitié du premier mouvement (à partir du numéro 17 semble-t-il), rendant inaudible toute cette partie. On savait l’acoustique du théâtre moyenne, on connaît maintenant ses limites dans des cas semblables… Avec philosophie, le chef a rejoué intégralement cette partie permettant d’éviter toute frustration.

Crédits photographiques : © Benjamin Ealovega

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Besançon. Scène nationale. Théâtre Ledoux. 18-V-2016. Modest Moussorgski (1839-1881) : La Khovantchina, ouverture. Igor Stravinski (1882-1971) : Concerto pour violon en ré majeur. Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 5 en ré mineur op. 47. Alexandra Soumm, violon. Orchestre Victor Hugo Franche-Comté, direction : Jean-François Verdier.

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