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Fractus V de Cherkaoui à La Villette

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Paris. Grande Halle de La Villette. 08-VI-2016. Fractus V. Chorégraphie: Sidi Larbi Cherkaoui. Danse: Sidi Larbi Cherkaoui, Dimitri Jourde, Johnny Lloyd, Fabian Thomé Duten, Patrick « Twoface » Williams Seebacher. Musique live: Shogo Yoshii, Woojae Park, Kaspy Kuyubuka Kusosa, Soumik Datta. Composition musicale: Shogo Yoshii, Woojae Park, Sidi Larbi Cherkaoui, Johnny Lloyd, Soumik Datta. Assistant à la chorégraphie et répétiteur: Jason Kittelberger.

Cherkaoui-FilipVanRoe-Fractus-V-960Ce deuxième programme, proposé par Cherkaoui à la Villette, se veut un questionnement sur les libertés d’expression et de pensée. Le mélange des genres décousu et le discours prétentieux provoquent un sentiment général d’ennui, voire de malaise, malgré de brefs moments brillants.

Fractus V est l’un des derniers-nés du chorégraphe flamand. La pièce, conçue au départ comme un trio, a été créée en 2014 pour les quarante ans du de . Elle s’inspire des idées du linguiste et philosophe américain Noam Chomsky, en particulier la dénonciation du rôle des médias dans le maintien de l’ordre établi et la constitution d’une « fabrique du consentement ». La pièce a ensuite été étoffée à cinq danseurs, parmi lesquels lui-même.
Le mélange des genres est d’emblée revendiqué par le choix de ces cinq danseurs venus d’univers aussi différents que le cirque, le lindy-hop, le flamenco, le contemporain et le hip-hop. Les styles de musique se veulent résolument éclectiques, allant des polyphonies corses aux musiques traditionnelles congolaise, indienne et coréenne en passant par le jazz et le tambour japonais – le taiko.

Malheureusement, ces différences conduisent à un mélange hétéroclite. On ne peut plus s’étonner aujourd’hui de voir s’enchainer du hip-hop et du flamenco; en revanche, on peut regretter l’absence de cohérence et de sens dans cet enchainement. La majeure partie de la chorégraphie relève du hip-hop, avec de beaux passages, en solo ou en ensembles. Il faut notamment mentionner le très beau solo du danseur contemporain et de flamenco Fabian Thomé Duten, morceau de bravoure et seul moment qui véhicule une véritable intensité émotionnelle.

Ces moments sont brefs et l’on se perd dans les nombreuses et interminables scènes de bagarres mimées au ralenti, comme dans un jeu vidéo. La cruauté serait insoutenable sans un semblant de distanciation: personnages tabassés, criblés de balles, martelés de coups de poings, de pied, os brisés dont le son résonne en direct. Les danseurs, écrasés sur le sol, se relèvent indéfiniment pour se faire à nouveau battre par le hip-hopeur « Two Face » qui incarne une violence gratuite et redoublée. Ces scènes ont visiblement pour but de dénoncer l’omniprésence de la violence à la télévision et dans les médias, ainsi que la recherche incessante du scoop qui conduit le journaliste à photographier, à grand renfort de flash, les cadavres encore chauds.

eastmansidilarbi-fractus-v-18-c-filipvanroe__largeLa scénographie utilise des panneaux triangulaires, que les danseurs placent et déplacent pour moduler l’espace. Trop longs, ces mouvements cassent le rythme sans rien apporter à la chorégraphie, sauf quand ils sont utilisés comme des dominos, tombant avec fracas sur la chaise où est assis Cherkaoui. Ce dernier, qui incarne le consommateur d’information adepte du « zapping », est violemment propulsé hors de la scène, face contre terre.

Les textes, en partie extraits des ouvrages de Chomsky, sont récités en anglais par les danseurs et sous-titrés sur l’écran de fond de scène. Contrairement à Noetic où les textes n’avaient pas vocation à être compris dans le détail par un public francophone, ici l’ambition est bien de faire entendre un discours à visée édifiante. Le message pourtant n’est pas bien original; depuis Orwell et sa dénonciation de la propagande politique et de l’aliénation des esprits, Bourdieu et ses analyses sur la télévision, on sait bien que les médias peuvent être aussi bien un outil d’éducation des masses et un mode de contrôle des gouvernants qu’un moyen de diffusion de la propagande et d’embrigadement. Cherkaoui aurait tort de vouloir se transformer en théoricien et de tomber dans un intellectualisme outrancier

Crédits photographiques: © Filip Van Roe

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Paris. Grande Halle de La Villette. 08-VI-2016. Fractus V. Chorégraphie: Sidi Larbi Cherkaoui. Danse: Sidi Larbi Cherkaoui, Dimitri Jourde, Johnny Lloyd, Fabian Thomé Duten, Patrick « Twoface » Williams Seebacher. Musique live: Shogo Yoshii, Woojae Park, Kaspy Kuyubuka Kusosa, Soumik Datta. Composition musicale: Shogo Yoshii, Woojae Park, Sidi Larbi Cherkaoui, Johnny Lloyd, Soumik Datta. Assistant à la chorégraphie et répétiteur: Jason Kittelberger.

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