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La musique de chambre au Festival Palazetto Bru Zane à Paris

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Bouffes du Nord. 7, 8, 9-VI-2016. Œuvres de Rita Strohl, Camille Saint-Saëns, Claude Debussy, Gabriel Fauré, Jacques Offenbach, Marie-Joseph-Alexandre Déodat de Severac, Marie Jaëll, Benjamin Godard, Charles Gounod. Avec : Gary Hoffman, violoncelle ; David Selig, piano (7-VI) ; Henri Demarquette, Anastasia Kobekina, violoncelle ; Jean-François Heisser, Philippe Hatta, piano ; Ryo Kojima, violon ; Quatuor Mosaïques : Erich Höbarth, Andrea Bischof, violon ; Anita Mitterer, alto ; Christophe Coin, violoncelle.

Bru Zane 20160608 Académie Ravel 1Le Festival Palazetto Bru Zane à Paris poursuit, pour sa 4e édition, la tradition de musique de chambre en mêlant des musiciens familiers avec des compositeurs peu connus du public, comme , et , dans d’excellentes interprétations, dont une partie assumée par les lauréats de l’Académie internationale de musique Maurice Ravel de 2015.

Le 7 juin, malgré une dense humidité qui aurait pu compromettre la qualité de l’interprétation, le violoncelliste , avec la complicité étroite de , tient merveilleusement le fil musical entre la Sonate n° 1 de Saint-Saëns, Nocturne et Scherzo de Debussy, Elégie de Fauré et Grande Sonate dramatique « Titus et Bérénice » de . Si on a encore peu d’occasions d’entendre la Sonate de Saint-Saëns et la pièce de Debussy, toutes les deux marquées par un certain « romantisme classique », le clou de la soirée est incontestablement l’œuvre de Rita Strohl (1865-1941), une compositrice native de Lorient, encore largement méconnue. Sa Grande Sonate dramatique a été composée en 1892, s’appuyant sur des citations de Bérénice de Racine, avec un procédé narratif, dans une sorte de poème symphonique version violoncelle et piano, sans recourir à des leitmotiv. Les deux musiciens chevronnés soulignent le caractère pittoresque de ces tableaux musicaux grâce à des couleurs sonores très variées.

Le lendemain 8 juin, le concert est donné conjointement par des professeurs ( au violoncelle et au piano) et les lauréats de l’Académie Ravel de 2015. Dès le début de la soirée, , également lauréat du Concours d’Orléans de février dernier, nous emmène dans l’univers exotique et haut en couleur de Cerdaña, grâce à son agilité digitale, souple et spontanée, qui élargit considérablement son éventail expressif déjà très fourni. Après la Suite op. 16 de Saint-Saëns par Demarquette et Heisser, la pétillante jeune violoncelliste (née en 1994 à Ekaterinburg) interprète avec Demarquette le Duo en mi majeur lettre F no 2 d’Offenbach. La liberté de son jeu dans le cadre défini d’un duo fait entrevoir son immense potentiel en tant que soliste mais aussi comme chambriste. Ce soir-là aussi, la femme est mise en valeur, avec les Douze valses et Finale op. 8 (à quatre mains) de . Si les pièces sont teintées d’un très fort caractère de musique de salon, nos deux pianistes font revivre la musicalité, parfois inattendue, que recèlent ces pièces « de genre ». Et tout d’un coup, ces valses livrent tous leurs charmes, tantôt plaisant, tantôt dramatique, tantôt méditatif. A la fin, le violoniste japonais Ryu Kojima propose une version raffinée mais très dynamique de la Sonate de Debussy, avec beaucoup de délicatesse et rêverie. Les trois lauréats interprètent ensemble en bis le mouvement lent du Trio op. 35 de (1854-1928), compositeur à découvrir au cours de la saison prochaine du .

La clôture du Festival est confiée, le 9 juin, au , avec trois quatuors à cordes : Quatuor n0° 2 en la majeur de Gounod, qu’il a écrit en 1887 pour lui-même et dont on a sauvé le manuscrit, dit-on, de la poubelle (et qui est réapparu lors d’une vente aux enchères en 1993) ; le fameux Quatuor de Debussy, et le Quatuor n° 2 de , composé en 1878. Avec les trois œuvres nées en l’espace de 15 ans, entre 1878 et 1893, mais de factures extrêmement différentes, ce concert montrait à quel point la diversité créatrice régnait en France de la fin du XIXe siècle. Et cela même si on perçoit des faiblesses dans la structure ou dans le développement des idées chez Gounod et Godard, notamment un classicisme haydnien tordu par l’air du temps chez le premier et une dispersion ou un mélange des styles à la limite du déséquilibre pour le dernier (mais l’équilibre est malgré tout bien maintenu, c’est probablement là, le génie de Godard). Les archets des quatre Mosaïques ont régalé l’auditoire par leur force d’expression qui nous procure, comme à l’accoutumé, un grand plaisir.

Crédit photographique : de gauche à droite : , , © Gaëlle Astier-Perret

 

 

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