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Le Bundesjugendballett de Hambourg s’allie au Young Euro Classic

Danse , Festivals, La Scène

Berlin. Konzerthaus. 18-VIII-2016. YOUNG EURO CLASSIC / Bundesjugendballett : Ein kleiner Prinz. Intendant & chorégraphe : John Neumeier. Direction artistique : Kevin Haigen. Conception musicale : Steven Walter. Dramaturgie : Aike Errenst, Johannes Fuchs. Avec Noam Carmon, Giorgia Giani, Winnie Huang, Minju Kang, Kristian Lever, Kellen McDaniel, Larissa Machado, Moritz ter Nedden, Tilman Patzak, Joel Paulin, Pascal Schmidt, Michael Schmitz, Teresa Silva Dias, Maruta Staravoitava, Yohan Stegli, Alexander Vorontsov, Julius Winkelsträter.

La seconde soirée du festival Young Euro Classic était dédiée à la danse. Comme chaque année, le de était invité à fouler les planches du Konzerthaus, devant un public berlinois toujours aussi enthousiaste.

Une soirée d’adieux aussi car deux danseurs quittent la compagnie (NDLR, le se compose de quatre danseurs et quatre danseuses, qui ne sont engagés que pour une saison au sein de la troupe) : et vont intégrer le Ballet de Hambourg. Pour , sa carrière va se poursuivre au Northern Ballet de Leeds.

Le Bundesjugendballett est « orchestré » par le célèbre directeur du Ballet de Hambourg, , chorégraphe américain mais hambourgeois d’adoption et de cœur. Depuis sa création en 2011, cette jeune troupe internationale tente de rendre accessible la danse en se produisant sur des terrains aussi insolites qu’ils soient. Une compagnie qui n’a pas peur de sortir de sentiers battus : Rap auf Ballet a placé le monde de la danse classique au cœur des prisons ; des chorégraphies de John Neumeier se sont retrouvées programmées en boîte de nuit ; des ateliers ont été organisés dans des écoles, dans des centres de réfugiés, dans des maisons de retraite ; des représentations ont eu lieu dans des festivals comme le renommé Heidelberger Musikfrühling, entre autres. Composée de huit danseur.se.s à la fleur de l’âge, c’est peu de dire que le Bundesjugendballett a à cœur de populariser la danse…

Young Euro Classic 2016: BundesjugendballettLa troupe nous a présenté sa nouvelle pièce, Un petit Prince, d’après l’œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry, sur des partitions de Ravel, Janáček, Webern, Elgar, Korngold… Une création qui jongle avec prouesse, entre clameurs des cordes et émotions des corps. Tout de noir vêtus, les sept musiciens dialoguent avec les huit danseurs dans une atmosphère où la sensorialité musicale et l’expressivité gestuelle ne font plus qu’un : les danseurs déplacent les musiciens tels des ingrédients, des instruments, au milieu d’un espace exploité dans son moindre recoin. Les seize artistes portent plusieurs chapeaux, s’amusent à tester, à entretenir deux arts que tout unit. Ou quand la danse devient audible et la musique, visible.

Cet ensemble fusionnel nous plonge au cœur d’un spectacle étoilé, aux caractères et tonalités follement foisonnants. , le directeur artistique du Bundesjugendballett, avec l’aide d’ et de (Lucerne Festival), ainsi que de (Podium Festival Esslingen), en sont les élaborateurs. , à travers divers collages chorégraphiques signés John Neumeier, , , et , a souhaité illustrer l’essence de l’œuvre de Saint-Exupéry : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » Ainsi, lors d’un workshop en 2014, il a rencontré « son » petit prince idéal, , handicapé trisomique et « ébouriffant de naturel ». L’ovation envers ce protagoniste, aux saluts, était-elle cependant tant méritée ?

Young Euro Classic 2016: BundesjugendballettLes saynètes, introduites parfois de citations, se succèdent parsemées de pantomime. Beaucoup de détails et d’accessoires (peut-être trop) surgissent sur scène. Le pas de deux d’introduction (extrait du ballet In The Blue Garden de John Neumeier sur la partition de Ma Mère l’Oye de Ravel) transpire de poésie, et les pointes de l’Italienne , aux bras du confirmé , sont aussi précises que délicates. On savoure la fluidité et la musicalité d’un des plus grands chorégraphes néoclassique de notre temps ! Autre moment fort : le solo de l’Italo-Australien , mis à nu physiquement et émotionnellement. Sa colonne se contorsionne, ses omoplates se délient. La Brésilienne fait une apparition remarquée tant sa prestance scénique accroche. Puis, trois danseuses répondent à trois danseurs. Leur fil conducteur : ne jamais casser l’ensemble. Il y a juste ce qu’il faut de retenue pour déceler le professionnalisme de ces artistes, sans non plus entacher leur fougue juvénile ! En final, un extrait de In The Blue Garden, à nouveau, vient peut-être alourdir le propos qui aurait pu se passer du pas de deux métaphorique de la pomme : vu et revu… Les cœurs des artistes, énigmatiques, finissent par battre à l’unisson sur les Variations Enigma d’Elgar, contemplant les étoiles, tout en simplicité…

Comme le soulignait Mikhaïl Barychnikov, « la musique est le plancher que foule le danseur », et Un petit Prince le prouve avec justesse et fraîcheur. L’émotion à fleur de peau s’y conjugue à une gestuelle sincère, comme pour mieux faire transparaître une introspection. Une pièce cinglante de sagesse.

Crédits photographiques :  © MUTESOUVENIR Kai Bienert

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