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L’esprit de David Oïstrakh plane sur le quatuor à son nom

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Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Quatuor à cordes n° 2 en fa majeur, op. 22 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Quatuor à cordes n° 8 en do mineur, op. 110. David Oistrakh Quartet. 1 CD Muso. Enregistré au Studio 4 de Flagey à Bruxelles en juillet 2015. Notice quadrilingue : français, anglais, allemand et russe. Durée : 65’21.

 

david_oistrahk_ChostaQuatre musiciens russes ont choisi de baptiser leur quatuor à cordes en l’honneur du violoniste virtuose (1908-1974). Étonnant ou pas, leur jeu n’est pas sans présenter certaines analogies avec celui du maître russe décédé en 1974.

Une lecture rude et âpre, déficitaire en fines nuances, rarement lyrique et presque totalement dépourvue de rubato. Ces options sont à respecter intégralement et constituent en quelque sorte l’ADN commun d’Oïstrakh et du Quatuor qui porte son nom. Cette critique n’obère en rien la qualité de leur jeu incomparable des grands maîtres classiques et des compositeurs russes, leur expression sincère et enflammée, leur respect des textes, moins ce qui a été souligné plus haut. Le Quatuor à cordes constitué de virtuoses incontestés, à la technique stupéfiante et à l’aisance remarquable, affiche idéalement tous ces paramètres dans le Quatuor à cordes en ut mineur que Chostakovitch aurait composé du 12 au 14 juillet 1960. Ce chef-d’œuvre s’imposa au compositeur russe qui s’avoua particulièrement impressionné lors de sa visite à Dresde en 1960. Tout comme il le fut par le siège de Leningrad et les destructions opérées par le fascisme en général. Il en résulta une musique amère, d’un activisme incessant et d’une rythmique infatigable. « J’y fais entendre un chant russe à la mémoire des victimes de la Révolution », dira-t-il, lui qui plus d’une fois exprima son aversion intraitable envers le fascisme. Confronté à cette partition expressionniste et dépourvue de concession aux conventions, le se rapproche de la lecture indépassable du Quatuor Borodine de 1978 (EMI). Le Largo s’appuie sur la signature musicale des initiales du compositeur exposée d’abord au violoncelle ; il débouche sur un Allegro effréné et paroxystique (également tempo du dernier mouvement), puissant et inextinguible. Le Quatuor n° 8 fut créé en octobre 1960 à Leningrad par le Quatuor Beethoven. Quatre-vingt-six ans plus tôt Tchaïkovski créait avec succès à Moscou son Quatuor à cordes n° 2 et s’exclamait : « C’est ce que j’ai de meilleur ». À son écoute on perçoit assez nettement la crise créatrice qu’il traversait alors, concrétisée par une inspiration inégale et une unité mise à mal dont le s’empare et exécute avec les spécificités soulignées.

Un décodage phénoménal et jamais édulcoré de deux grands maîtres russes.

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Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Quatuor à cordes n° 2 en fa majeur, op. 22 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Quatuor à cordes n° 8 en do mineur, op. 110. David Oistrakh Quartet. 1 CD Muso. Enregistré au Studio 4 de Flagey à Bruxelles en juillet 2015. Notice quadrilingue : français, anglais, allemand et russe. Durée : 65’21.

 
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