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Richard Barrett : la puissance imaginative du son

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Richard Barrett (né en 1959) : Life-form pour violoncelle et électronique; Nacht und Träume pour violoncelle, piano et électronique; Blattwerk pour violoncelle et électronique. Arne Deforce, violoncelle; Yutaka Oya, piano; Richard Barrett, Centre Henri Pousseur (Patrick Delges), électronique. 2CD Aeon AECD 1648; enregistré le 28/06/2009 (CD2 1-5); 26-28/05/2015 et 03-04/10/2015 au Concertgebow Brugge Concertzaal. Texte anglais/français. 1h50’24 ».

 

cd-aeon-richard-barrettLes trois pièces de cet enregistrement sont le fruit d’une rencontre et d’une collaboration active entre un compositeur-improvisateur, , et un improvisateur-interprète, le violoncelliste . Barrett poursuit son investigation sur un instrument pour lequel il a déjà beaucoup écrit et qu’il confronte ici à l’univers électronique.

L’improvisation est au cœur de la démarche de Barrett qui la définit comme une méthode de composition, une étape dans la conception de l’œuvre à laquelle le geste de l’interprète-performer donnera ses contours définitifs. Le challenge n’est pas sans déplaire à qui considère la recherche et l’expérimentation comme une part de son travail de soliste.

Si Life-form – près d’une heure de musique articulée en dix mouvements – est considérée comme une pièce « en temps réel », la relation entre l’électronique et l’instrument est ici inversée puisque c’est le violoncelle qui interagit sur une partie électronique totalement fixée : soit en fusionnant avec les sons de synthèse pour en hybrider les couleurs; soit en intervenant en surimpression, dans un contexte radicalement étranger, ou en jouant en alternance avec le flux électronique. Le violoncelle subit toutes sortes de scordature et peut être préparé (porte-clé et trombones attachés aux cordes) comme dans la section 4, intimiste et purement acoustique, où l’instrument perd son identité, évoquant une sanza ou un tambour de bois. L’univers étrange et bruité (granulation, frottement, craquement…) qu’il engendre dans la section 6 très impressionnante relève d’une musique concrète instrumentale rejoignant la qualité des sons électroacoustiques sans pourtant les solliciter. Dans la section 9, la plus dense et développée, violoncelle et électronique convergent en une trame saturée et incandescente où l’interprète, avec deux archets dans sa main droite, fait sans arrêt fluctuer l’accord du violoncelle avec sa main gauche ! La performance de l’interprète est inouïe, Arne Deforce déployant un geste violoncellistique hors norme autant qu’éminemment contrôlé.

Le support électronique (montage virtuose de « matériaux trouvés ») dans Nacht und Traüme (2004-2005) a une autre fonction, celle de transiter entre les sonorités du violoncelle (Arne Deforce) et du piano (). Le titre de cette deuxième oeuvre est tiré de la pièce éponyme de Beckett. Là encore, le jeu instrumental semble naître dans l’instant de l’improvisation pour explorer « l’énergie illimitée du son » que Barrett appelle de ses vœux. L’hétérogénéité du matériau est souveraine, au sein de l’univers instrumental souvent bruité et celui de l’électronique aussi insolite qu’inattendu, telle cette voix lointaine qui modifie radicalement le paysage sonore en fin de parcours.

Comme celle de Life-form, l’écriture de Blattwerk (littéralement « oeuvre de feuilles »), une pièce pour violoncelle et électronique en cinq mouvements, répond au concept barrettien de « radicalement idiomatique » (en relation directe avec le caractère physique de l’instrument). L’image de la feuille tombant de l’arbre et ses multiples trajectoires sous l’action du vent initient le geste du glissandi (foreshadow). L’interprète explore dans Folio tout ce que « cette boîte résonnante, dotée de 4 cordes » (dixit Barrett) peut générer en terme de sonorité, d’attaques, de courbes énergétiques et de profils dynamiques. Dans Foliage, le violoncelliste doit de surcroît réagir à la source électronique dans un excès de jeu prodigieux. Enfin, les sons électroniques réalisés en direct par dans Foliation témoignent de la pratique collaborative entre concepteur et interprète. La pièce réaffirme l’interconnexion de l’écrit et du geste improvisé chère au compositeur britannique qui invite ici l’auditeur, « à vivre la puissance imaginative de la musique ».

 

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Richard Barrett (né en 1959) : Life-form pour violoncelle et électronique; Nacht und Träume pour violoncelle, piano et électronique; Blattwerk pour violoncelle et électronique. Arne Deforce, violoncelle; Yutaka Oya, piano; Richard Barrett, Centre Henri Pousseur (Patrick Delges), électronique. 2CD Aeon AECD 1648; enregistré le 28/06/2009 (CD2 1-5); 26-28/05/2015 et 03-04/10/2015 au Concertgebow Brugge Concertzaal. Texte anglais/français. 1h50’24 ».

 
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