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Schumann par Trifonov et Chailly, la Scala en tournée à Luxembourg

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Luxembourg. Philharmonie. 26 septembre 2016. Robert Schumann (1810-1856) : Ouverture de Manfred, op. 115 ; Concerto pour piano et orchestre, op. 54 ; Symphonie n° 2, op. 61. Daniil Trifonov, piano ; Filarmonica della Scala ; direction : Riccardo Chailly.

Chailly, TrifonovChailly souverain, Trifonov stimulant, mais un orchestre milanais encore trop fragile.

La Scala, version orchestre seul, se promène en Europe depuis plusieurs semaines : après Salzbourg, Lucerne et Berlin, et avant un concert parisien en compagnie de Martha Argerich, l’orchestre fait étape à Luxembourg pour un concert entièrement consacré à Schumann – de sa période à Leipzig, semble avoir gardé quelque attachement pour le compositeur tutélaire de l’Orchestre du Gewandhaus. Malgré les méritoires efforts de quelques grands chefs italiens (tout de même Abbado, Giulini et Muti avant Chailly), la réputation internationale de l’orchestre dans le répertoire symphonique est toujours restée en retrait ; cette longue tournée européenne est une bonne occasion de vérifier sur pièces la valeur actuelle de l’orchestre.

Le grand mérite qu’il faut lui reconnaître, c’est d’être un instrument parfaitement malléable aux mains de son directeur musical. Pas d’automatismes émollients, pas de tradition immuable à défendre à tout prix ; et il peut livrer le son lumineux que lui demande Chailly, diamétralement opposé au mythique « son germanique » dense et sombre que cherche inlassablement un Daniele Gatti, avec une réussite pour le moins inégale. Le romantisme allemand, a fortiori celui des années 1840 au programme ce soir, c’est après tout la nature immense plus que le crépuscule des dieux. Mais ces qualités ont un prix, et il est élevé : la qualité instrumentale, elle, n’est pas au rendez-vous, avec des cordes en quête de brillant, mais manquant décidément d’assise, en peine dans le vif-argent du début du finale de la symphonie, avec aussi des vents qui taillent souvent leurs solos à l’emporte-pièce.

En attendant Argerich, c’est qui se charge ce soir du Concerto op. 16, avec une passionnante inventivité. Le premier mouvement est un modèle de collaboration entre chef et soliste, avec des tempi notablement ralentis qui offrent à Trifonov un écrin pour son travail d’orfèvre sur l’expression et sur l’articulation. Parfois, malgré le soin pris par Chailly pour retenir le niveau sonore, ces recherches sont à la limite de l’audible ; partout ailleurs, c’est passionnant, avec une virtuosité impeccable mais toujours soumise à la clarté du discours musical, et une sonorité d’une richesse enivrante. Un orchestre un peu plus séduisant n’aurait pourtant pas nui.

Photo: (c) Sébastien Grébille

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Luxembourg. Philharmonie. 26 septembre 2016. Robert Schumann (1810-1856) : Ouverture de Manfred, op. 115 ; Concerto pour piano et orchestre, op. 54 ; Symphonie n° 2, op. 61. Daniil Trifonov, piano ; Filarmonica della Scala ; direction : Riccardo Chailly.

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