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À Berlin, flocons et pétition pour débuter la saison du Staatsballett

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Danse. 9/X/16. Berlin, Deutsche Oper. Staatsballett Berlin / Nacho Duato. Chorégraphie : Nacho Duato (2013), d’après Marius Petipa. Musique : Piotr Ilitch Tchaïkovski. Décor et costumes : Jérôme Kaplan. Lumières : Brad Fields. Aves les solistes et le corps de ballet du Staatsballett de Berlin.

Nussknacker_Staatsballett BerlinLe Staatsballett de Berlin peut se targuer de compter désormais trois versions du ballet Casse-Noisette à son répertoire. Remonté en 1999 par , Casse-Noisette (Nussknacker en allemand) a été remanié pour la troupe berlinoise par les Russes Vasily Medvedev et Yuri Burlaka (d’après la chorégraphie originale de Marius Petipa et Lev Ivanov) le 23 octobre 2013, sous l’ère de . , après avoir fait entrer sa version de La Belle au bois dormant, a voulu que son Casse-Noisette lui aussi foule les planches de la Deutsche Oper…

Pour débuter la saison 2016-2017, la première de Casse-Noisette restera dans les annales. D’abord parce que le 7 septembre dernier, le Maire de Berlin, Michael Müller, a révélé les noms des deux nouveaux directeurs de l’institution à compter de 2019 : la chorégraphe Sasha Waltz et le danseur Johannes Öhman. Une décision justement critiquée par la compagnie et de nombreux balletomanes, qui ont signé une pétition (plus de 18 000 signatures à ce jour). Michael Müller a d’ailleurs eu la joie d’être savoureusement hué par le public le soir de la première. Deuxièmement, l’intendant actuel, , a fait le choix de remplacer le Casse-Noisette de Vasily Medvedev et Yuri Burlaka (très onéreux et peu épuré !) par sa propre version du classique de Noël. Le répertoire du Staatsballett ne se sera ainsi, en partie, enrichi que de pièces du chorégraphe espagnol, déjà créées avant sa prise de fonction à Berlin.

Nussknacker_Staatsballett BerlinUn point positif : au premier acte, lors du réveillon de Noël, les élèves de la Staatliche Ballettschule de Berlin, qui étaient (trop) mis à contribution dans le Casse-Noisette de Medvedev et Burlaka, ont disparu. Ils laissent place aux plus petites danseuses du Staatsballett, sur demi-pointes (, Maria Boumpouli, Mari Kawanischi, Alicia Ruben -toute jeune recrue de la -, Pamela Valim et Xenia Wiest). Elles sont toutes rayonnantes, menées par la charismatique Clara (). Précis et techniques, leurs compagnons de jeu sont délicieusement taquins. Comme dans La Belle, Duato gomme certaines longueurs qui ne faisaient pas avancer le propos. Son vocabulaire en ressort fluidifié. Le chorégraphe opte pour des pas simples et clairs, parsemés de petites notes ironiques très présentes dans la scène des rats : leur chef (brillant Nikolay Korypaev) se lime les ongles confortablement assis sur le dos de ses sbires et, une fois mort, fait ses adieux au public allongé sur ses semblables qui sortent de scène en faisant des roulades.

Alors que les décors et costumes frôlaient le too much dans La Belle, simplifie ceux de Casse-Noisette avec classe et justesse, en y ajoutant une touche années 20. Les décors, oniriques mais pas trop, laissent place en introduction à un gracieux jeu de marionnettes. Les costumes sont chatoyants, juste comme il faut. Même s’il aurait pu y avoir plus de neige pendant l’ensemble des flocons… Duato y évite soigneusement l’effet fouillis, voilà pourquoi les ensembles sont, à notre avis, plus réussis que les pas de deux. Il délaisse aussi l’aplomb, la rigueur pure du classique, pour privilégier la mobilité du torse, la souplesse de la colonne. Il développe également d’ingénieux décalés de pas qui envahissent perpétuellement l’espace chorégraphique. Les entrées et sorties de scène, nombreuses, aèrent et jalonnent l’évolution du propos en allégeant judicieusement la quantité de protagonistes. C’est limpide, efficace, comme cette diagonale de pas de bourré grands jetés en tournant, en parfaite harmonie avec la partition.

Nussknacker_Staatsbalett BerlinLe second acte (très allégé) s’ouvre sur et , assis au milieu de la scène, qui contemplent le ciel étoilé. Puis, les danses folkloriques s’invitent au bal, sur fond de symboles : un éventail géant pour la danse espagnole, un serpent rampant sur scène pour la danse arabe, un chapeau pointu en forme de hutte qui tourne sur elle-même pour la danse chinoise… , aux bras de Cameron Hunter, est divine. Sa robe espagnole est impressionnante de circonférence. Le torero finira même jusqu’à attirer sa danseuse en tirant sur sa jupe imposante. , , et emballent la foule avec une danse russe bien relevée. La danse des mirlitons est remaniée en danse française. Un pas de deux classique et délicat, minutieux dans le bas de jambes, interprété par et avec brio et mesure.

En guise de cerise sur le gâteau, la valse des fleurs est composée de 24 divins cupcakes rose bonbon, et rythmée d’ensembles et de pas de deux impeccables… et à croquer ! Point d’orgue de la soirée : Iana Salenko fait son entrée aux côtés de , élégant et technique. Comme toujours d’une précision extraordinaire, cette petite Étoile a tout d’une grande. La première soliste de Berlin a des pointes accentuées et contrôlées jusqu’au bout des ongles. Ses équilibres sont presque surnaturels, ses échappés savamment rythmés. Sa variation (réputée pour être la plus longue du répertoire) est débarrassée de ses difficultés : moins de pirouettes, pas de ronds de jambes ni de manège final, même si le travail de bas de jambes minutieux demeure de rigueur. Le couple, par son panache contrôlé, nous emporte à la coda.

Longue vie au Staatsballett et à la danse classique à Berlin !

 

Crédits photographiques :  Iana Salenko et Marian Walter © Fernando Marcos ; Vidéo ©

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