Récital romantique de Christian Zacharias au Théâtre des Champs-Élysées

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Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 7-XI-2016. Franz Schubert (1797-1828) : Sonate n° 4 en la mineur D 537 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate n° 27 en mi mineur op. 90 ; Sonate n° 30 en mi majeur op. 109 ; Robert Schumann (1810-1856) : Davidsbündlertänze op. 6. Christian Zacharias, piano.

zachariascocl_und_nicole_chuardC’est un récital inspiré qu’a donné au Théâtre des Champs-Élysées, dans une atmosphère baignée de romantisme.

Pourtant, la Sonate n°4 de Schubert résonne un peu tristement en ouverture, le choix d’un tempo lent dans le premier mouvement (Allegro ma non troppo) donnant par instant une sensation de pesanteur. L’Allegretto est déjà plus convaincant, avec son thème en forme de comptine, auquel Zacharias insuffle une rêverie très bienvenue. Le dernier mouvement (Allegro vivace), très maîtrisé, manque en revanche de folie, devenant excessivement prévisible pour une partition riche en ruptures de thèmes et effets de suspense. Zacharias déçoit ici par une interprétation très austère de Schubert.

Dans les deux sonates de Beethoven, il témoigne au contraire d’une âme d’authentique poète romantique. Il parvient ainsi à faire de la modeste Sonate n° 27 un petit joyau très narratif, émouvant par sa tendresse et non dénué d’humour. Zacharias séduit par une sonorité chantante, pleine de charme, qui évoque Vienne irrésistiblement. La Sonate n° 30, monument du répertoire beethovénien, est des plus réussies. Dès les premières mesures, on est saisi par la grâce du phrasé, qui vient souligner avec force et netteté les contours d’un premier mouvement envoûtant. Zacharias nous fait entrer dans un monde onirique où la musique se fait intime. Dans le deuxième mouvement (Prestissimo), le pianiste allemand déploie en moins de trois minutes une dramaturgie explosive, dont il tend à l’extrême le ressort jusqu’à la conclusion éclatante. Enfin, il parvient à la plénitude dans le troisième mouvement (dont les variations s’apparentent à un lied entêtant), faisant surnager superbement le thème au milieu d’une débauche de motifs.

Zacharias propose enfin une version enfiévrée des Davidsbündlertänze (Danse des compagnons de David), série de dix-huit courtes pièces composées par Schumann dans sa jeunesse. Dans cette œuvre tourbillonnante, Zacharias donne à entendre toutes les nuances de son jeu, suscitant pour chaque pièce le sentiment à laquelle son titre fait référence : « humour », « fraîcheur », « lointain », « impatience »… Au-delà de la variété extrême des registres, il parvient à donner une vraie unité à cette œuvre disparate, tenant en haleine son public pendant quarante minutes. Son art du phrasé fait jaillir le sens de cette partition foisonnante, témoignant d’une vision profonde et personnelle de la musique de Schumann, où le lyrisme n’exclut jamais la simplicité.

Zacharias ne quitte pas le public du TCE sans lui offrir le deuxième Fantasiestück op. 111 de Schumann (Ziemlich langsam), interprété avec finesse et élégance, prolongeant l’émotion de ces instants rares.

 Photo : © Nicole Chouard

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