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Les subtiles Variations Goldberg de Marie-Rosa Günter

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Variations Goldberg BWV 988. Marie-Rosa Günter, piano. 1 CD Genuin. Enregistré en août et septembre 2015 à Leipzig. Notice bilingue (allemand, anglais). Durée : 77’17.

 

cover-bach-goldberg-gunter-genuinLa jeune pianiste allemande Marie-Rosa Günther enregistre les Variations Goldberg. Derrière une apparente linéarité du disque, la beauté et l’originalité de ce premier disque se trouvent dans la subtilité des inflexions et la fluidité de son discours.

Les Variations Goldberg tiennent une place singulière et presque sacrée, dans la vie d’un pianiste : Glenn Gould, bien sûr, Zhu Xiao-Mei aussi, dans sa jeunesse marquée par la Révolution culturelle, ou plus récemment Alexandre Tharaud qui raconte avoir pris une année sabbatique pour les jouer, pour ne citer qu’eux. Cela peut se comprendre par la perfection de ce cycle qui s’achève comme il a commencé, sur son célèbre Aria, mais également par la large place que cette œuvre laisse à l’interprète. Marie-Rosa Günther lui consacre son premier disque dans le fil d’une carrière naissante (la pianiste a 25 ans) marquée par J.S. Bach : un premier prix du concours Bach à Köthen, sa participation au Leipziger Bachtager et au Würzburg Bach Festival. L’interprète semble avoir déjà intégré et s’être libérée des versions piano des Variations les plus fameuses, tout comme de la tentation d’imiter le clavecin.

Quoi de neuf dans cette version ? Une première écoute peut surprendre par son caractère linéaire et simple, presque en retrait : les contrastes de nuances (par exemple entre les variations écrites originellement pour un clavier et celles pour deux claviers, souvent plus fortes), de tempos ou entre les voix sont présents mais très peu marqués. Après Murray Perahia les Variations 14 et 16, en forme d’ouverture, semblent bien manquer de panache et de majesté. La Variation 21 dont le canon à la septième est si émouvant, par exemple chez Alexandre Tharaud, suscite ici davantage le recueillement que la profonde mélancolie.

Pourtant, prise dans son ensemble, l’interprétation de fait sens et sonne juste. Il y a une certaine humilité dans son jeu dont les effets restent subtils et dont l’inventivité se retrouve dans des détails : des trilles personnels (Variation 1) ou des ralentissements subtils (Aria, Variation 9). Surtout son jeu très clair et son toucher attentif à chaque note, avec des alternances réfléchies de jeu détaché-lié, nous touchent. Tout comme l’articulation des voix, notamment dans les fugues et les canons (très beau canon à la tierce de la Variation 9), forme qui revient toutes les trois variations, d’où ressort une impression générale de fluidité. La pianiste se tient ainsi sur un fil, une ligne difficile mais heureuse, entre sensibilité et intelligence, entre profondeur et linéarité.

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