Le gigantesque hommage de Warner à Karajan

À emporter, CD, Musique symphonique

Karajan: Les enregistrements Warner remastérisés : Wiener Philharmoniker, 1946-1949 (10 CD) ; Musique Chorale, 1947-1958 (5 CD) ; Herbert von Karajan et ses solistes, 1948-1958 (8CD) ; Symphonies et ouvertures de Beethoven, 1951-1955 (6CD) ; Pièces spectaculaires pour orchestre, 1949-1960 (13 CD) ; Mozart, Brahms, Wagner, Bruckner et Strauss, 1951-1960 (12 CD) ; Brahms, Bruckner, Wagner et Strauss, 1970-1981 (6 CD) ; Musique russe et française, 1970-1981 (7 CD) ; Musique chorale, 1972-1976 (5 CD) ; Herbert von Karajan et ses solistes, 1969-1984 (10 CD) ; Haydn, Mozart et Schubert 1970-1981 (8 CD) ; Sibelius, 1976-1981 (4 CD) Warner 082564633815/051/044/075/068. Orchestre philharmonique de Vienne, Philharmonia Orchestra, Orchestre philharmonique de Berlin, Orchestre de Paris. Enregistrements réalisés de 1946 à 1984. Notice trilingue : français, anglais et allemand.

 

41u9xwqvcol-_sy300_Quel hommage ! En 101 CD, Warner classics réédite tous les enregistrements de Karajan pour HMV, à l’exception des intégrales d’opéras qu’on espère retrouver également « resmastérisées ». Superbe ensemble qui permet de mieux redessiner la trajectoire esthétique du grand maestro.

L’aventure commence en 1946 lorsque Walter Legge va trouver un Karajan proscrit à Vienne pour lui faire graver quelques disques fabuleux avec l’illustre Philharmonie. On y perçoit comme une rage de convaincre qui rend ces quelques enregistrements légendaires ; l’orchestre est sublime, le chef possédé, les solistes transcendants (ah, Patzak, Schwarzkopf, Höngen et Hotter dans le finale de la Neuvième symphonie !). Puis Legge et Karajan entreprennent l’aventure du Philharmonia ; cette fois l’orchestre n’est pas forcément, avec le recul du temps, le meilleur dont a disposé le maestro mais la volonté de prouver et de convaincre toujours présente. Une intégrale Beethoven cravachée, des grandes pages chorales (Messe en si, Missa Solemnis) somptueuses (même si la messe en si a plus valeur de témoignage que de référence tant le style en paraît daté). Surtout le répertoire est varié, aventureux, étendu à des partitions que Karajan délaissera ensuite (Symphonie n° 1 de Balakirev, n°4 de Roussel, musique anglaise) ; les russes en particulier bénéficient d’éblouissantes interprétations et déjà Sibelius figure parmi les favoris du chef alors qu’il était encore peu joué en Allemagne (mais la musique du XXe siècle est rare, métamorphoses de Strauss exceptées). Et les solistes de cette époque sont les plus grands que Karajan ait jamais accompagnés : Lipatti, Gieseking, Denis Brain. Le maestro n’hésite pas non plus à se divertir avec des pages françaises brillantes et presque légères. Lorsque l’heure vient en 1954 à la mort du grand Furtwängler d’accomplir l’ambition ultime, prendre la tête de la Philharmonie de Berlin, Karajan rentre sous la fameuse étiquette jaune mais garde un contrat avec Decca pour les gravures viennoises et EMI pour quelques (en fait assez nombreuses) captations berlinoises. Dans les années 60 et 70, il revient à son répertoire de prédilection avec des succès divers. Les premiers Bruckner sont empâtés, les Wagner léchés mais un peu froids, les Strauss (Domestica, Heldenleben et le fameux Don Quichotte avec Rostropovitch) tout simplement sublimes. Les reprises de la Solemnis ou du Deutsche Requiem ne font pas oublier les premières versions mais Les Saisons de Haydn sont une magnifique nouveauté à son répertoire. Les gravures avec les solistes déçoivent (les navrants concertos de Beethoven avec Weissenberg), hormis le légendaire triple concerto avec Oistrakh-Rostropovitch-Richter. De son bref passage à Paris témoignent quelques rares gravures non dénuées d’intérêt (en particulier la symphonie de Franck). Le coffret des symphonies de Mozart, Haydn et Schubert (l’intégrale) est révélateur ; l’orchestre est somptueux, la perfection froide et distante, très compassée, alors qu’à cette même époque déjà Harnoncourt commençait à bousculer cette respectabilité et imposer un ton neuf. Reste une dernière merveille, l’ultime coffret datant de la fin des années 70, 4 CD encore une fois dédiés à Sibelius (l’unique gravure de la Symphonie n° 1 mais, hélas trois fois hélas, pas l’admirable n° 3). Karajan livre une version décantée, orchestralement fabuleuse, spirituellement intense, une merveille que le texte de présentation met judicieusement en regard des fulgurances de Bernstein à Vienne (DG). Magnifique portrait, particulièrement bienvenu maintenant que le temps a passé, apaisant . Vite, que l’éditeur nous donne le pendant lyrique !

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