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Concordan(s)e, des rencontres inédites entre chorégraphes et écrivains

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Paris. Maison de la Poésie. 15-III-2017. Dans le cadre du Festival Concordan(s)e. Vois-tu celle-là qui s’enfuit : DD Dorvillier et Catherine Meurisse. The Spleen : Franck Micheletti et Charles Robinson.
Paris. Le Carreau du Temple. 16-III-2017. Dans le cadre du Festival Concordan(s)e. L’Architecture du hasard : Gilles Verièpe, chorégraphe et Ingrid Thobois, écrivain. It’s a match : Raphaëlle Delaunay, chorégraphe et Sylvain Prudhomme, écrivain. Zéro, Un, Trois, Cinq : Schlomi Tuizer, chorégraphe et Bertrand Schefer, écrivain. Interprétation : Julian Raso et Bertrand Schefer.

_Vois-tu-celle-là-qui-s-enfuit(c)Delphine_MicheliLe Festival Concordan(s)e a proposé tout au long du mois de mars plusieurs rencontres inédites entre un chorégraphe et un écrivain. À la Maison de la Poésie, les premières réunissaient la dessinatrice Catherine Meurisse pour un projet poétique avec la chorégraphe , ainsi que le chorégraphe et l’écrivain dans la pièce sarcastique The Spleen. Le lendemain, le Carreau du Temple proposait de redécouvrir trois commandes passées pour l’édition précédente du festival.

Vois-tu celle-là qui s’enfuit, une poésie d’encre et de danse

Dans la présentation liminaire de la performance, la chorégraphe parle d’« esquisse ». Le terme convient parfaitement au spectacle qui mêle ébauches de mouvement, dessins à grands traits et aperçu fragmentaire du groupe statuaire des Niobides à la Villa Médicis à Rome. L’esquisse se place aussi sous le signe de la fugacité, en ce qu’elle représente ce qui n’est pas figé. Ainsi, lentement, le corps de la chorégraphe se déplace, cherche la pose et se fige quelques instants pour prendre la position de l’une des statues formant le groupe des Niobides. Le dessin de Catherine Meurisse quant à lui peut être modulable et se renverser pour faire émerger de façon surprenante une autre figure.

Le rythme de la performance, lent et fluide, est scandé par la succession des différentes positions des statues adoptées par la chorégraphe ou peintes et projetées sur un écran en fond de scène. L’apparition progressive des figures peintes ou mimées, est très poétique. Le geste n’est pas seulement celui de la chorégraphe, c’est aussi celui de la dessinatrice qui trace quelques traits furtifs à l’eau avant de laisser tomber de l’encre colorée et de laisser apparaître comme par magie, une figure dont l’esthétique et la légèreté rappellent les aquarelles de corps en mouvement de Rodin.

Un jeu dialogique entre la figure peinte et dansée s’instaure alors. Tantôt le corps de la chorégraphe se superpose aux dessins, tantôt c’est la danse qui inspire le dessin dans une étroite correspondance. La rondeur des mouvements de la chorégraphe et de la dessinatrice répond à celle des figures tracées au pinceau, dans une douce harmonie stylistique.

The Spleen, du speed et du spleen

et nous plongent dans un univers urbain électrique qui met en scène la dimension aliénante du monde actuel. , et parfois le chorégraphe, débitent, martèlent même, un texte au style cru et incisif qui rythme la gestuelle des corps. Les mots font sursauter le corps du danseur comme celui de l’écrivain.

Le plus souvent Charles Robinson raille, braille, gouaille avec une gestuelle hâtive et heurtée. Les effets corporels de ses mots trouvent une expression plus aiguisée dans la danse désarticulée de Franck Micheletti. Le corps chute souvent, il passe frénétiquement de la verticalité à l’horizontalité dans des mouvements qui rappellent ceux de la capoiera, pour traduire l’aliénation du corps qui bataille face aux agressions du monde décrit par Charles Robinson. L’écriture du spectacle est parfois drôle, comme le travestissement du chorégraphe aux longues rastas en fille, mais le ton menace toujours de basculer vers quelque chose de sombre. Si les protagonistes ne ménagent pas leur énergie, le tourbillon de mouvements et de mots devient vite étourdissant. Toutefois, la didascalie hachée du corps de Franck Micheletti en écho au texte de Charles Robinson en fait un duo bien assorti.

L’Architecture du hasard

Par touches autobiographiques et parfois par touches d’humour, et reconstruisent l’ « Architecture du hasard » comme un compte à rebours qui les a menés à leur rencontre. La rencontre semble d’abord passer par l’appréhension du corps de l’autre. Ainsi, le danseur insuffle petit à petit de la vie au corps de l’écrivain en guidant ses mouvements jusqu’à le relever et à s’abandonner dans ses bras. Si la pièce est très peu dansée, le lien avec la danse passe aussi par les mots et les récits comparés de leur vie, en relatant de façon amusante et détachée à la fois, quelques anecdotes personnelles comme l’apprentissage de la danse classique par ou le coup de pied de danseuse d’. Même si c’est bien une danse qui finit par les réunir, cette pièce est avant tout un aller-retour dialogué entre les deux artistes, fin et divertissant.

It’s a match, un sketch dansé sur le couple

et forment un duo très drôle, parfois hilarant sur le thème de la vie de couple. Un jeu comparatiste sur les différences entre le corps et l’esprit de l’écrivain et de la danseuse est également développé sur un registre d’auscultation comique. Soulignons la présence éblouissante et drolatique de , autant danseuse que comédienne dans cette pièce, qui révèle une aisance théâtrale confirmée et un véritable potentiel comique.

Si l’on devait inventer un comique chorégraphique propre à définir celui employé dans ce sketch dansé, ce serait un comique de positions. Dans le « faire pelote étroite » pour reprendre la définition du couple par , les corps forment littéralement un tout compact à travers des positions incongrues. Tantôt elle s’enroule autour de lui telle une liane étouffante et suave, tantôt les étreintes se transforment en lutte avec des portés qui ressemblent davantage à des prises de sport de combat.

Des dialogues ciselés très bien interprétés et une implication physique et chorégraphique des deux artistes font de cette pièce une vraie réussite.

Zéro, Un, Trois, Cinq

La pièce est déconcertante, peut-être parce que les artistes eux-mêmes ont été déroutés. Ils devaient être trois, deux chorégraphes et un écrivain, et ils ne sont que deux sur scène. L’absence habite donc en creux cette pièce. Dans un méta-commentaire des contraintes scénographiques imposées par la commande du festival, une réflexion s’engage sur le rôle de chacun, la présence et l’absence. La pièce est un monologue lu par l’écrivain. Le danseur quant à lui reste muet et évolue autour de l’écrivain, plus qu’il ne danse.

Photos : Franck Micheletti et Charles Robinson © Delphine Micheli

 

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Paris. Maison de la Poésie. 15-III-2017. Dans le cadre du Festival Concordan(s)e. Vois-tu celle-là qui s’enfuit : DD Dorvillier et Catherine Meurisse. The Spleen : Franck Micheletti et Charles Robinson.
Paris. Le Carreau du Temple. 16-III-2017. Dans le cadre du Festival Concordan(s)e. L’Architecture du hasard : Gilles Verièpe, chorégraphe et Ingrid Thobois, écrivain. It’s a match : Raphaëlle Delaunay, chorégraphe et Sylvain Prudhomme, écrivain. Zéro, Un, Trois, Cinq : Schlomi Tuizer, chorégraphe et Bertrand Schefer, écrivain. Interprétation : Julian Raso et Bertrand Schefer.

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