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Vocello, la poésie de Henri Demarquette et de Sequenza 9.3

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Vocello. Henry Purcell (1659-1695) : When I am laid in earth ; John Tavener (1944-2013) : Svyati ; Johannes Ockeghem (1420-1497) : Déploration sur la mort de Gilles Binchois ; Eric Tanguy (né en 1968) : Stabat Mater ; John Dowland (1563-1626) : Flow my tears ; Thierry Escaich (né en 1965) : Night’s Birds ; Jacob Clemens Non Papa (1510-1555) : Ô Souverain, Pasteur et Maistre ; Philippe Hersant (né en 1948) : Métamorphoses ; Juste Janulyte (née en 1982) : Plonge. Henri Demarquette : violoncelle ; Ensemble Vocal Sequenza 9.3, direction : Catherine Simonpietri. 1 CD DECCA. Durée : 75′.

 

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vocello« Les sonorités du chœur que dirigeait ma mère ont bercé mon enfance. C’est donc bien avant que ma carrière ait pris sa dimension actuelle, qu’un profond désir m’a poussé à associer les voix humaines à celle du violoncelle. »

Le violoncelliste évoque par ces mots la naissance du projet « Vocello », qui l’associe aux douze voix de l’Ensemble Vocal de . Bien plus qu’un album cross-over, ce disque « Vocello » propose à la fois des arrangements originaux d’œuvres pré-existantes (signés ), et, c’est la raison d’être du projet, des créations originales, composées tout spécialement pour l’occasion.

Du baroque de Purcell (Lamento de Didon et Enée) à la « première » renaissance d’Ockeghem (Déploration sur la mort de ), en passant par Dowland (Flow my tears) et Clemens Non Papa (Ô Souverain, Pasteur et Maistre), les adaptations avec violoncelle d’œuvres entièrement chorales renforcent paradoxalement l’évidence d’une ligne vocale immédiate, pure et simple. Une marche vers la musique d’aujourd’hui est franchie avec les couleurs orientalistes et funèbres du Svyati de (1944-2013), dont le hiératisme semble briller dans l’obscurité ambiante.

Mais le cœur du programme de « Vocello » se situe dans un corpus de créations en devenir, faisant ainsi figurer au sein de ce programme quelques unes des (déjà) multiples commandes de l’effectif. Tout d’abord le Stabat Mater d’Eric Tanguy (né en 1968) sur un texte original de Philippe Le Guillou. Dans cette nouvelle pièce, le compositeur développe des harmonies rampantes dans une modalité évoluant souvent par chromatismes, avec un violoncelle avant tout lyrique et théâtral. Tandis que le Night’s Birds de (né en 1965), composé en regard de Flow my Tears et de Can she excuse my wrongs de Dowland (réutilisation des textes et de bribes mélodiques) travaille lui aussi sur la notion de contrastes, toutefois de manière encore plus exacerbée. De l’éruptive section initiale au calme éthéré et poignant de l’ascension finale, cette nouvelle œuvre du compositeur primé cette année pour la quatrième fois aux Victoires de la Musique Classique nous emmène dans des paysages denses et changeants, d’une impressionnante et redoutable virtuosité d’écriture. Pour ses Métamorphoses, (né en 1948) utilise pour la seconde fois les textes des détenus de la prison centrale de Clairvaux (après ses Instants Limites pour chœur de chambre et instruments ad libitum, de 2012). Véritable spécialiste de l’écriture d’œuvres pour instruments solistes et chœur, Hersant livre ici une partition pleine d’harmonies douces-amères, en forme de soleils mouillés. Tout l’univers du compositeur se trouve ici concentré, jusqu’au « violoncelle-viole de gambe » de la cinquième des sept miniatures qui composent l’œuvre.

Mais en ce qui nous concerne, la vraie découverte, le joyau caché de cet album se situe en toute fin de programme, avec Plonge, de la compositrice lituanienne (née en 1982). Basé sur deux vers de L’Avertisseur de (« Plonge tes yeux dans les yeux fixes / des Satyresses ou des Nixes »), Plonge utilise volontiers peu de mots, le plus souvent insaisissables, au profit d’une écriture purement harmonique se déroulant par nappes évoluant lentement, partant de sonorités fragiles et acides, dans la première partie de l’œuvre au climat faussement ligetien, jusqu’à ce que ces harmonies ténues se détendent, se distendent même, pour finir dans la plus pure volupté de « clusters diatoniques », dans une communion de l’extase.

« Vocello » est appelé à devenir un véritable corpus d’œuvres pour violoncelle et voix, qui n’a pour but que de se développer, telle une plante qui naît et grandit. Au vu de sa qualité, on ne peut que lui souhaiter un avenir prospère !

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Vocello. Henry Purcell (1659-1695) : When I am laid in earth ; John Tavener (1944-2013) : Svyati ; Johannes Ockeghem (1420-1497) : Déploration sur la mort de Gilles Binchois ; Eric Tanguy (né en 1968) : Stabat Mater ; John Dowland (1563-1626) : Flow my tears ; Thierry Escaich (né en 1965) : Night’s Birds ; Jacob Clemens Non Papa (1510-1555) : Ô Souverain, Pasteur et Maistre ; Philippe Hersant (né en 1948) : Métamorphoses ; Juste Janulyte (née en 1982) : Plonge. Henri Demarquette : violoncelle ; Ensemble Vocal Sequenza 9.3, direction : Catherine Simonpietri. 1 CD DECCA. Durée : 75′.

 
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