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Buniatishvili et Nézet-Seguin : rencontre flamboyante

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 23-III-2017. Léonard Bernstein (1918-1990) : On the waterfront ; George Gershwin (1898-1837) : Rhapsody in Blue ; Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Danses symphoniques. Khatia Buniatishvili, piano ; Orchestre philharmonique de Rotterdam, direction : Yannick Nézet-Seguin.

a1cd01a3eb538c8ab1f4963787bbec965b569051Un Philharmonique de Rotterdam des grands soirs, son chef pétillant et l’une des jeunes solistes les plus en vogue du moment réunis dans un programme aux accents jazzy : les ingrédients étaient rassemblés pour donner à cette soirée au Théâtre des Champs-Élysées une fraîcheur réjouissante.

Le programme, « une invitation à swinguer des trottoirs de Broadway à ceux de Beverly Hills », avait en effet de quoi séduire en associant des « tubes » de Bernstein et Gershwin, emblématiques du répertoire américain, aux Danses symphoniques de Rachmaninov composées lors de l’exil outre-atlantique du compositeur.

Le concert offre une belle entrée en matière avec On the waterfront (musique du film du même nom) de Bernstein, servi par un orchestre de Rotterdam à la fois précis et plein d’amplitude expressive. La direction de Nézet-Seguin est vive, jubilatoire, presque dansante. Prenant part aux envolées lyriques, le chef insuffle de grandes respirations que son effectif semble suivre comme un seul homme. La performance atteint une grande intensité dramatique dans la montée en puissance des troisième et quatrième mouvements. Une très belle initiative que de présenter cette œuvre trop rarement jouée, dont la stature dépasse pourtant la simple musique de film et qui rappelle s’il en était besoin à quel point Bernstein était un grand compositeur.

On retrouve un orchestre tout aussi convaincant et une direction tout aussi inspirée dans la célèbre Rhapsody in Blue de Gershwin. Le rythme, le swing, les couleurs, tout y est : mais que dire de la redoutable , que tout le monde attendait ? Celle qui nous avait laissé une très forte impression lors de son dernier récital à la Philharmonie livre une interprétation survitaminée, caractérisée par son jeu tour à tour musclé, presque nerveux, puis suave et aguicheur dans les moments plus calmes. Complice avec le chef, elle instaure un dialogue éloquent, sachant se mettre en avant aussi bien qu’en retrait quand il le faut.

Lorsque enfin elle est rappelée par un public qui l’acclame, Khatia fait du Buniatishvili le temps d’un bis explosif, sur un extrait de la Rhapsodie Hongroise n° 2 de Liszt, dans la version arrangée par Horowitz dont elle a le secret. Éblouissante démonstration de force, qui laisse certes peu de place aux nuances et à la délicatesse. Mais là n’est pas son propos : la pianiste libère son jeu le plus volcanique pour électriser la salle de sa technique ahurissante, et cela ne manque pas son effet.

En seconde partie du concert, les Danses symphoniques de Rachmaninov montrent encore une fois toute la qualité de la formation néerlandaise, que ce soit dans l’introduction entraînante du premier mouvement, le dialogue impeccable des différents pupitres, les magnifiques irruptions du xylophone, du saxophone, du gong… Une véritable fête musicale dont on retiendra notamment la grande valse du deuxième mouvement, pleine d’intensité. Le finale en apothéose s’achève sur une dernière résonance du gong et sous les ovations.

En bis, on a droit à une dynamique Ouverture de Candide de Bernstein, qui montre une dernière fois la vitalité et le niveau extraordinaire de ce magnifique orchestre de Rotterdam. Quant à Yannick Nézet-Seguin, sa direction énergique, son sourire et son style sans chichis ont indéniablement contribué à donner à cette soirée une saveur festive, si le programme n’y suffisait pas.

Crédits photographiques : Y. Nézet-Seguin © H. Van der Woerd ; K. Buniatishvili © e. Haase

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 23-III-2017. Léonard Bernstein (1918-1990) : On the waterfront ; George Gershwin (1898-1837) : Rhapsody in Blue ; Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Danses symphoniques. Khatia Buniatishvili, piano ; Orchestre philharmonique de Rotterdam, direction : Yannick Nézet-Seguin.

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