Délicieuses Surprises baroques à Toulouse

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Toulouse. 22-III-2017. Église Saint-Exupère. Michel-Richard de Lalande (1657-1726)- André-Cardinal Destouches (1672-1749) : Les Éléments, Opéra-Ballet (reconstitution en version de salon). Ensemble Les Surprises : Hasnaa Bennani, soprano ; Eugénie Lefebvre, soprano ; Étienne Bazola, baryton ; Alice Julien-Laferrière et Gabriel Ferry, violons ; Sophie Iwanura, alto ; Laura Duthuilé, hautbois ; Sandra Latour et Matthieu Bertaud, flûtes ; Juliette Guignard, viole de gambe ; Anaïs Ramage, basson ; Marie-Amélie Clément, contrebasse ; Étienne Galletier, théorbe ; Sylvain Fabre, percussions. Clavecin et direction : Louis-Noël Bestion de Camboulas.

Tandis qu'entre les dieux le monde se partage

A Toulouse, l’opéra-ballet Les Éléments reconstituée dans une version de salon par le chef à la tête de l’.

La description de la nature et le thème des éléments avait vivement marqué les compositeurs des XVIIe et XVIIIe siècles et avec un tel titre, les amateurs de musique baroque pensent nécessairement à la suite éponyme de Jean Ferry Rebel (beau-frère de MR de Lalande) en 1737, avec son saisissant chaos initial. Or, le premier disque des Surprises était justement consacré aux Rebel père et fils, Jean et Jean-Féry.

Mais l’opéra ballet qui nous occupe ici est antérieur d’une bonne quinzaine d’années. En 1721, il semblait naturel que le puissant surintendant de la musique du roi, Michel-Richard de Lalande, âgé de 64 ans, s’associât à son survivancier, pour composer un ouvrage sur un livret de Pierre-Charles Roy, commandé par le duc de Mortemart, Premier gentilhomme de la chambre, destiné à faire danser le jeune roi. En effet, le jeune Louis XV semblait de santé fragile et il convenait qu’il parut en gloire devant la cour et ses sujets. Pour l’éducation du futur souverain et afin de maintenir le souvenir du roi soleil, on restaura à la cour le goût des arts et la danse en particulier. 68 ans après le célèbre Ballet Royal de la nuit, où le jeune Louis XIV apparaissait en soleil au dernier tableau, la création des Éléments, que l’on nomma pourtant « Le Ballet du roi », ne rencontra pas le succès attendu car l’ouvrage fut estimé « trop long, il paraissait trop sérieux et il était dansé par de petits seigneurs (Louis XV avait 11 ans), dont le talent n’était pas au plus haut degré », estimait Destouches dans sa correspondance. D’ailleurs, loin de partager le goût de la danse de son aïeul, le roi cessa rapidement de danser.

Pourtant l’ouvrage, certes remanié, fut repris dès 1725 à de nombreuses reprises. Il bénéficiait des faveurs de la reine Marie Leczinska, en version de chambre et figura au répertoire du Concert Spirituel jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. En un prologue et quatre entrées, l’ouvrage raconte comment, à partir du chaos initial, l’amour organise le monde et ses quatre éléments, l’eau, l’air, le feu et la terre, selon une trame plus ou moins ésotérique. La musicologue Françoise Escande explique que Les Éléments inaugurent un renouvellement du ballet propre aux années 1720 : « À côté d’éléments mythologiques, le livret met en scène des actions moralement nobles. On rompt avec les intrigues légères dont les Fêtes Vénitiennes de Campra avaient donné le modèle vers 1710. Le chemin est tracé vers le futur genre du « ballet héroïque » dans lequel s’illustrera surtout Rameau.

Une exhumation bienvenue

Avec son , s’attache à exhumer et mettre en valeur des partitions oubliées, dormant depuis longtemps dans l’immense fonds de la Bibliothèque Nationale de France. Comme cela se faisait à l’époque, afin de faire entendre les œuvres dans des cadres restreints et hors de France, il a reconstitué une version de salon à partir de diverses sources parvenues jusqu’à aujourd’hui. Ce spectacle a été créé en 2015 au festival Musique et Mémoire de Faucogney (70) et des Vosges du sud où l’ensemble est en résidence.

Violons et bois des SurprisesAux pupitres de cordes (2 violons, 1 alto, 1 viole de gambe, 1 théorbe), l’ensemble instrumental associe un groupe de bois (2 flûtes, 1 hautbois, 1 basson) et une impressionnante batterie de percussions, des castagnettes à la machine à vent ou à orage. Cet effectif représente les couleurs instrumentales de l’orchestre français et reste dans une dimension soliste. Louis-Noël Bestion de Camboulas dirige l’ensemble du clavecin, discrètement de la tête et des yeux, mais de façon très présente.

Cette musique dynamique, vivifiante et jubilatoire assure une heureuse transition entre les fastes lullistes, les subtilités de Campra et la dynamique de Rameau. La partie orchestrale riche et inventive est interprétée avec précision, souplesse, élégance où l’on retrouve toute la vitalité de la danse.

Les trois jeunes et non moins excellents solistes passent tour à tour des rôles principaux (de dieux de l’antiquité romaine en simples bergers) aux chœurs. Puissantes et bien projetées, associant rondeur des timbres à la rhétorique avec une qualité de diction remarquable, les voix sont admirables. Les deux sopranos associent leurs timbres différents en une belle adéquation. La voix ample d’ se marie à merveille avec la suavité et le raffinement de celle d’. Le baryton assure quant à lui les rôles masculins (Le Destin, Neptune, Valère, un berger) avec autorité, modulant finement sa voix au caractère de chaque personnage et des épisodes différents.

Crédit photographique : © Alain Huc de Vaubert

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.