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Swan Lake, un divertissement qui fait plouf !

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 29-III-2017. A Swan Lake. Chorégraphie et décors : Alexander Ekman. Musique : Mikael Karlsson. Orchestration : Mikael Karlsson/Michael Atkinson. Costumes : Henrik Vibskov. Lumières : Tom Visser. Vidéo : Todd Rives. Scénographie : Ana Maria Lucaciu, Christopher Kettner. Avec les Étoiles et le corps de ballet du Ballet national de Norvège et les petits danseurs du LAAC. Musique enregistrée.

a-swan-lake-by-alexander-ekman-dagbladetAvec , on s’attendait à être surpris. Pourtant si surprise il y a, c’est de déception qu’il s’agit devant un ballet creux qui utile le Lac des cygnes comme prétexte pour faire évoluer les danseurs dans ce qui ressemble plus à une piscine qu’à un lac.

On s’attendait à voir de l’eau, certes, mais aussi à rire, s’amuser, se divertir. Or oui il y a de l’humour dans A Swan Lake mais il y a aussi des longueurs, un manque de fil conducteur, d’action ou encore d’émotion. Paradoxal pour un pourfendeur de l’ennui dont le maître-mot est le divertissement !
La thématique du Lac des cygnes n’est qu’un prétexte pour faire un ballet dans l’eau. De lac il n’y a guère ; ou alors réduit à l’état de piscine, où flottent des bouées et où des nageurs glissent sur des matelas pneumatiques. L’idée de faire danser les danseurs dans l’eau est intéressante mais trouve vite ses limites dans la mesure où, il faut se rendre à l’évidence, on ne peut pas danser dans l’eau ! Les danseurs se déplacent, bougent, glissent mais dansent très peu. Les reflets de la lumière sur l’eau sont intéressants, quand à genoux par terre, les danseurs frappent l’eau en cadence pour faire jaillir des gerbes d’eau irisées par les projecteurs. Mais ça ne suffit pas à construire tout un ballet.

L’introduction est intéressante et bien menée. Un écran est déroulé devant le rideau de scène et on entend la voix d’ expliquer au public sa démarche, la genèse du projet et l’idée de réaliser un lac sur scène. Il explique les difficultés techniques auxquelles lui et son équipe ont été confrontés, images des répétitions à l’appui. La vidéo effectue un rappel de l’histoire du ballet avec des images anciennes et presque expressionnistes du Lac des cygnes. Il s’interroge avec humour sur ce que peut ressentir la danseuse qui incarne le cygne. La démarche de réflexion sur le ballet, structurante chez Ekman, est plutôt réussie, à part qu’elle n’est pas poursuivie dans le ballet en lui-même. La vidéo se termine par : et 147 ans tard… ce qui permet d’introduire la version d’Ekman, qui ancre ainsi son ballet dans une tradition avec laquelle il s’affirme aussitôt en rupture.

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L’atmosphère des premiers tableaux est très sombre avec une lumière rasante, qui laisse l’essentiel de l’espace scénique dans l’ombre. La seule véritable allusion au Lac des cygnes est, outre l’introduction vidéo et l’apparition d’un bateau en plastique en forme de cygne, la scène centrale où apparaissent le cygne blanc et le cygne noir. Ou plutôt une parodie des deux cygnes, affublés d’un couvre-chef qui ressemble assez à un bonnet de piscine et d’un renflement arrondi dans le dos à la place d’ailes de cygnes. Le cygne noir gifle le cygne blanc, qui en retour, lui caresse le visage, dans un geste somme toute très chrétien. La scène se répète dans ce qui pourrait être un comique de répétition mais qui, en raison de cette violence répétée, n’est pas très drôle.

L’humour est plus réussi dans la scène de la cantatrice qui fait tomber son sèche-cheveux dans la piscine et électrocute tous les danseurs ! La scène et la salle sont plongées dans le noir comme après une panne de courant généralisée et la cantatrice, une bougie à la main, s’excuse de sa maladresse et s’inquiète d’avoir tué tout le monde !

Mais ensuite on tombe dans le burlesque le plus complet. Pourquoi ce délire dans la piscine avec les boules qui tombent sur celui qu’on appelle L’observateur (selon le programme mais il est difficile de comprendre sa fonction dans le ballet) ? Et les bouées superposées les unes sur les autres autour d’un des danseurs ? Et les traversées de scène de danseuses sur pointes, en maillot de bain ? Cette multitude de personnages affairés et fous n’est pas sans rappeler quelque chose de l’univers d’un Jérôme Bosch, avec notamment le joueur de trombone qui peut évoquer les nombreux instruments qui peuplent l’Enfer selon Bosch. Une impression de gratuité se dégage de ces scènes bien éloignées de tout rapport, même diffus, avec le Lac des cygnes.
Le rideau se ferme et l’inscription : et 437 ans plus tard … apparaît. Un « cygne-cosmonaute » traverse alors la scène avec des bruits de respiration à la Dark Vador.

Malgré une idée de départ séduisante, l’impression qui domine à la fin du spectacle est celle du vide d’un divertissement qui tourne sur lui-même, du délire gratuit d’un artiste qui s’est amusé – on le voit – à mettre en scène une idée un peu folle, au détriment finalement du plaisir du public.

À lire en lien avec cet article, notre portrait d’Alexander Ekman.

Crédit photos : © Eric Berg

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 29-III-2017. A Swan Lake. Chorégraphie et décors : Alexander Ekman. Musique : Mikael Karlsson. Orchestration : Mikael Karlsson/Michael Atkinson. Costumes : Henrik Vibskov. Lumières : Tom Visser. Vidéo : Todd Rives. Scénographie : Ana Maria Lucaciu, Christopher Kettner. Avec les Étoiles et le corps de ballet du Ballet national de Norvège et les petits danseurs du LAAC. Musique enregistrée.

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