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L’Espagne romantique de Kader Belarbi dans Don Quichotte

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Toulouse. Théâtre du Capitole. 21-IV-2017. Ballet du Capitole : Don Quichotte. Nouvelle version en un prologue et trois actes. Livret et chorégraphie originale : Marius Petipa (1869), d’après le roman de Miguel de Cervantès. Musique : Ludwig Minkus. Chorégraphie et mise en scène : Kader Belarbi, assisté de Laure Muret. Décors : Emilio Carcano, assisté de Sophie Kitching. Costumes : Joop Stokvis. Lumières : Vinicio Cheli. Maitres de ballet : Monique Loudières (invitée), Emmanuelle Broncin et Minh Pham. Avec les premiers solistes, solistes et danseurs du Ballet du Capitole, direction Kader Belarbi. Orchestre national du Capitole, direction musicale : Koen Kessels.

Pour cette nouvelle production au Théâtre du Capitole, plonge les personnages de Don Quichotte dans une Espagne fantasmée par le XIXe siècle, fidèle à la tradition instaurée par , librettiste et chorégraphe originel du ballet de . Le Ballet et l’Orchestre du Capitole semblent à leur aise dans ce répertoire, entre espagnolades et morceaux de bravoure.

Pile dans l’esprit romantique qui irrigue le spectacle, le prologue nous plonge dans l’antre poussiéreuse et vieillotte de Don Quichotte, qui décide de partir à la recherche de sa Dulcinée. Le décorateur Emilio Carcano s’est ici inspiré d’un tableau allemand du XIXe siècle, tandis qu’il grime l’hidalgo à la manière de Fedor Chaliapine dans l’opéra de Jules Massenet. Toujours fidèle dans son inspiration à la période de création du ballet, une gravure de Gustave Doré sert de base au décor de la scène du moulin à vent et une représentation de la danseuse Fanny Essler inspire les costumes féminins.

Dans presque tous les tableaux de village, qui mettent en scène une Espagne lumineuse et colorée, s’appuie sur le duo comique formé par Don Quichotte et Sancho Panza. Il crée ainsi un contrepoint à une vision très carte postale de l’Espagne, caractérisée par les divertissements. Fandango, sévillanes et autres boléros forment en effet un tissu chatoyant aux aventures du doux-dingue et de son valet. Le grand escogriffe est aussi un beau faire-valoir à la piquante Kitri, incarnée dans la deuxième distribution de cette nouvelle production par la jeune danseuse russe .

Comme l’a expliqué le chorégraphe dans un entretien avec ResMusica, Kader Belarbi a simplifié l’intrigue inspirée du roman de Cervantès et modifié ou supprimé certains personnages pour lui donner plus de lisibilité. De Basilio, barbier au premier acte de la version originale de Petipa, il fait tout de suite un torero. « Plus espagnol que moi tu meurs », celui-ci est incarné par Norton Ramos Fantinel, un bellâtre au sourire ultra-brite, confiant et solide dans les portés, mais aussi bon camarade. Kitri, qui se transforme à volonté en Dulcinée, joue les ravissantes et attire tous les regards. Autour d’eux, le corps de ballet est impeccable, précis et appliqué, avec quelques solistes remarqués, comme dans le rôle de Mercedes, Minoru Kaneko dans celui d’Esteban ou Jackson Carroll dans celui de Don Quichotte.

La dramaturgie ne distingue cependant pas suffisamment les pas de deux des divertissements, noyant un peu les relations naissantes entre Kitri et Basilio au milieu de la fête du village. De même, une certaine confusion dans la pantomime ne permet pas non plus toujours de mettre en valeur les ressorts de l’intrigue, comme la fuite de Kitri et de Basilio à la fin du premier acte ou le moment où Don Quichotte est dépouillé dans le deuxième acte.

Le tableau des gitans au début du deuxième acte, plus dynamique, est très réussi. Celui des géants s’achève par un moulin à vent fixé sur une roulotte contre lequel se bat Don Quichotte. Le tableau qui suit fait surgir des hallucinations tout droit sorties d’un tableau de James Ensor, emportant Sancho Panza et Don Quichotte dans un rêve qui les entraîne dans un luxuriant sous-bois (magnifiques toiles peintes) peuplé de naïades parmi lesquelles se niche Dulcinée.

Dans le troisième acte, si le couple vedette est un peu en retrait dans les premières scènes, les deux danseurs ont, dans le pas de deux final, l’ampleur et la prestance requise par ces morceaux de bravoure. La scène se termine en apothéose de fouettés et de manèges de sauts, bien exécutés. Le vaillant Orchestre du Capitole de Toulouse dirigé ici par , bien connu des spectateurs du Ballet de l’Opéra de Paris, pour lequel il a dirigé plusieurs productions, devrait cependant s’attacher à mettre davantage en valeur les solistes, en préservant des pauses permettant de les applaudir sans nuire au bon déroulement du spectacle.

Le public du Capitole a réservé un très bel accueil à cette production qui rejoint les productions de ballets classiques au répertoire du , comme Giselle ou Le Corsaire.

Photos : (Kitri/Dulcinée) © David Herrero ; Jackson Carroll (Don Quichotte) et (une Naïade) © David Herrero ; Natalia de Froberville (Kitri) et (Basilio) © David Herrero

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