Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

L’art de la transcription selon Florian Noack

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Paris, Auditorium de la Fondation Louis Vuitton, 28-IV-2017. Johann Sebastian Bach/Florian Noack : Concerto en la mineur pour quatre claviers BWV 1065 ; Piotr Ilitch Tchaïkovski/Florian Noack : Roméo et Juliette, ouverture-fantaisie ; Alexandre Borodine/Florian Noack : Danses polovtsiennes ; Nikolaï Rimsky-Korsakov/Florian Noack : Suite d’après Schérérasade ; Johann Strauss/Florian Noack : Paraphrase d’après différentes valses. Florian Noack, piano.

Florian NoackLa séparation entre le métier d’interprète et celui de compositeur s’estompe, avec l’émergence de jeunes talents qui abolissent les frontières entre les différents domaines musicaux. Si certains musiciens montrent leur talent confirmé dans le jazz, rares encore sont les concertistes qui révèlent un véritable génie de transcripteur. est l’un de ces artistes qui réinventent le répertoire.

En assistant à chacun de ses récitals, où il insère toujours au moins une transcription de sa main dans le programme, il est difficile d’échapper à l’image de Franz Liszt qui recomposait des œuvres d’autres musiciens. Grâce à son oreille symphonique, rend au clavier la polyphonie orchestrale où les instruments se chevauchent avec complexité et exigence. Dans le Concerto en la mineur BWV 1065 de Bach, il réussit brillamment à effectuer une synthèse de quatre claviers sur un seul, en plus de l’ensemble orchestral. Sa partition est d’une clarté saisissante, chaque partie se distingue nettement dans un jeu fluide, tel un fleuve, en analogie avec le cours d’eau qu’on voit derrière la scène à travers les vitres de l’auditorium. La tension du début du Largo est terriblement dramatique sous ses doigts, avec un aspect presque visuel de clair-obscur qui nous rappelle irrésistiblement certains tableaux du Caravage.

Les trois pièces russes qui suivent sont colorées et riches en matières sonores, mais le pianiste ne cherche pas à transposer explicitement la couleur des vents, des cordes ou des percussions. La sonorité demeure délibérément pianistique, avec toutes les nuances que cet instrument offre. Il explore plutôt, à ce qui nous semble, la possibilité harmonique du piano, tout en extériorisant l’expérience intime de son écoute orchestrale. Il exprime son ressenti poignant sur l’histoire racontée par chaque œuvre : l’amour entre les deux adolescents, les danses aux coloris exotiques et le Conte de mille et une nuits avec toutes les péripéties inimaginables. C’est dans Schérérazade que Florian Noack révèle le plus sa double compétence de pianiste et de compositeur, en caractérisant chacune des quatre pièces — « La mer et le vaisseau de Simbad », « Le récit du prince Kalender », « Le jeune prince et la jeune princesse », « Fête à Bagdad – La mer – Le vaisseau se brise sur un rocher surmonté d’un guerrier d’Airain » — avec des contrastes et des intensités multiples dans un long crescendo tout au long de la suite. Le résultat en est époustouflant et tout à fait convaincant.

Il n’oublie pas l’art de la paraphrase, cher à Liszt (encore lui !), et nous propose, à la fin du récital, des valses et des polkas de , légères de nature mais virtuoses pour la forme.

Le petit bémol de la soirée va à l’acoustique de la salle ; si elle est très sèche près de la scène, plus on monte dans les rangées, plus le son devient flotté, autrement dit, il n’arrive plus directement à l’oreille. De ce fait nous avions quelque mal à saisir en détail l’intention du musicien, bien que son affirmation soit limpide, ce qui est assez dommage.

Crédit photographique © LNS Music

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Paris, Auditorium de la Fondation Louis Vuitton, 28-IV-2017. Johann Sebastian Bach/Florian Noack : Concerto en la mineur pour quatre claviers BWV 1065 ; Piotr Ilitch Tchaïkovski/Florian Noack : Roméo et Juliette, ouverture-fantaisie ; Alexandre Borodine/Florian Noack : Danses polovtsiennes ; Nikolaï Rimsky-Korsakov/Florian Noack : Suite d’après Schérérasade ; Johann Strauss/Florian Noack : Paraphrase d’après différentes valses. Florian Noack, piano.

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