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Alvin Ailey aux Étés de la danse : un programme axé sur le renouveau

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Boulogne-Billancourt. La Seine Musicale. 15-VII-2017. Alvin Ailey American Dance Theater. Festival Les Étés de la danse. Programme L. Exodus (2015). Chorégraphie : Rennie Harris. Musique : Raphael Xavier, Ost and Kjex. Costumes : Jon Taylor. No Longer Silent. Chorégraphie : Robert Battle. Ballet remonté par Marlena Wolfe. Musique : Erwin Schulhoff. Scénographie : Mimi Lien. Costumes : Fritz Masten. Revelations. Chorégraphie : Alvin Ailey. Musique traditionnelle. Décors et costumes : Ves Harper. Costumes de « Rocka my Soul » redessinés par Barbara Forbes.

Exodus_home Paul Kolnik

Ce programme (programme L) propose d’associer deux nouvelles entrées au répertoire de la compagnie, Exodus de Rennie Harris et No Longer Silent de au célébrissime Revelations d’. Voir la compagnie dans un tout autre registre est intéressant mais néanmoins frustrant car les spécificités qui constituent l’identité de la troupe sont masquées.

De toute évidence, cherche à élargir le répertoire de la compagnie et à l’emmener là où on ne l’attend pas. Il est certes impossible à une troupe de continuer à ne danser que les créations de son fondateur plusieurs décennies après la disparition de celui-ci. Néanmoins, les choix de deux chorégraphies, hip hop et contemporaine, aux couleurs et thématiques sombres, sont trop éloignés des attentes pour ravir complètement. En outre, force est de constater que l’ambiance n’est pas la même dans la nouvelle salle de la Seine Musicale, froide et sans caractère, qu’au Châtelet où la communion se faisait beaucoup plus naturellement entre les danseurs et le public.

La soirée s’ouvre avec Exodus, une pièce créée en 2015 par Rennie Harris, chorégraphe afro-américain de danse hip-hop qui a déjà chorégraphié pour la compagnie Home (2011) et Love Stories (2004). Les danseurs de l’ se révèlent très à l’aise dans le style street dance, où ils apportent belles extensions et déhanchements félins. La pièce met toutefois du temps à s’engager, avec une trop longue introduction au ralenti. Puis le rythme s’accélère, ce qui permet de beaux ensembles, parfaitement synchronisés. Mais la chorégraphie manque de relief et d’intensité. La musique, mélange de house, de gospels et de rap,  déroule son tempo commercial sans rupture, sans brusquer ni susciter l’enthousiasme. Les couleurs restent sombres, malgré le parcours des danseurs censés accéder à la lumière par l’exode. Très peu de solos permettent aux danseurs de montrer l’ampleur de leurs possibilités techniques et au spectateur d’avoir une connexion privilégiée avec les danseurs. Seul danseur à ressortir de cet ensemble, un géant à la carrure imposante, dont on aurait aimé voir la danse exploser davantage.

Alvin-Aileys-Revelations.-Photo-by-Pierre-Wachholder_02

Suit No Longer Silent, une pièce créée en 2015 par Robert Battle pour commémorer les 70 ans de la libération des camps d’Auschwitz et de Buchenwald. La musique aux accents expressionnistes a été composée dans les années 1920 par , compositeur juif né à Prague et mort en déportation en 1942. Constituée presqu’exclusivement d’ensembles, la pièce évoque de manière assez explicite l’univers concentrationnaire (qui pourrait aussi être celui d’une prison ou d’un bagne). Les danseurs, uniformément habillés de vêtements noirs avec des empiècements blancs aux genoux, se déplacent souvent en cercle et exécutent des mouvements répétitifs ; au sol, leurs gestes miment des travaux manuels de pioche ou de terrassement. La scène est baignée dans une sorte de brouillard et des phares jaunes, pouvant évoquer ceux des trains de la mort, éclairent parfois la ligne sombre des prisonniers. Parfois, un danseur s’échappe du groupe pour effectuer une danse empreinte de secousses et de soubresauts, qui finit au sol comme s’il était recroquevillé par la peur. Mais les prisonniers ne donnent pas l’impression de misérabilisme ; ils restent forts, galvanisés par le collectif. Assis en ligne sur un banc, ils enchainent des mouvements en canon, non sans évoquer Minus one d’Ohad Naharin. Cette pièce exigeante emmène la compagnie dans un registre sombre qui n’est pas celui dans lequel on a l’habitude de la voir. Les danseurs montrent la qualité de leur travail collectif mais les spécificités de la compagnie sont quelque peu gommées dans ce type de programme.

Pour terminer, on retrouve avec un plaisir toujours renouvelé le lumineux Revelations, pièce emblématique et incontournable du répertoire de la compagnie, créée par en 1960. Séquencée en dix tableaux, chorégraphiés sur des morceaux de musique gospel, la pièce exprime une joie de danser empreinte de mysticisme, baignée dans les couleurs du Sud des États-Unis, femmes à longues robes, chapeaux et ombrelles ou éventails. Les ensembles alternent avec des solos, duos et trios, où peuvent s’exprimer toutes les qualités techniques et toute l’âme de cette troupe, qui semble habitée. La compagnie comprend des danseurs aux physiques et aux âges hétérogènes, mais qui ont intériorisé l’énergie propre au style d’. Chaque tableau présente un attrait particulier mais le solo sur le verset biblique « I Wanna Be Ready », interprété par le danseur Glenn Allen Sims, reste en tête par l’émotion et la beauté sobre qui s’en dégage.

Un programme donc qui ne satisfera que ceux qui sont repus des classiques du répertoire d’Alvin Ailey.

Crédits photographiques: Photographie n°1 : Exodus, © Paul Kolnik; Photographie n°2 : Revelation, © Pierre Wachholder.

Lire aussi : La compagnie Alvin Ailey de retour aux Etés de la Danse

 

 

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