Le côté sombre de Moussorgski et Prokofiev selon Dimitri Kitaenko

À emporter, CD, Musique symphonique

Modeste Petrovitch Moussorgski (1839-1881) : Une nuit sur le mont chauve, version originale de 1866-1867 ; Chants et danses de la mort. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Alexandre Nevski op. 78. Vladislav Sulimsky, baryton-basse. Agunda Kulaeva, mezzo-soprano. Chœur philharmonique tchèque. Orchestre du Gürzenich de Cologne, direction : Dimitri Kitaenko. 1 CD Oehms Classics. Enregistré au Studio Stolberger Straβe à Cologne en octobre 2015. Notice bilingue (anglais-allemand). Durée : 75:56

 

disqueSur territoire conquis, grand interprète des musiques russes et scandinaves que le label russe Melodiya a honoré d’un coffret « hommage » prestigieux ayant obtenu la clef ResMusica en 2015, propose la version originale rarement enregistrée d’Une nuit sur le mont chauve ainsi qu’une lecture évocatrice d’Alexandre Nevski, alors que les choix d’orchestration d’ concernant les Chants et danses de la mort sont bien plus discutables. Accompagné de solistes et d’un chœur à la hauteur des espérances, le chef d’orchestre russe se trouve de toute évidence dans son élément.

Intelligemment pensée, la succession dans ce disque d’Une nuit sur le mont chauve, Chants et danses de la mort de Moussorgski et Alexandre Nevski de Prokofiev inscrivent à elles trois une atmosphère sombre parfaitement continue et homogène où et l’ démontrent les forces orchestrales de la musique russe sans détour.

Moins lisse que la version orchestrée par Rimski-Korsakov, on retrouve dans cette version d’Une nuit sur le mont chauve, la verve et l’audace de composition de Moussorgski avec son utilisation effrayante des timbres, sa rythmique hachée et une certaine brutalité des contrastes. Pas sûr pourtant que l’Orchestre du Gürzenich soutire toute la force démoniaque de ce sabbat de sorcières que l’enregistrement précurseur de et son approche sulfureuse ont su dépeindre avec extase (1979). La férocité de cette partition est pourtant bien présente sous la baguette de Kitaenko qui arrive à maintenir la tension par des couleurs orchestrales de haut vol durant ces quatorze minutes de musique, même si c’est surtout la lisibilité remarquable qui marque cette écoute, permettant ainsi de mettre en lumière les plans orchestraux complexes de l’œuvre.

Le talent de coloriste du maestro se retrouve aussi dans les Chants et danses de la mort, notamment lors de la terrible bataille de la dernière chanson du Commandant où l’Orchestre du Gürzenich expose avec brio les élans guerriers tout en privilégiant la voix. Le chef paraît pleinement en osmose avec le baryton-basse , soliste constant autant dans sa sensibilité singulière que dans une cruauté implacable. Il tire le meilleur de cette orchestration contestable par sa surcharge, Edison Denisov édulcorant la rythmique propre de ces danses et collant au texte de façon bien trop naïve. La comparaison avec l’orchestration de Dimitri Chostakovicth marque encore plus les faiblesses de ce travail, cette dernière se révélant un modèle de sobriété et de pleine adéquation avec la version originale piano/voix.

D’une grande complexité rythmique et contrapuntique, Alexandre Nevski bénéficie dans cet enregistrement d’une lecture aérée et dynamique, loin de l’image hollywoodienne que certains chefs ont souhaité lui prescrire. Dans un tempo lent et des dynamiques posées, Dimitri Kitaenko propose une retenue et une distance bien à propos, sublimées par une impressionnante maîtrise sur le plan rythmique, et un travail d’orfèvre concernant les plans orchestraux. Les interventions de la mezzo-soprano Agunda Kulaeva et du chœur de Brno s’inscrivent dans cette sobriété juste, proche d’un mysticisme intimiste.

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