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François Dumont, entre romantisme fantastique et classicisme mozartien

Francois Dumont © Joseph Berardi-1 est un pianiste discret, mais les plus passionnés s’enthousiasment devant ses interprétations aux mille nuances et mûrement construites. À l’occasion de son récital annuel à la Salle Gaveau, il nous a livré sa vision pour ce concert ainsi que sur l’intégrale des Concertos de Mozart qu’il poursuit avec l’.

« A la Salle Gaveau, compte tenu de la qualité de son, directe et vibrante, je ne suis pas obligé d’être dans une projection constante. »

ResMusica : Vous donnez un récital à la Salle Gaveau le 18 janvier prochain, sous le thème de Nocturnes et scherzos fantastiques. Quelle est la conception de ce programme ?

 : L’idée directrice du programme est la thématique de la nuit. Il y a la part belle de la nuit, d’abord avec les Nocturnes de , La Barcarolle qui est nettement un nocturne, et bien sûr, Gaspard de la nuit. La Barcarolle était l’une des œuvres préférées de Maurice Ravel, mais aussi de Claude Debussy. Si elle fait référence au bel canto italien, il s’agit d’une œuvre clé de Chopin, éminemment tournée vers le futur. Il y a quelque chose de très wagnérien dans ses harmonies, La Mort d’Isolde par exemple. Cortot a même parlé de « nocturne tristanesque » !

J’ai constitué ce programme avec tout Chopin pour la première partie, et en deuxième, d’abord Gaspard de la nuit, ensuite La Valse avec laquelle je termine le concert. Entre ces deux monuments de la littérature pianistique, j’ai inséré La plus que lente, en guise d’une halte sur le plan de la puissance sonore et de la densité de l’expression.

RM : Et pour le thème de scherzo ?

FD : Outre le fait que je joue le troisième Scherzo de Chopin, Scarbo est bien sûr un scherzo. Je les conçois comme appartenant au monde de la nuit, ce ne sont pas des scherzi humoristiques mais fantastiques, effrayants. J’ai bien sûr joué ces pièces à maintes occasions, mais je les ai rassemblées spécialement pour ce récital à Gaveau, qui est un très beau lieu, à une taille idéale pour le piano.

RM : Vous aimez donc y jouer ?

FD : Oui, c’est une belle salle, suffisamment grande pour avoir une ampleur du son, mais elle permet en même temps l’intimité du jeu. À Paris, les lieux de concerts sont nombreux, avec les nouvelles salles ouvertes depuis quelques années, comme la Philharmonie, l’Auditorium de Radio France, celle à la Fondation Louis Vuitton, la Seine musicale… Il est donc aujourd’hui difficile pour une salle d’avoir une véritable identité qui est la sienne. Dans ce contexte, la Salle Gaveau se caractérise par son aspect intime et par un certain prestige, car elle est devenue « la » salle historique en plein cœur de Paris avec le Théâtre des Champs-Élysées. Pour moi, pour un récital de piano, surtout avec ce genre de répertoire — j’ai d’ailleurs constitué ce programme en fonction de la caractéristique de cette salle —, on peut y utiliser une multitude de nuances, car son acoustique permet de faire parler et murmurer l’instrument. C’est une aubaine pour moi, parce que, compte tenu de la qualité de son, directe et vibrante, je ne suis pas obligé d’être dans une projection constante, comme c’est le cas quand je joue par exemple un certain concerto dans une grande salle.

François Dumont_c-Nicolas JoubardRM : Vous avez actuellement un grand projet en cours, l’intégrale des concertos de avec l’. Où en êtes-vous ?

FD : Nous venons de sortir un double album, notre deuxième, que nous avons présenté en septembre dernier au Théâtre national de Bretagne, à Rennes. J’ai joué trois Concertos* [*les Concertos numéros 1, 24 et 27] en dirigeant l’orchestre au clavier. À partir de cette saison, ce projet va tourner en dehors de la région. Nous allons jouer les 23e et 24e Concertos au Festival de Sully en juin, au Musical de Redon en juillet pour les dates les plus proches.

Évidemment, l’intégrale concerne les 27 Concertos que Mozart a écrits toute sa vie durant. Nous n’allons pas « avaler » toutes ces œuvres en un laps de temps court ; il faut que chacune ait sa propre identité. Pour cela, nous devons prendre du temps pour forger une interprétation appropriée, en évitant le systématisme, car le langage de Mozart évolue beaucoup au fil de ces Concertos. Nous ne savons pas encore pour combien de temps cela va durer, ni combien de concerts nous allons programmer à chaque saison. Jusqu’à maintenant, nous en avons enregistré sept, il en reste donc encore beaucoup !

« Je ne peux pas vivre sans Mozart. »

RM : Vous avez enregistré l’intégrale des Sonates de Mozart aussi. C’est un compositeur qui vous est familier…

FD : En tout cas, je ne peux pas vivre sans Mozart. Sa musique est très exigeante, elle est faite de peu de moyens mais tout est là. Cela veut dire que la moindre note a une valeur gigantesque. La pensée musicale de l’interprète doit être pure, mais en même temps bien réfléchie… je dirais plutôt bien sentie, et surtout, tournée à l’essentiel. Chez Mozart, il y a constamment des inattendus, des surprises. C’est très opératique avec une dose d’ornementations qui ne sont pas écrites mais qui sont fondamentales. C’est Paul Badura-Skoda et Andreas Staier, avec qui j’ai beaucoup discuté, qui m’ont vraiment éclairé sur le bon dosage, mais il est impossible de l’expliquer avec des mots !

RM : Vos projets ne s’arrêtent pas à Mozart…

FD : En effet, j’ai un autre projet. Je jouerai le Concerto de en avril prochain, toujours à Rennes, dans une nouvelle salle, Le Couvent des Jacobins, qui va être inaugurée au milieu de ce mois. C’est une œuvre que l’on ne joue jamais, le compositeur était d’ailleurs presque inconnu il y a encore une dizaine d’années, même chez les musiciens. J’ai donc hâte de l’interpréter !

Crédits photographiques : Portrait © Joseph Berardi ; François Dumont au piano © Nicolas Joubard

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  • Martin Antoine

    Quel est l’intérêt d’enregistrer l’intégrale des concertos de Mozart en 2017 ? Il serait instructif de connaitre les dessous économiques d’une telle aventure , peut-être d’ailleurs peu onéreuse et rodée/financée par les concerts qu’il signale .
    Par contre il y a pas mal de chose à faire encore découvrir et le concerto de Cras en est un , musicien et marin breton dont l’œuvre de musique de chambre commence à être bien connue grace à l’éditeur français TIMPANI .

    • draffin

      Je suis malheureusement d’accord : qu’on continue à donner les sonates et les concertos de Mozart en concerto, soit. Mais côté enregistrement, on a ce qu’il faut ! Il y a quelques années, il manquait encore une (très) bonne version sur pianoforte mais Bezuidenhout est passé par là.
      D’accord aussi pour ce qui est de Cras : la discographie n’est pas franchement saturée !

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