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Julius Reubke par Mūza Rubackytė au piano et Olivier Vernet à l’orgue

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Julius Reubke (1834-1858) : L’œuvre intégral. Mūza Rubackytė, grand piano Fazioli model F 278. Olivier Vernet à l’orgue Lagedast-Eule de l’église Saint-Nicolas de Leipzig (Allemagne). 1 CD Ligia. Enregistré du 28 au 30 novembre 2016 à la salle de concert de Sacile, Italie (piano) et à l’église Saint-Nicolas de Leipzig les 30 et 31 août 2017 (orgue). Livret bilingue français-anglais. Durée totale : 73′.

 

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julius-reubke-1834-1858-sonaten-integrale-de-loeuvre-vernet-rubackyteRarement réunies au disque, les deux grandes sonates qui constituent la quasi-totalité l’œuvre de Reubke, jeune élève de Liszt très tôt disparu, sonnent ici dans toutes leurs flammes romantiques, tant au piano qu’à l’orgue.

Se plonger dans l’univers musical de relève à la fois de la découverte, de l’insolite, et au bout du compte d’une expérience enrichissante et revigorante. Tel un astre éphémère, ce compositeur n’a vécu que vingt-quatre ans, et pourtant devint le disciple préféré de Franz Liszt à Weimar, qui s’y était installé pour créer plusieurs œuvres significatives, dont son unique Sonate pour piano en si mineur. Né en 1834 d’un père facteur d’orgue, étudia le piano au conservatoire de Berlin avant d’être présenté à Liszt par Hans von Bülow. Le jeune artiste, ébloui de toute évidence par cette rencontre exceptionnelle, fut stimulé dans l’écriture de deux grandes sonates pour l’orgue et pour le piano.

L’époque avait vu éclore un style révolutionnaire au clavier, et l’apparition d’instruments nouveaux aptes à suivre ce grand mouvement musical. Liszt écrivait pour le nouvel orgue de Merseburg, alors le plus grand d’Allemagne, et présentant des possibilités inconnues à ce jour. De même, les grands pianos de concert avaient fait leur apparition, celui de Liszt à Weimar portant le nom célèbre de Bechstein. C’est dans cet élan que le jeune Reubke se lance lui aussi dans la composition : d’un seul tenant, comme chez son maître, ses sonates exploitent un plan bien défini, réservant, après une brillante première partie, une grande méditation centrale, suivie d’une fugue préfigurant un final fantastique. L’écriture, virtuose et tout autant pianistique pour la sonate pour orgue, permet d’imaginer une exécution au piano, et vice versa, comme certains musiciens l’ont déjà proposé chez Liszt avec la Fantaisie sur « Ad nos ad salutarem undam » ou la Sonate en si.

Confronter ces deux monuments est de très bon aloi. Mūza Rubackytė propose une vision enflammée de la sonate sur un grand Fiazoli de concert aux sonorités très orchestrales, voire sophistiquées. La prise de son réalisée en Italie est du plus bel effet, le jeu fougueux et pathétique de l’interprète clame très fort le message visionnaire d’un romantique ébloui par son siècle. Son inspiration s’abreuve aussi de la musique de Wagner, par ses climats parfois brumeux et mystérieux. À distance de la sonate, un Scherzo en ré mineur et une Mazurka en mi majeur apportent un peu de fraîcheur, que la pianiste ne manque pas d’exploiter pour mieux nous préparer à la sonate pour orgue que le programme nous propose ensuite.

Plus célèbre et largement enregistrée (près de 150 versions), la Sonate pour orgue en ut mineur sur le psaume 94 est l’un des grands chevaux de bataille pour les organistes pratiquant le répertoire symphonique. Le thème même de ce psaume (le 93e dans la numérotation grecque) parle du Dieu vengeur et préfigure le tourment qui traverse toute l’œuvre, bâtie d’un seul tenant sur le modèle des œuvres citées précédemment. Reubke poursuit sa pensée sans relâche, exacerbant peu à peu le discours, tragique et monumental. a choisi un orgue qui s’adapte au mieux à ce texte musical complexe. En effet, les instruments romantiques allemands sont quelque peu différents de ceux construits en France à la même époque, par Aristide Cavaillé-Coll en particulier. Ils offrent des caractéristiques précises, de couleurs et d’équilibres. Liszt en avait bien saisi l’opportunité, de même que son jeune élève. L’orgue de l’église Saint-Nicolas de Leipzig fut reconstruit en 1862 par le facteur Ladegast, puis amélioré pour permettre de jouer des œuvres virtuoses sans difficultés de dureté aux claviers grâce à des leviers pneumatiques. Ainsi grâce à une récente restauration réalisée par la maison Eule et sponsorisée par Porsche, cet instrument est l’ambassadeur idéal pour cette musique. maîtrise totalement les émotions des différentes étapes et ambiances de la sonate. L’orgue est en mouvement, soutenu par une belle acoustique judicieusement captée. En guise de conclusion et à l’instar du piano, deux courtes pièces complètent le programme de l’intégrale, dont un Trio en mi bémol, qui semble avoir été composé pour s’insérer au début de l’adagio de la sonate.

Après Jean Guillou qui par deux fois proposa au disque (Dorian et Augure) au piano et à l’orgue les deux sonates, la présente production se place également en tête de la discographie consacrée à cet auteur, permettant d’apprécier à sa juste valeur un compositeur qui fut l’un des plus grands de sa génération.

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