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Max Emanuel Cenčić et Zelenka nous emmènent à Dresde

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Lyon. Chapelle de la Trinité. 24-III-2018 : Jan Dismas Zelenka (1679-1745) : Sinfonia à 8 ZWV 189 ; 4 arias ; O magnum Mysterium ; Agnus Dei de la Missa divi Xaverii ; Barbara dira effera ZWV 164. Max Emanuel Cenčić ; Orchester 1756, violon et direction : Dimitris Karakantas.

Max Emanuel Cencic - JND est venu à Lyon faire découvrir (ou presque) la musique sacrée de Zelenka, composée pour la cathédrale de Dresde, peu connue mais belle et mise en valeur par le contre-ténor.

La musique de Zelenka, très expressive, est immédiatement mise en valeur par l’ et son violoniste et chef . Cette Sinfonia à 8 est animée aussi par les hautbois, virtuoses, comme devait les aimer le compositeur, lui-même contrebassiste. Arrive Max Emanuel Cenčić pour replacer la musique de Zelenka dans le contexte historique de l’époque avec les suites de la guerre de trente ans entre protestants et catholiques… Le prince électeur de Saxe, Auguste II dit « Le Fort », décide de se convertir au catholicisme pour pouvoir se faire élire roi de Pologne. Il créé alors une chapelle catholique dans un État protestant. Cette tension, cette indignation, cette tristesse, Max Emanuel Cenčić les chante dans une aria extrait de Gesu al Calvaro. : « Pourquoi les cieux ne lancent-ils pas la foudre sur l’infamie ? » Dans un extrait de Il serpente di bronzo, la voix du contreténor, plus proche de l’alto, s’expose pleine, timbrée et solide sans dureté. Une sonate à 4 calme l’ambiance avant que le violon de termine la pièce en voltige. revient une seconde fois avec son texte, autour de la parabole de la rose, symbole de l’amour et de la renaissance. Un peu de spiritualité dans un concert autour de la cathédrale de Dresde. Une autre aria d’Il serpente di bronzo est propice aux ornements, bien maîtrisés par le chanteur. Une petite dernière avant l’entracte, calme, sereine et résignée.

Quand le spirituel embellit la Musique

Le motet pour alto O magnum Mysterium est chanté un peu trop vivement par rapport au texte. Et c’est la troisième intervention de Max Emanuel Cenčić, toujours en rapport avec le contexte du temps de Zelenka. Son texte parle du Livre d’Isaïe, évoque la spiritualité, la musicologie, le religieux, le tout transposé dans notre temps. Presque un prêche… Et il enchaîne avec l’Agnus Dei de la Missa divi Xaverii. La sonata n°3 ZWV 181 arrive pour, là aussi, mettre en valeur l’. On retiendra la virtuosité, au violon, de Dimitris Karakantas et au hautbois, l’agilité, la dentelle musicale de Bettina Simon. Le tout avec une homogénéité remarquable de l’ensemble..

Mais Max Emanuel Cenčić n’en a pas fini avec ce qu’il a écrit. Conscient de bousculer un peu le concert (comme à Paris quelques temps plus tôt), il demande pardon à l’assistance (!) mais s’appuyant sur l’Apocalypse, il a voulu transposer l’époque troublée qu’a connue Zelenka au monde dans lequel nous vivons actuellement. Le public le comprend et applaudit cet artiste, au regard humaniste qu’il porte sur notre époque. C’est un homme ouvert, lucide, qui n’a pas peur de dire ce qu’il ressent, ce qu’il pense. Parlant cinq langues, parcourant le monde, de Zagreb, où il est né, à Vienne en passant par Londres, New York et toutes les plus grandes salles de concert, il s’appuie sur ses qualités de chanteur, d’organisateur, de créateur pour diffuser les musiques qu’il aime mais aussi faire et faire faire des découvertes… en musique.

Il résume cela ainsi : « L’art, c’est quelque chose qui nous provoque pour nous faire réagir. On ne peut pas faire l’unanimité et le cœur de la culture occidentale, c’est de toujours se remettre en question pour fuir la dictature de la conformité. »

Crédit photographique : Max Emmanuel Cenčić © Jean-Noël Démard

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Lyon. Chapelle de la Trinité. 24-III-2018 : Jan Dismas Zelenka (1679-1745) : Sinfonia à 8 ZWV 189 ; 4 arias ; O magnum Mysterium ; Agnus Dei de la Missa divi Xaverii ; Barbara dira effera ZWV 164. Max Emanuel Cenčić ; Orchester 1756, violon et direction : Dimitris Karakantas.

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