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Max Emanuel Cenčić au TCE : un enfer pavé de bonnes intentions 

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble, Opéra

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 15-I-2018. Antonio Vivaldi (1678-1741) : concerto pour deux violons en la mineur RV522, Sonate en trio en ré mineur op. 1 n° 12 RV 63, concerto pour basson en mi mineur RV 484 ; Nicola Porpora (1686-1768) : « Tu spietato non sarai » extrait d’Ifigenia, « Nume che reggi il mare » extrait d’Arianna in Nasso, « Torbido intorno al core » extrait de Meridee e Selinunte, « D’esser gia parmi » extrait de Filandro ; Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : « Già l’ebro mi ciglio », « Cielo, se tu il consenti » extraits d’Orlando, « Al par della mia sorte », « Si, cadrò, ma sorgerà », extraits d’Arminio. Max Emanuel Cenčić, contre-ténor. Orchestre Armonia Atenea, direction : George Petrou.

Pressefoto_Cencic_2015_DSC_3979C’est une soirée excitante sur le papier, et plutôt décevante en réalité, à laquelle nous a conviés au Théâtre des Champs-Élysées. Décidé à réhabiliter et faire connaître le compositeur , bien oublié de nos jours, le célèbre contre-ténor s’est laissé aller à un excès de didactisme, finalement préjudiciable à la musique.

En effet, après un fort beau concerto pour deux violons d’, la star que tous attendent entre en scène, déploie un pupitre, et entame une conférence qui dure une vingtaine de minutes, non comprises dans le timing fourni par le Théâtre des Champs-Élysées, sur la situation de l’opéra en Angleterre au XVIIIe siècle. On fait suffisamment confiance à sa grande culture pour savoir qu’il l’a écrite lui-même, puis certainement l’a fait traduire. Hélas, même si sa prononciation française est bien travaillée, sans le support de la musique, il bute sur chaque mot un peu littéraire, rend son discours peu compréhensible, et finalement, ennuie. Un spectateur s’exclame par deux fois, basta ! Fort heureusement, le public est bien élevé, et attend la fin poliment. Plus grave : le passage de la voix parlée à la voix chantée se passe mal, et quand il s’agit de donner des échantillons de l’art de Porpora, la voix sonne étouffée, peu claire, ne passant pas la rampe. Elle se rétablit plus ou moins après un temps de repos, le moment d’une sonate, toujours de Vivaldi. Il n’empêche, seulement quatre airs pendant une première partie de plus d’une heure ont un goût de trop peu.

Après l’entracte, la salle, qui n’était déjà pas entièrement pleine, s’est un peu vidée. Quand arrive et reprend le pupitre sur lequel figure son discours (il chante par cœur, sans l’aide d’une partition) un murmure consterné parcourt le public. Totalement conscient de cette désapprobation, le contre-ténor se justifie en expliquant qu’il faut comprendre ce que l’on écoute. C’est tout à fait vrai, mais peut-être la formule choisie n’était-elle pas la bonne. Il aurait peut-être mieux valu organiser un entretien d’avant-concert, ou faire appel à un conférencier à la prononciation vernaculaire, et tout du moins prévenir de la chose dans le programme de salle. Tel quel, le concept ne passe pas.

La deuxième partie est consacrée à Haendel, plausiblement pour démontrer sa rivalité avec Porpora. Le contre-ténor a choisi des airs qui lui conviennent bien, et on retrouve enfin cette aisance dans les traits d’agilité, cette brillance dans les aigus, cette musicalité qui nous l’ont fait tant aimer. Hélas, après deux extraits d’Orlando et un concerto pour basson, virtuose à défaut d’être plaisant, Max Emanuel Cenčić reprend son pupitre et ses notes de conférence avant d’attaquer deux airs d’Arminio, et c’est cette fois un grondement désespéré qui parcourt le public. Et de nouveau, interpréter en tout quatre airs seulement, même si, écrits pour les castrats Senesino ou Annibali, ils sont très difficiles à exécuter, cela semble bien pingre. Est-ce cela qui a déclenché la débandade à la fin du premier bis ? La salle est à moitié vide au moment des saluts, même s’ils sont chaleureux.

En fin de compte, ce que l’on a préféré dans cette soirée, c’est la direction vive de , et le tonus, l’homogénéité et le beau son de l’. Dommage, on n’était pas venue pour cela…

Crédit photographique : © Anna Hoffmann

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  • Evann Loget-Raymond

    J’ai l’étrange sentiment que nous n’avons pas assisté au même concert – en plus je ne vois pas où se trouvait le passage scabreux de la voix parlée à la voix chantée, quoi qu’il en soit je doute un peu de vos capacités auditives étant donnée que le monsieur n’a pas du tout hurlé « basta », mais « canta ». Ouvrez les oreilles, ouvrez votre esprit et ne jugez pas tout à partir d’un accent (de plus, je crois que Mr. Cencic a écrit son texte lui même, puisqu’il parle couramment le français).

  • Monique De Knop

    Madame, cet article est empreint de mauvaise foi. J’ai assisté à ce concert et j’y ai vu et entendu un artiste exceptionnel et un public plus qu’enthousiaste. Il est tellement facile de démolir quelqu’un en deux coups de plume….Il est vrai que le critique ne regarde pas ses victimes dans les yeux.

  • Marina Somers

    Enfer ? quel enfer ? Plutôt un PARADIS pavé de bonnes intentions et de jolis airs…. avec un chanteur professionnel et compétent dans la matière… qui a su mouvoir le public … accompagné par un des meilleurs ensembles baroques… il a parlé un peu longuement ? et oui peut-être pour certains, pour d’autres non… Et la salle n’était PAS DU TOUT à moitié vide au moments des saluts … d’ailleurs où se trouvent les commentaires qui figuraient ici il y a quelques heures ????

  • Christophe S. Bernard

    Pour avoir assisté au concert, j’ai trouvé pour ma part intéressant les interventions de Max Emanuel Cenčić. Tout le monde n’est pas au fait du climat londonien de cette époque même si on a vu Farinelli 😉

  • Claudine Redon

    Madame
    Difficile d’être objectif, lorsqu’on est « Fan » et je le suis, pour autant, je n’adhère pas complètement à votre article, parce que , tout simplement, il n’est pas le refflet de la soirée..Tout d’abord, je veux bien reconnaître quelques longueurs dans le premier texte de Max, c’est que celui-ci n’a pas ménagé sa peine, et je l’ai sincèrement admiré pour le travail accompli, l’apprentissage de la langue française (Langue en perte de vitesse dans le monde, ne l’oublions pas),rédaction de sa mini conférence, peu importe si le texte a été traduit par la suite, le travail est là et à une époque où les gens n’écrivent plus où si mal, pour ma part, je lis et j’écris et je dis « Bravo » Max..Max a voulu nous montrer, en France, dans la salle d’un théâtre parisien, ses progrès en français et les efforts qu’il faisait dans ce domaine, soyons reconnaissant..Max a voulu nous « Tirer vers le haut » en nous donnant quelques bribes de culture musicale, si trois personnes étaient intérressées, eh bien tant mieux pour ces trois personnes, la culture devient un bien de plus en plus précieux, Max a le sens du partage et a simplement eu cette envie de nous faire profiter au mieux de son savoir pour savourer le récital comme il se doit;mon fils qui a encore peu l’habitude du baroque a ,quant à lui apprécié..Vous êtes d’ailleurs censée, en tant que critique, avoir vous même cette culture et dîtes que Porpora est bien oublié aujourd’hui, non , vous vous trompez, Porpora renaît de ses cendres depuis maintenant un certain temps, cela ne devrait pas vous avoir échappé..Un spectateur a dit « Basta » ou « Canta », pour ma part, je ne sais, c’est de toute façon, un grossier personnage, la prochaine fois, qu’il reste chez lui…le passage à la voix chantée s’est fait un peu difficilement, peut-être, mais Max n’est pas un des robots que nous aurons sans doute dans quelques années; Max est un être de chair et de sang, avec ses émotions, ses moments magiques et , parfois ses faiblesses, il donne le meilleur de lui même à son public et ses admirateurs l’adorent, un homme , fut ce le meilleur chanteur, ne peut d’ailleurs, être seulement réduit à une voix, celle ci étant avant tout un moyen d’expression, et Dieu sait ,que Max exprime, avec passion..Je n’ai pas remarqué que la salle se soit vidée après l’entracte, se fut-elle vidée, m’en serai-je apperçue?si certains sont partis, c’est qu’ils n’étaient pas digne de tant de beauté, moi j’ai surtout été sensible aux vivats et aux « Bravo », qui témoignaient d’un public averti et particulièrement enthousiaste..Je n’ai pas remarqué non plus le murmure consterné dont vous parlez et encore moins le grondement désespéré,le moins que l’on puisse dire est que vous avez le sens de l’exagération…Moi, j’ai senti une intense vibration qui a poussé le public a faire revenir plusieurs fois Max , toujours heureux de « Donner »..pour vous le verre était à moitié vide pour moi, à moitié plein, et je changerai volontiers votre titre »Un enfer pavé de bonnes intentions » par « Moment de grâce pour un monde cruel »

  • Eusebius

    Max fait des miracles
    Au prochain concert il rendra la vue aux aveugles et guérira les paralytiques.

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