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Béjart fête Maurice à l’Opéra royal de Versailles

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Versailles. Opéra royal. 6-IV-2018. Béjart Ballet Lausanne. T’M et variations… Chorégraphie : Gil Roman. Musique (live sur scène) : Citypercussion – Thierry Hochstätter & JB Meier. Bande son : Nick Cave et Warren Ellis. Béjart fête Maurice. Chorégraphie : Maurice Béjart. Mise en scène : Gil Roman. Musiques : Beethoven, Webern, Heuberger, Rossini, Le Bars, musiques traditionnelles juives, indiennes, africaines et pygmées. Costumes : Henri Davila. Lumière : Dominique Roman. Avec les solistes et danseurs du Béjart Ballet Lausanne

bbl_photo_gregory_batardon_d1a4011-533x800À l’occasion des trente ans du et des dix ans du décès de , , le directeur artistique de la compagnie, présente à Versailles un programme-hommage au créateur, créé en 2016 au théâtre de Beaulieu de Lausanne.

« Je voudrais que t’M et Variations soit comme une lettre où chaque danseur signerait avec son corps » déclarait dans une interview donnée au Temps avant la première du spectacle en décembre 2016. Comme une lettre écrite à plusieurs mains, t’M et variations se compose d’une série de saynètes, aux styles et influences très variés. Le point commun à tous ces tableaux dansés ? Le jeu d’acteurs et le lien fort entre les danseurs et les musiciens sur scène, qui semblent téléguider les mouvements des danseurs par les sons et bruitages qu’ils créent.

Ces saynètes, souvent empreintes d’humour et où la comédie occupe une place importante, mettent en valeur les personnalités des danseurs. Et de personnalités, la compagnie n’en manque pas ! Au plaisir de retrouver certains interprètes historiques de Béjart, comme et , s’ajoute celui de découvrir de jeunes danseurs, extrêmement talentueux et à la présence scénique affirmée.

Néanmoins, malgré les qualités des interprètes, la danse reste trop lisse pour véritablement susciter l’émotion. Les tableaux s’enchaînent sans que l’un vienne frapper l’attention plus que l’autre, à une exception près : le duo central entre deux garçons, qui évoluent en parfaite symétrie comme deux jumeaux, miroir l’un de l’autre. La musique, dont les sonorités ne sont pas sans rappeler le thème musical composé par le Fleshquartet pour l’Appartement de Mats Ek, véhicule une nostalgie poignante, dans une tonalité plus légère toutefois que chez le chorégraphe suédois.

Le final, qui rassemble toute la compagnie sur scène pour un geste d’adieu et une preuve d’amour à Maurice, n’évite pas l’écueil de la facilité.

La seconde partie du spectacle, Béjart fête Maurice, rassemble des extraits de variations de , alliant des morceaux très connus comme Bhakti III et la IXème Symphonie à d’autres qui le sont moins comme Dibouk ou Rossiniana. Ce parcours, composé par Gil Roman, nous fait voyager à travers une danse riche et colorée, de l’Afrique tribale d’Héliogabale, à l’Inde mystérieuse de Bakhti III en passant par les danses traditionnelles juives avec le très beau duo Dibouk. La force de Béjart est de nous faire humer le parfum entêtant des senteurs de l’Orient et de l’Afrique et d’allier à la dimension profondément terrienne des rituels violents et charnels une dimension spirituelle.

Dans un tout autre registre, le solo Und so weiter, French cancan endiablé et décalé, dansé par le virtuose brésilien , est aussi remarquable. Le jeune danseur, aussi vif, léger et malicieux qu’un lutin, bondit, jaillit, tournoie avec une aisance et une agilité déconcertantes. Le duo Rossiniana que le même danseur interprète aux côtés de Lawrence Rigg, est un petit bijou de précision, de légèreté et de drôlerie.

Le duo Im chambre séparée, magnifiquement interprété par et dont la complicité transparaît dans chaque regard, nous fait pénétrer dans l’intimité d’un couple, à la fois drôle et touchante. Le seul bémol de cette seconde partie vient de Bakhti III, qui aurait pu être dansé avec davantage d’ampleur, d’intensité et de brio.

Quant à savoir si le pari de faire vivre une compagnie après le décès de son créateur est réussi, le talent de la jeune génération ne laisse pas planer le doute. Reste à trouver le juste équilibre entre l’indispensable renouvellement du répertoire de la compagnie (et de quelle manière ?) et la mission essentielle consistant à transmettre et à diffuser le patrimoine béjartien.

Crédits photographiques : Photographie n° 1 : © Gregory Batardon ; Photographie n° 2 : © Ilia Chkolnik

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Versailles. Opéra royal. 6-IV-2018. Béjart Ballet Lausanne. T’M et variations… Chorégraphie : Gil Roman. Musique (live sur scène) : Citypercussion – Thierry Hochstätter & JB Meier. Bande son : Nick Cave et Warren Ellis. Béjart fête Maurice. Chorégraphie : Maurice Béjart. Mise en scène : Gil Roman. Musiques : Beethoven, Webern, Heuberger, Rossini, Le Bars, musiques traditionnelles juives, indiennes, africaines et pygmées. Costumes : Henri Davila. Lumière : Dominique Roman. Avec les solistes et danseurs du Béjart Ballet Lausanne

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