Un livre en train de s’écrire avec Maxime McKinley et Pascal Dusapin

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Pascal Dusapin et Maxime McKinley. Imaginer la composition musicale. Correspondance et entretiens 2010-2016. Éditions Les Presses Universitaires du Septentrion, collection Littératures. 181 pages. Septembre 2017

 

Imaginer-la-composition-musicale1er septembre 2010 : c’est au titre de secrétaire de rédaction de la revue Circuit musiques contemporaines que le compositeur canadien envoie pour la première fois un courriel à . Sans savoir encore que cette correspondance électronique, ouvrant le champ à des échanges de plus en plus fréquents, donnera lieu à une publication incluant également deux entretiens de vive voix avec le compositeur.

Rien ne laissait penser en effet que ce premier e-mail amorcerait une correspondance suivie durant quelques sept années entre les deux interlocuteurs, dans la mesure où décline d’emblée l’invitation à répondre au questionnaire que lui soumet McKinley. C’est ce premier obstacle aussitôt détourné qui engage plus avant leur réflexion, selon des « directions mouvantes » pour reprendre une expression de Gilles Deleuze (Mille Plateaux), un maître à penser qui, comme Samuel Beckett, sera souvent au cœur des conversations. Elles sont parfois brèves et espacées dans le temps, selon les disponibilités de Dusapin dont on mesure, à la lecture de certains courriels, « le contexte de surcharge » de l’activité : « J’ai du finir mon opéra (sur les genoux), enchaîner avec une suite pour le Tokyo Phil qui sera créée en août et me voilà à gratter pour le RIAS Kammerchor et l’Orchestre de chambre de Munich, au passage j’ai du écrire quelques Lieds sur Goethe pour un festival allemand […] » (11 janvier 2014). Lançant les questions ou rebondissant sur les propos du compositeur, McKinley, quant à lui, s’exprime volontiers sur la musique de Dusapin, dont il approfondit la connaissance à mesure : « Je vous ai consacré mon avant-midi… C’est à dire que j’ai écouté attentivement tout O Mensch! ainsi que Jetzt genau! A nouveau encore, je suis profondément touché par votre travail […] ». (13 septembre 2013). Cinq mois plus tard, on apprend que O Mensch! (œuvre scénique atypique pour baryton et piano sur des textes de Nietzsche) est donné à Montréal avec le baryton Vincent Ranallo et Matthieu Fortin au piano : une soirée placée sous la responsabilité de McKinley lui-même, qui donnait en amont une conférence sur le compositeur.

Visuels divers, esquisses, extraits de partitions, photographies signées Pascal Dusapin jalonnent ces échanges épistolaires, amicaux toujours et riches d’enseignement, sur et autour de la musique, au gré d’un cheminement quasi rhizomatique : « J’aime à chercher et me perdre » souligne Pascal Dusapin. Y figure également le dessin préparatoire à l’installation Mille Plateaux réalisée avec Thierry Coduys et conçue pour Le Lieu unique de Nantes en 2016, après avoir été présentée à Donaueschingen. L’aspect multimédia du travail de Dusapin, dans cette installation deleuzienne notamment, est repris dans le premier des deux entretiens (décembre 2014 puis août 2016) donnés dans l’atelier du compositeur : des moments qui constituent la part d’échanges la plus dense de l’ouvrage. En une manière de « recommencement » à la Beckett, ils cernent d’un trait plus appuyé ce « bel espace d’affinités » entre nos deux penseurs.

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