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Le bouillonnement de la Water music de Haendel à Radio France

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Paris. Auditorium de Radio France. 5-V-2018. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Il delirio amoroso ; Water Music, suites n° 1 en fa majeur HWV 348, n° 2 en ré majeur HWV 349 et n° 3 en sol majeur HWV 350. Kristina Mkhitaryan, soprano. Orchestre philharmonique de Radio France, direction : Leonardo García Alarcón

Kristina Mkhitaryanc-Emil-MatveevEntre délire amoureux et festivités royales, c’est un Haendel bouillonnant de fougue, d’inventivité et de tempérament que propose à la tête de l’, accompagné ce soir par la soprano .

La première partie de ce concert autour de la cantate Il delirio amoroso flamboie grâce au chant d’une admirable qualité de la soprano découverte récemment à Genève dans Il Giasone. Constitué de cinq récitatifs, trois airs et deux menuets, ce « délire amoureux » rocambolesque s’inspire d’un thème mythologique, celui des malheurs de la nymphe Chloris persuadée que le berger Thyrsis, ayant rejeté son amour, se retrouve en enfer pour cette raison. Regrettant sa présence malgré cet affront, elle part le sauver. Toujours rejetée même dans la mort, elle l’accompagne toutefois dans son dernier voyage entre le domaine d’Hadès et les Champs-Élysées.

À travers ces deux rôles confiés à la soprano seule, Kristina Mkhitaryan affirme, dès son apparition dans le public, une technicité intelligemment menée et une aisance théâtrale confondante. Dans son premier air, l’incarnation est pleine et entière : la tenue des aigus sans fioritures inutiles agrémente un timbre séraphique qui fait merveille (« Un pensiero voli in ciel », « Qu’une pensée vole au ciel »), alors que le chant déploie des vibrations bien plus dramatiques et viscérales lors de l’évocation du sort de Thyrsis (« Se in Averno è condannata »). L’artiste propose tout au long de sa prestation la même détermination dans ce bouillonnement d’affects, montrant également un charisme et une séduction sans pareils au fur et à mesure de ses déplacements, qui exploitent au mieux la monumentale arène de l’Auditorium de Radio France afin de faire naître une belle connivence avec chaque spectateur présent. Au centre du plateau, l’ est un personnage à part entière, de par ses trépidants accents et par le violon solo d’une grande alacrité ; grâce aussi à ses sonorités toutes en dentelles dans l’aria « Lascia ornai le brune vele » (« Laisse donc tes voiles sombres »).

Leonardo García Alarcón © CCR Ambronay/Bertrand PicheneAprès l’entracte, c’est une improvisation pleine de fougue et de hardiesse que propose le chef d’orchestre baroque à l’orgue de l’Auditorium de Radio France. Plaisir personnel décidé apparemment à la dernière minute ; mais ce n’est pas pour autant que le musicien ne partage pas son énergie avec la salle. Un instant vécu par tous comme une parenthèse. À peine levé du banc de l’instrument, c’est de derrière le pupitre des premiers violons que lance les réjouissances aquatiques.

Musique festive offrant un superbe échantillon de l’invention mélodique de Haendel, la Water music composée en 1717 à l’occasion d’une fête royale sur la Tamise est, de nos jours, l’œuvre instrumentale la plus connue du compositeur. La Suite n° 1 en fa majeur HWV 348 avec cors, et la Suite n° 2 en majeur HWV 349 avec trompettes, sont d’excellents exemples de musique en plein d’air largement appréciée à l’époque, alors que la Suite n° 3 en sol majeur HWV 350 correspond plus à de la musique de chambre, avec l’intervention fantasque de la flûte à bec faisant son entrée côté jardin, puis de la flûte traversière qui elle fait son apparition côté cour. Même si les instruments anciens font mieux ressortir les extravagances de cet ouvrage, l’Orchestre philharmonique de Radio France offre des rythmes nerveux et appuyés tout comme de vibrantes sonorités grâce à la précision des bois, la brillance des cuivres et des cordes moelleuses. Avec des couleurs intenses et contrastées, la flamboyance est de mise sous la direction au clavecin d’un exubérant Leonardo García Alarcón, qui sait constamment renouveler le discours avec une agréable transparence des différents plans sonores. Entre Haendel, Kristina Mkhitaryan, Alarcón et l’Orchestre philharmonique de Radio France, cette soirée n’a manqué ni d’éclat ni de panache.

Crédits photographiques : Kristina Mkhitaryan © Emil Matveev ; Leonardo García Alarcón © CCR Ambronay/Bertrand Pichene

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Paris. Auditorium de Radio France. 5-V-2018. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Il delirio amoroso ; Water Music, suites n° 1 en fa majeur HWV 348, n° 2 en ré majeur HWV 349 et n° 3 en sol majeur HWV 350. Kristina Mkhitaryan, soprano. Orchestre philharmonique de Radio France, direction : Leonardo García Alarcón

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