Un Petit Ramoneur plein de vie à Radio France

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Paris. Auditorium de Radio France. 10-VI-2018. Benjamin Britten (1913-1976) : Le Petit Ramoneur op. 45, opéra pour enfants en trois scènes sur un livret d’Eric Crozier. Mise en scène : Marie Piémontèse et Florent Trochel. Lumière : Jean-Gabriel Valot. Avec : Guillemette Beaury, soprano ; Lauriane Gaudois, alto ; Takeshi Tajiri, ténor ; Piere Boudeville, baryton. Thibault Vieux, violon 1 ; Cécile Tête, violon 2 ; Laurent Verney, alto ; Giorgi Kharadze, violoncelle ; Géraldine Dutroncy et Mara Dobresco, piano 4 mains ; Jean-Baptiste Leclère, percussions. Maîtrise de Radio France, direction : Victor Jacob

MAITRISE_AUDITO_RECADREComposé par avec la même exigence que ses plus grandes œuvres, sans y perdre en simplicité, Le Petit Ramoneur permet à la de faire partager au jeune public son plaisir du chant et de la scène.

Dès le début de la représentation, l’arrivée, côté public, des enfants de la Maîtrise costumés en ramoneurs, lampes de poches à la main, nous met dans le bain… comme le petit ramoneur un peu plus tard, pour nous décrasser du quotidien et nous ramener à notre innocence enfantine ? En s’adressant au public avec spontanéité et vivacité, dans un Prologue écrit par les metteurs en scène, et , une dizaine d’enfants sortis du chœur nous font complices de leur projet, avant de demander au public de répéter avec eux les refrains des quatre chansons écrites par Britten dans ce but. Imprimés en gras dans un programme très bien fait, qui comporte une excellente introduction, ces textes permettent au jeune chef de faire travailler le public, des enfants avec leurs parents pour l’essentiel, avec des résultats plus rapides qu’on ne l’imagine ! Succès particulier pour les chants des oiseaux dans la scène de la nuit, aux mélodies très faciles et qu’il est plaisant d’imiter avec l’aide de l’orchestre et des petits chanteurs.

Après ce moment en écho au Let’s make an opera de Britten, l’opéra lui-même commence, en version française pour toucher un jeune public. L’Auditorium ne se prête pas à des décors, mais des projections lumineuses esquissent l’espace de la maison des Brook. Le chœur introductif, sollicitant le public maintenant exercé, permet à la Maîtrise de montrer ses qualités musicales collectives. Puis les personnages sont posés : la méchante Miss Bagott, par l’excellente , à la diction percutante, qui sait typer son rôle sans caricature ; la douce Rowan, à laquelle donnera de beaux accents, même si le début est moins convaincant ; et les deux affreux ramoneurs, Takeshi Tajiri, qui s’amuse en ténor de comédie, et Pierre Boudeville, baryton, un peu en retrait dans leur premier duo. Sam, le pauvre petit ramoneur, que la mise en scène leur fait astucieusement recruter dans le chœur d’enfants, n’est à ce stade qu’un jouet entre leurs mains, et ne dit mot. Très beau solo de violon par , de même qu’on entend plus tard le jeu subtil de l’alto de , où on reconnaît la séduction et le trouble que Britten sait distiller quand il exprime musicalement sa thématique de l’ambivalence entre innocence et culpabilité.

Puis c’est le jeu de cache-cache des enfants avec leurs cousins et la découverte du petit ramoneur. Les très jeunes solistes de la Maîtrise ont une présence scénique, ils sont à l’aise dans les nombreux dialogues parlés, mais encore un peu maladroits dans leurs jeux de scène. La mise en place musicale est quant à elle très au point, les voix sont justes, leurs nuances de timbres se complètent. Les costumes pourraient être ceux du quotidien des jeunes chanteurs, et auraient pu faire l’objet d’un travail plus intéressant sur les formes et les couleurs.

Sam, le petit ramoneur, touche par une passivité un peu étrange, qu’accentue son physique androgyne. Le très bel air de Rowan, qui donnerait sa vie pour le sauver, permet à de nous émouvoir dans un des moments de l’opéra proche des grandes pages de Britten, même si le choix de l’interprétation orchestrale et vocale est ici plus sobre que lyrique.

La célèbre scène du bain est toujours délicate à monter, parce que le petit Sam n’est pas censé être habillé quand on le « lave, étrille, rince et astique », comme dit le livret… Ici le groupe l’entoure et fait voler linges de bain et bulles de savon, mais on a du mal à imaginer la baignoire et le ramoneur au milieu de ces enfants debout les uns contre les autres. Reste la chanson si entraînante et ses passages repris par le public.

« Oh, que j’ai du chagrin. », courte intervention répétée par Sam, avec une simplicité un peu dépressive, évoque ce que Britten développera, quelques années plus tard, pour le rôle de Miles dans The Turn of the Screw. Quelques beaux moments scéniques entre le chœur et les solistes s’enchaînent avec une ambiance évocatrice pour la scène de la nuit – où le public peut faire les chants d’oiseaux avec plaisir. Dans l’aria qui suit, la jeune chanteuse qui incarne Juliet convainc avec une voix déjà riche et expressive. Après quelques péripéties, c’est le départ des cousins emportant Sam caché dans la malle : « Trotte, trotte, ma jument », clin d’œil de Britten aux comptines des plus petits. Un « happy end » réconfortant pour leur dimanche après-midi, qui conduit au joli salut final de la Maîtrise.

Peut-être parce que l’Auditorium de Radio France n’est pas une scène d’opéra, on en ressort avec l’impression d’avoir participé à un jeu, plus que d’avoir rêvé après une histoire racontée le soir avant de s’endormir. C’est bien aussi, mais la profondeur musicale en pâtit sans doute.

Crédits photographiques : © Christophe Abramowitz

 

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