Le Songe de Jean-Christophe Maillot envoûte Chaillot

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Théâtre national de la danse – Chaillot. 8-VI-2018. Le Songe. Chorégraphie et mise en scène : Jean-Christophe Maillot. Musique : Felix Mendelssohn, Daniel Teruggi, Bertrand Maillot. Scénographie : Ernest Pignon-Ernest. Costumes : Philippe Guillotel. Lumières : Dominique Drillot. Conseiller et assistant à la mise en scène des « Artisans » : Nicolas Lormeau. Avec les danseurs des Ballets de Monte-Carlo

et ses s’arrêtent à Chaillot le temps d’une rêverie. Tiré du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, Le Songe de Maillot est drôle, fantasque et fourmillant d’inventivité.

n’a pas son pareil pour faire éclore sous nos yeux des univers enchanteurs. Les contes de fées sont une source d’inspiration toujours renouvelée mais Maillot affectionne aussi particulièrement l’univers dramatique shakespearien. Après Roméo et Juliette en 1996, Le Songe en 2006, Shakespeare a inspiré au chorégraphe La Mégère apprivoisée, superbe création pour le Bolshoï en 2014. Entremêlant danse et théâtre, Le Songe nous fait évoluer au sein de trois univers distincts – les Athéniens, les Artisans et les Fées – d’où surgissent les personnages de Shakespeare, Héléna et Démétrius, Lysandre et Hermia, Obéron et Titania et le joyeux Puck. Maillot parvient à rendre l’atmosphère féérique et étrange de la pièce, avec une scénographie épurée signée Ernest Pignon-Ernest et les costumes magnifiques et inventifs de , qui contribuent pleinement à nous plonger dans le merveilleux.

Après un prologue léger et humoristique, apparaissent les Athéniens, rassemblés autour de l’imposant Égée, à la geste tout olympienne. Les couples formés par Lysandre et Hermia, et Demetrius et Helena, papillonnent et tourbillonnent joyeusement. Les duos et ensembles enthousiasment par leur technique vive et très précise sur le rythme enlevé de la musique de Mendelssohn. Le bondissant Puck surgit avec son costume mauve et noir et son chapeau de fou, apportant vivacité, folie et joie à ce tableau. Juché sur un char, il ranime les dieux blessés avec un étonnant tuyaux à fumée, à la connotation phallique non déguisée.

L’univers des fées nous transporte dans un monde étrange, presque angoissant, où des créatures somptueuses et voraces, semblent défier les hommes, dont elles maîtrisent le désir. Le superbe Obéron, incarné par un dont les qualités d’interprète s’affutent à chaque nouvelle prise de rôle, occupe l’espace, torse bombé, et geste impérieux. Son costume aux allures de faune évoque la célèbre tunique à taches brunes de Nijinski. Il poursuit Titania – jouée par la divine et sulfureuse – de son désir puissant.

Le fil conducteur de la narration est la représentation de la pièce Pyrame et Thisbé, mise en abyme et occasion d’une saynète comique. Comme dans le théâtre élisabéthain, Maillot joue sur le travestissement des personnages, pour accentuer l’effet grotesque. Néanmoins, cette mise en scène ne s’insère que partiellement dans le reste des tableaux et aurait gagné en efficacité à être plus condensée.

Après l’émerveillement du premier acte, le soufflé retombe dans le second, où le rythme ralentit, en lien avec la musique, qui se fait plus abstraite. Les duos deviennent plus statiques, enchainent des postures plutôt que des parties dansées. Les références sexuelles sont appuyées sans guère de subtilité. Le corps abandonné de la sublime Titania, dévoilé à travers une spectaculaire tunique où les effets de transparence dévoilent plus qu’ils ne cachent des lignes de corps somptueuses, est comme jeté en pâture aux mâles enthousiastes. La danse est un peu trop absente de ce deuxième acte pour le rendre complètement captivant.

Ballet à la fois narratif et abstrait, dansé et joué, imaginatif et créatif, Le Songe contient tous les ingrédients du succès. Néanmoins, l’enchantement est rompu par la sensation de flottement dans le deuxième acte, qui empêche de ressortir complètement enthousiasmé.

Crédits photographiques : © Alice Blangero

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