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Nacho Duato dit au revoir au Staatsoper

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Berlin. Staatsoper. 20-VI-2018. Staatsballett Berlin. Romeo und Julia. Chorégraphie : Nacho Duato. Musique : Sergueï Prokofiev. Décors : Jaffar Chalabi d’après Carles Puyol et Pau Renda. Costumes : Angelina Atlagic. Lumière : Brad Fields. Staatskapelle Berlin, direction : Pedro Alcalde. Avec : Ksenia Ovsyanick, Juliette ; Cameron Hunter, Roméo ; Federico Spallitta, Tybalt ; Vladislav Marinov, Mercutio ; Alexander Shpak, Benvolio ; Aurora Dickie, Lady Capulet ; Alexej Orlenco, Lord Capulet ; Julia Golitsina, la nourrice ; le corps de ballet du Staatsballett Berlin.

 

ne comptait pas quitter le Staatsballett de Berlin à la fin de cette saison sans faire entrer au répertoire berlinois son Roméo et Juliette, créé en 1998 au sein de la Compañia Nacional de Danza : une version qui vaut amplement en limpidité les Roméo et Juliette de MacMillan ou Cranko. L’occasion, en cette sixième représentation, d’une prise de rôle de la soliste biélorusse Ksenia Ovsyanick, d’une grande justesse d’expression.

Chorégraphe prolifique mais parfois prolixe, donne ici la part belle aux gestes, aux contacts, aux frôlements qui prennent le pas sur la précision des positions, en parfaite adéquation avec la dissonance des thèmes musicaux de Prokofiev, comme ces bras à la seconde, cassés, en symétrie avec des écarts faciaux pliés. Les corps et les ports de tête s’adaptent au style Renaissance, élevé et sophistiqué, quand les pieds demeurent, eux, terriblement actuels, bien terrestres et ancrés dans le sol (et sans une paire de pointes aux pieds !). Le langage de Duato donne une impulsion aux émotions qui ne cessent d’aller crescendo. Les danseurs marchent leurs pas, expriment leurs sentiments sans une once de superficialité : c’est évident de simplicité. Dirigée par Petro Alcalde et interprétée par la Staatskapelle de Berlin (enfin de retour dans un Staatsoper flambant neuf !), la partition à l’inspiration mélodique et à la variété rythmique des thèmes principaux de fait toujours autant frémir de ravissement.

Ksenia Ovsyanick est un pur produit « English National School & Ballet ». La jeune ballerine a rejoint le Staatsballett en 2017. Il n’était pas facile de se faire une place aux côtés de ou . Pourtant, chacune de ses prestations est saluée par des vagues d’applaudissements enflammées. À juste titre, car elle a la technique, la morphologie, le charme. Ksenia en Juliette a su faire évoluer son rôle d’une jeune fille candide et rêveuse à celui d’une femme profonde, mûre et décidée. La danseuse module savoureusement son large registre d’expressions. Elle s’enivre d’amour dans ses portés et ses grands jetés, dans ses développés et ses glissés exigeants. Son partenaire, Cameron Hunter, est tout aussi impeccable, évanescent et fougueux à la fois. Le pas de deux du balcon, un brin sombre et minimaliste à mon goût (le côté obscur de la mise en scène sera à son comble à la scène finale de l’enterrement de Juliette…), est d’une grande poésie. Le baiser n’est qu’évoqué : timide, le couple se cache derrière une porte pour s’embrasser. Les amoureux se boivent du regard et s’envolent, blottis dans un voile rappelant les draps des tous premiers entrelacs… Un instant clair-obscur, émouvant de connivence.

Le corps de ballet apporte aux solistes un contrepoint de qualité : alignements efficaces, interprétation enjouée comme en témoigne l’ensemble des mouchoirs à l’acte II. Mention spéciale au vaillant Federico Spallitta (Tybalt) et à en Mercutio, qui mène la danse avec brio et humour. Ses grands jetés écart sont enlevés, ses fouettés, propres. La danse des arlequins, affublés d’académiques noir et blanc (Alexander Bird, Ulian Topor et Dominic Whitbrook), offre une savoureuse palette d’émotions, entre tarentelle et Commedia dell’arte. Question de goût : quelques intermèdes au-devant de la scène auraient pu être raccourcis même s’ils demeurent judicieux pour la compréhension du propos.

Roméo et Juliette de Nacho Duato est une de ses réadaptations les plus abouties : concise, elle a toutefois su conserver l’essence de la tragédie shakespearienne au service d’une chorégraphie épurée, à l’expressivité foisonnante. Un vocabulaire qui va comme un gant à une grande troupe. Le Staatsballett devra cependant bientôt faire face à un changement artistique plus ou moins radical, élaboré par sa nouvelle direction (Johannes Öhmann dès septembre et en co-direction avec à partir de la saison 2019/20) : dès la rentrée, plus aucune pièce de Duato ne sera programmée…

Crédits photographiques : © Fernando Marcos ; ©

 

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Berlin. Staatsoper. 20-VI-2018. Staatsballett Berlin. Romeo und Julia. Chorégraphie : Nacho Duato. Musique : Sergueï Prokofiev. Décors : Jaffar Chalabi d’après Carles Puyol et Pau Renda. Costumes : Angelina Atlagic. Lumière : Brad Fields. Staatskapelle Berlin, direction : Pedro Alcalde. Avec : Ksenia Ovsyanick, Juliette ; Cameron Hunter, Roméo ; Federico Spallitta, Tybalt ; Vladislav Marinov, Mercutio ; Alexander Shpak, Benvolio ; Aurora Dickie, Lady Capulet ; Alexej Orlenco, Lord Capulet ; Julia Golitsina, la nourrice ; le corps de ballet du Staatsballett Berlin.

 
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