Banniere-ClefsResmu-ok

Cantates allemandes d’avant Bach par Johannes Pramsohler

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Œuvres de Heinrich Ignaz Franz Biber (1644-1704) ; Johann Christoph Bach (1642-1703) ; Johann Pachelbel (1653-1706) ; Nicolaus Bruhns (1665-1697) ; Daniel Eberlin (1647–vers 1715). Nahuel di Pierro, basse. Andrea Hill, mezzo-soprano. Jorge Navarro Colorado, ténor. Christopher Purves, basse. Johannes Pramsohler, violon solo et direction. Ensemble Diderot. 1 CD Audax Records. Enregistré en mars 2017 à l’abbaye Notre-Dame de Fontevraud. Textes de la notice en anglais, allemand, français et japonais. Durée : 77:40

 

audax, à la tête d’un quatuor de solistes et de l’, rend hommage aux cantates allemandes sacrées pour une ou deux voix, violon et basse continue, écrites par des compositeurs nés avant Johann Sebastian Bach, celui qui perpétua le modèle du genre.

En parlant des enregistrements consacrés aux cantates allemandes élaborées avant que les premières écritures de Bach aient vu le jour, on pense tout de suite à des projets semblables entrepris jadis par les dignes prédécesseurs de Pramsohler : (et à son disque intitulé De profundis, édité chez Archiv Produktion) et (Deutsche Kantaten, Harmonia Mundi). Si le fondateur et directeur du Musica Antiqua Köln nous fait percevoir une certaine austérité, voire une sècheresse sonore (pas émotive) des pages abordées, mais également l’une des voix de basse les plus envoûtantes de ce répertoire, le chef gantois offre une vision poétique et humaniste des œuvres interprétées en y apportant – par l’intermédiaire de son chœur – de la luminosité et de l’ardeur.

combine ces deux approches en les enrichissant d’éléments de brio (les nombreux passages pour violon seul) et de couleurs. C’est de cette façon que dans les cantates proposées, il cherche (et trouve !) autant de lyrisme que de virtuosité, de limpidité narrative que de l’intensité expressive. Pour équilibrer ces paramètres, et afin de rendre ces prestations parfaitement cohérentes, il met en lumière la finesse des contours, la douceur des accents et des harmonies, la majesté vocale, de même qu’une bonne dose de ferveur et de tension dramatique, celles-ci résultant particulièrement de la lecture rhétorique du texte et de l’apport émotionnel assuré par les musiciens placés sous sa direction, également ceux du continuo.

En ce qui concerne les solistes, la voix de basse de , satinée et chaleureuse, résonne comme une cloche, par la pureté du timbre et le raffinement des phrasés, et en révélant une profondeur d’ordre spirituel. Celle d’ se fait remarquer par sa légèreté et la délicatesse des teintes, celle de Jorge Navarro Colorado se caractérise par la netteté et la fermeté de sa ligne de chant, tandis que celle de – qui n’apparaît que dans la cantate Laetatus sum pour deux basses, violon, trois altos et basse continue de Biber, pour laquelle il se joint à – déçoit par son manque de relief et d’engagement. Quand au violon solo (construit en 1713 par Pietro Giacomo Rogeri), Pramsohler fait vibrer ses cordes avec aisance, assurance et beaucoup de sentiment, émerveillant par un jeu brillant et énergique, au timbre clair et juteux, et orné de nombreuses colorations et humeurs.

Voici un excitant voyage au cœur du baroque allemand, pour lequel Johannes Pramsohler et ses camarades nous font découvrir quelques raretés méconnues du répertoire. Le résultat est aussi fascinant qu’aiguisant notre appétit pour plus d’enregistrements, surtout que l’une des pièces présentées ici se voit immortalisée pour la première fois au disque : la cantate Ich will in aller Not de Daniel Eberlin, auteur oublié – officiellement nommé maître de chapelle de la cour ducale d’Eisenach en 1685, l’année de naissance de Bach –, dont on ne connaît même pas la date exacte du décès.

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.