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Les Variations Goldberg par Diego Ares

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Adagio en sol majeur BWV 968 d’après le BWV 1005 ; Variations Goldberg BWV 988. Diego Ares, clavecin. 1 CD Harmonia Mundi. Enregistré en mars 2017 au Lisztzentrum Raiding en Autriche. Notice bilingue (français et anglais). Durée : 60:29

 

goldberg ares hmDeux albums Soler, un voyage chez Scarlatti pensé pour surprendre (et qui fit mouche), voici échappé de son Espagne pour tenter l’expérience des Variations Goldberg.

Virtuose, il l’est assurément et l’a prouvé dans ses trois premiers disques. Devant la grande architecture de ce jardin nocturne que sont les Goldberg il a la sagesse de laisser sa fougue à la porte du studio d’enregistrement. Les micros élégants de Sébastien Chorion, placés à l’exacte distance qui capture le modeste rayonnement dynamique du clavecin si subtil et si clair, lui sont des aides précieuses.

Car ses Goldberg portées par une spiritualité rayonnante et pourtant secrète ne sont pas de celles qui veulent vous stupéfier : les tempos sont larges (une heure vingt-neuf d’une musique qui semble à l’écoute tutoyer l’infini), les harmonies chantent, l’ornementation discrète se fond dans un « espressivo » français de pudeur et d’élégance, et surtout, les polyphonies se parent de cantabile qui seraient ceux d’un violon, d’une viole, mais d’un clavecin ?

Qui faisait ainsi dans les Goldberg, lumineux, sévère et tendre à la fois ? aurait-il entendu la leçon de Gustav Leonhardt ? Remettant encore et encore ces deux disques dans notre platine, ils n’évoquent que celles du Maître, jusque dans cette douceur qui suggère, dans le ton de grande mélancolie qui en sort, dans la variété des caractères au sein d’une variation et jusque dans les doubles discours main à main de certaines.

Le modèle aurait pu être embarrassant, spectre implacable qui tétanise, mais Ares ajoute à ces perfections une imagination rêveuse, des arrière-plans où un orchestre imaginaire vient colorer l’instrument, les phrasés, les accents, les ponctuations faisant apparaître ici un hautbois, là un luth, sans que jamais ce soit un effet : la fluidité du geste lie tout dans un seul vaste mouvement où chaque variation apporte une nouvelle émotion. Le très beau Joel Katzmann d’après Taskin est en lui-même une ode à la prégnante « Sehnsucht » qui rayonne tout au long de cet enregistrement magique : il ouvre grandes les portes de ce cahier où tant ont cherché et se sont perdus avec plus ou moins de talents.

Diego Ares tient le fil d’Ariane de ce labyrinthe, suivez-le les yeux fermés pour mieux entendre son chant : dès le sombre Adagio en sol majeur qui prélude ici au grand œuvre, doux carillon des morts, la fascination opère immanquablement.

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Adagio en sol majeur BWV 968 d’après le BWV 1005 ; Variations Goldberg BWV 988. Diego Ares, clavecin. 1 CD Harmonia Mundi. Enregistré en mars 2017 au Lisztzentrum Raiding en Autriche. Notice bilingue (français et anglais). Durée : 60:29

 
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  • Martin Antoine

    Que Jean Charles Hoffelé écrit bien et parfois ( petite pique ) on achète le disque après avoir lu ( depuis des années ) ses très beaux textes sans ( toujours / souvent ) retrouver l’ambiance décrite .
    Une des plus remarquables plumes françaises dans ce domaine .

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