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Thierry Escaich baroque, en compagnie de Hasse et Haendel

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Thierry Escaich (né en 1965) : Terra desolata, pour chœur mixte, orchestre à cordes baroque, orgue et théorbe. Johann Adolf Hasse (1699-1783) : Miserere en ré mineur. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Dixit Dominus en sol mineur. Thierry Escaich, orgue. Ensemble Zoroastre, direction : Savitri de Rochefort. 1 CD Klarthe. Enregistré en public le 26 mai 2017 à l’Abbaye du Bec-Hellouin. Durée : 66:56

 

terra_desolata_zoroastre_escaichTerra desolata… Le titre de cet enregistrement dirigé par évoque la piété douloureuse, voire doloriste, qu’a connue la première moitié du XVIIIe siècle, mais les trois pièces religieuses qu’il propose frappent par leur lyrisme plutôt que par un sentiment de désolation. 

y apparaît particulièrement convaincant par l’atmosphère que crée l’instrumentarium baroque qu’il anime au service d’une dynamique très efficace, que l’on retrouve dans le Dixit Dominus du très jeune Haendel.

Escaich a composé Terra desolata en 2002, sur la plainte extraite du livre de Jérémie. L’, créé fin 2012 par , pour un répertoire allant du XVIIIe siècle au début du XIXe, mais aussi contemporain, s’y donne avec beaucoup de conviction, notamment dans les relations entre les voix masculines et féminines évoluant sur des plans différents et les attaques rythmiques des cordes. Le théorbe crée des effets troublants, la tension entre l’orgue et les cordes, une agitation vivement rythmée ; tout concourt à capter l’attention. On a le sentiment que l’univers du cinéma n’est pas loin, mais pour le meilleur : suggérer des émotions, toucher avec efficacité dans un temps relativement court, tirer parti de rythmes lancinants et d’effets de crescendo et de retombées, d’accélérés et de ralentis. Avec à l’orgue, Savitri de Rochefort, qui a été son élève au CNSMDP, en donne une interprétation très convaincante.

Le Miserere en mineur écrit par Hasse en 1730, pour l’Ospedale degli Incurabili de Venise, pour quatre solistes femmes et chœur de femmes, frappe dès son introduction par une ambiance préclassique, notamment par le thème des cordes, même s’il est ensuite plus proche des grandes œuvres religieuses de son époque. Comme ce devait être le cas pour les orphelines pour lesquelles l’œuvre a été écrite, les solistes et le chœur peuvent dialoguer brillamment, comme dans le Ecce Enim, même si la prise de son en concert rend parfois le chœur un peu confus.

Composé à Rome à l’âge de 22 ans par un très brillant Haendel, lors de ce voyage en Italie qui devait le marquer durablement, le Dixit Dominus lui donne l’occasion de montrer toutes les facettes de son talent, comme s’il voulait tout mettre dans une œuvre unique. Dans certains passages pour chœur, d’un tempo souvent rapide qui fait ressortir la superposition des différentes voix, l’acoustique ne semble pas toujours favorable, y compris pour la justesse. Mais les solistes de l’ peuvent s’épanouir dans plusieurs moments où Haendel, sans encore atteindre la grâce si particulière de ses plus célèbres Arias da capo, réussit à allier sensualité vocale, parfois empreinte d’une virtuosité riche d’ornementations, et rigueur rythmique. Dans le De torrente, le duo de sopranos dialogue avec les voix masculines du chœur avec émotion, quelques frottements baroques venant aiguiser les très beaux phrasés, que souligne par contraste la scansion des cordes.

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