Le Palais Garnier de René Beaupain : c’est tout ?

À emporter, Essais et documents, Livre, Musicologie

Le Palais Garnier, florilège des spectacles de la troupe de la réunion des théâtres lyriques nationaux à Paris de 1945 à 1971. René Beaupain. Books on Demand éditions, Paris. 245 pages. 36 € (28€ en téléchargement sur le site de l’éditeur). Janvier 2018

 

Florilège_des_spectacles_de_la_troupe_de_la_Réunion_des_théâtres_lyriques_nationaux_à_Paris,_de_1945_à_1971Ce Florilège des spectacles de la troupe de la réunion des théâtres lyriques nationaux à Paris de 1945 à 1971 peine à convaincre en dépit d’un sujet propre à intéresser un large cercle d’amateurs d’opéra.

Dès le texte introductif consacré à la troupe de l’Opéra de Paris et qui est une énumération brute des enregistrements considérés par l’auteur « comme représentatifs du chant français », on se demande pourquoi ce livre n’intègre pas un disque. La présentation de l’« École française du chant » paraît au mieux caricaturale, au pire tout simplement fausse en raison de liens malheureux entre le chant et la langue française par le seul prisme qu’est la technique vocale. Comme si le lien entre les mots et le chant était exclusif au patrimoine de la France ! À l’absence de contextualisation, fondamentale à tout travail musicologique, s’ajoute des généralisations curieuses (« c’est ainsi qu’actuellement, en ce qui concerne les chanteurs de l’Hexagone, l’articulation de la langue française est réduite à son strict minimum voire, chez certains, totalement absente »), et une conclusion conservatrice sur les décors et mises en scène de cette époque, qui ne permettent pas au lecteur un brin connaisseur d’adhérer à ce travail bien démuni d’éléments fiables ou d’exemples précis.

Le « survol de l’histoire de la troupe de l’Opéra de Paris, son répertoire et ses principaux artistes » continue sur cette lancée, avec l’absence de références de la totalité des citations. La faiblesse de précision analytique se retrouve dans la tentative d’une correspondance des anciennes et actuelles dénominations des catégories vocales alors que la structure même du texte laisse sceptique : pourquoi une « histoire » par genres musicaux ? Ce choix a pour conséquence un chapitre qui passe à côté du sujet annoncé, soit la troupe de l’Opéra de Paris, puisque ni ses conditions artistiques, son quotidien où son organisation ne sont abordés ; seule une phrase ponctue de temps en temps le propos, formulée quasiment toujours de la même manière : « La troupe comptait alors X chanteurs ».

Des noms de chanteurs de la troupe apparaissent enfin à la vingtième page, cela dans un fastidieux recensement qui n’apporte aucun détail sur qui ils sont, leur carrière, leurs rôles, leurs succès, leurs échecs… Nous voilà à la Troisième République où l’auteur fait une description peu originale des théâtres parisiens, toujours en ponctuant à de rares moments par : « La troupe comptait X artistes ». Puis il s’aventure dans une simple chronologie rédigée (un tableau aurait eu le même résultat !) des représentations données, non exhaustives de surcroît, sans rentrer dans plus de détails – de l’œuvre comme de sa représentation sur scène. Après la Seconde Guerre mondiale, une liste de noms d’artistes suffit apparemment pour aborder les dernières années de la troupe de l’Opéra de Paris, René Beaupain se limitant à un nota bene : « Tous ces chanteurs ont laissé des enregistrements qui prouvent leurs immenses qualités ». D’accord, mais lesquelles ? Le chapitre se conclue par un semblant d’enquête et de points de vue – en fait deux citations dont la longueur décide (enfin !) René Beaupain à nommer les auteurs.

L’essentiel de l’ouvrage ne se limite en vérité qu’à la présentation « brute » du répertoire de la troupe, et cela toujours sous la forme d’une sorte de formulaire d’identification : le titre de l’œuvre (en commençant par La Walkyrie pour terminer par Rigoletto en passant par Otello ou Carmen, soit les grands classiques de l’opéra), une brève présentation de l’ouvrage en une dizaine de lignes tout au plus, la simple énumération de la distribution vocale de la première représentation, la description des décors selon le livret, le résumé de l’action selon le programme du spectacle de l’époque, les enregistrements par les artistes de la troupe, une succincte coupure de presse et une ou deux photos généralement en noir et blanc ne justifiant aucunement le format du livre. Et tout cela, sans jamais rentrer dans le fond du sujet en tant que tel : la troupe ! Pour connaître l’objectif de ce livre, c’est la quatrième de couverture qui nous aidera : « garder le souvenir de la troupe de l’Opéra de Paris, de la grande École française de chant et de ses chanteurs qui l’ont si magnifiquement servie de 1669 à 1971 ». Un comble si elle est rédigée, comme cela est fréquent, par l’éditeur !

Le bilan de ce livre est bien maigre pour convaincre : trop cher, trop superficiel, sans originalité, ni analyse, ni point de vue ou véritable travail musicologique, il ne répond pas même au sujet annoncé.

Banniere-ClefsResmu-ok

  • René Beaupain

    Le 3 septembre 2018

    Bonjour. Suite au lapidaire « C’est Tout » concernant mon livre, je voudrais apporter quelques précisions. L’ouvrage présente 27 spectacles donnés au Palais Garnier après 1945 avec 53 photographies de décors (dont ceux du célèbre peintre Fernand Léger pour l’opéra Bolivar) accompagnées de 60 coupures de presse qui comportent un texte de Francis Poulenc intitulé « Comment j’ai composé Les Dialogues des Carmélites »; un texte d’Alain Jouffray de 1976 intitulé « Avons-nous encore une Académie nationale de Musique ? » ; un texte de Jean Giraudeau, célèbre ténor de la Troupe (et dernier directeur de l’Opéra-Comique) qui termine par  » Il n’y a pas d’avenir qui soit le fruit du passé »; des traductions d’articles en anglais etc etc. Sont également présentées des dizaines de références discographiques qui concerne les artistes de la Troupe. Le livre a été édité en auto-édition chez Books on Demand (BoD) à Hambourg avec une assistance éditoriale, le texte étant entièrement sortie de ma plume et le tout à été à mes frais : c’est fait pour se souvenir de la défunte École française de chant si typique et caractéristique et de mettre authenticité face à l’internationalisation. Les recherches et la rédaction de ce livre ont duré trois ans.

    LA CRITIQUE EST AISÉE MAIS L’ART EST DIFFICILE.

    René Beaupain.

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.