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Nabucco aux arènes de Vérone : une captation de plus

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Giuseppe Verdi (1813 – 1901) : Nabucco. Mise en scène et costumes : Arnaud Bernard. Décors : Alessandro Camera. Lumières : Paolo Mazzon. Avec : George Gagnidze, Nabucco ; Rubens Pelizzari, Ismaele ; Rafal Siwek, Zaccarie ; Susanna Barnchini, Abigaille ; Nino Surguladze, Fenena ; Nicolo Ceriani, Grand-prête de Baal ; Paolo Antognetti, Abdallo ; Elena Borin, Anna ; Chœur et Orchestre des Arènes de Vérone, (chef de chœur : Vito Lombardi), direction : Daniel Oren. Réalisation : Andy Sommer. 1 DVD BelAir Classiques. Enregistré en août 2017 aux Arènes de Vérone. Son en stéréo PCM 2.0 et Dolby digital 5. 1. Sous-titrage en allemand, anglais, français, italien, espagnol, coréen et japonais. Zone 0. Durée : 2h 17’. Petit livret en anglais, français, allemand.

 

nabucco verone bel airNabucco dispose d’une belle discographie et de nombreux DVD ont déjà été édités, y compris pour les arènes de Vérone. Alors, qu’apporte cette nouvelle captation à la discographie de l’œuvre ?

Il faut être honnête, pas grand-chose : le grand spectacle proposé par une mise en scène qualitative d’ permet de passer une bonne soirée, mais cette représentation ne restera pas gravée dans les annales faute de voix adaptées et/ou toujours bien captées.

Les arènes de Vérone attirent de nombreux touristes et constituent depuis des décennies un festival populaire car l’espace mis à la disposition des metteurs en scènes permet d’offrir un grand spectacle dont le public semble friand. Des armées à cheval, des détonations dans les gradins, la Scala de Milan qui pivote pour faire apparaître plusieurs décors… C’est Hollywood et le spectateur est servi ! Au surplus, le dispositif scénique et le parti pris qui le sous-tend sont loin d’être idiots. choisit de transposer l’action au moment de la création de l’œuvre, partant du principe que Verdi se servait de l’histoire biblique de Nabuchodonosor faisant prisonniers les Hébreux pour dénoncer l’occupation du nord de la péninsule par les Autrichiens au milieu du XIXe siècle, tout en évitant la censure. Dans ce dispositif, les soldats italiens résistent à l’envahisseur autrichien et à son tyrannique empereur autour d’une Scala de Milan remplaçant le temple hébreu, devenant ainsi le symbole identitaire du peuple italien. C’est habile et ça marche plutôt bien même dans l’utilisation du théâtre dans le théâtre qui permet de voir l’histoire des Hébreux portée sur la scène de la Scala avec des jets de tracts du paradis sur le parterre autrichien et qui évoque immanquablement la scène d’ouverture du Senso de Luchino Visconti.

Malheureusement, les captations vidéos dans de grands espaces comme les arènes de Vérone ne sont pas toujours aisées et mettent davantage en avant les difficultés des voix à passer la rampe que leurs qualités intrinsèques, surtout quand la distribution n’est pas nécessairement de premier plan.

De fait, tout commence très mal et nombreux sont les solistes qui semblent dépassés par l’évènement. A commencer par le Nabucco de tout en forçage, hachant la ligne de chant pour mieux la dominer. C’est assez laid et on s’inquiète franchement pour la suite de la représentation. Pourtant, le baryton s’améliore à mesure que le personnage s’adoucit. La ligne moins malmenée, le bronze mieux valorisé et le phrasé plus travaillé lui permettent de délivrer une belle émotion. Peut-être serait-il un meilleur Nabucco en salle ?

Dans la même lignée, on s’interroge sur la précocité avec laquelle aborde le personnage d’Abigaille, à fortiori dans un tel espace. Comme son partenaire, elle expose un chant raide et outré surtout dans un Salogo gia del trono aurato qui la pousse dans ses limites après un Anch’io dischiuso un giorno plutôt bien négocié. Les aigus sont puissants mais le medium est bien faible et l’oblige à poitriner jusqu’à un expressionnisme de mauvais ton. Toutefois, et c’est une prouesse qu’il faut souligner dans un tel espace, la soprano s’offre parfois de belles nuances dans les airs plus doux dont on se demande si le public a pu les apprécier in loco.

est dépassé par Ismaele. Après un accident dès les premières phrases, il expose un chant bien frustre et ne réussit plus à s’imposer face à ses partenaires féminines surtout quand, face à lui, la Fenena de offre un chant plus suave et onctueux, toujours bien maîtrisé.

Enfin, Rafal Siwek confére à Zaccaria la noblesse verdienne nécessaire au moyen d’une ligne de chant toujours respectée et d’un souffle bien tenu.

L’orchestre et le chœur des Arènes de Vérone sont à leur aise dans ce répertoire qu’ils connaissent par cœur et même si la baguette de peut parfois paraître métronomique et un peu raide, elle est à l’avenant de la mise en scène, spectaculaire et claire.

En résumé, cette captation interroge sur les choix opérés par les labels qui misent trop peu sur les représentations à fort potentiel. La conservation du souvenir de la mise en scène spectaculaire et intelligente d’Arnaud Bernard peut justifier l’achat du DVD mais il faudra toutefois faire le deuil d’un Nabucco de grand style !

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