tous les dossiers(1)

Valery Gergiev et le Philharmonique de Vienne exaltent Prokofiev

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 9-X-2018. Serge Prokofiev (1891-1953) : Extraits de Roméo et Juliette ; Concerto pour piano et orchestre n° 2 en sol mineur op.16 ; Symphonie n° 6 en mi bémol mineur op. 111. Denis Matsuev, piano. Orchestre Philharmonique de Vienne, direction : Valery Gergiev

57711-munich-phil-gergiev-c-steve-j--sherman-resizedDans un programme particulièrement cohérent, totalement dédié à Serge Prokofiev, et le Philharmonique de Vienne mettent en lumière différents visages du compositeur russe au travers d’œuvres rarement données, comme le Concerto pour piano n° 2 ou la Symphonie n° 6.

Déjà donné au Musikverein de Vienne, le programme  permet d’appréhender trois périodes créatrices déterminantes dans l’œuvre de Prokofiev. Si le Concerto n° 2 pour piano, composé en 1913, révisé en 1923, est tout imprégné de l’effervescence avant-gardiste qui entoura la Révolution russe, les Suites d’orchestre de Roméo et Juliette, composées en 1935, témoignent encore de l’optimiste du compositeur à son retour d’exil, tandis que la noirceur de la Symphonie n° 6 affiche clairement, en 1947, le difficile constat d’échec d’un musicien aux prises avec la censure stalinienne.

Les extraits des Suites d’orchestre de Roméo et Juliette ouvrent la soirée sous la baguette d’un Gergiev conquérant qui fait rugir tous les pupitres de l’orchestre dans Les Montaigus et les Capulets, menés avec une ardeur toutefois trop appuyée et une certaine grandiloquence entretenue par des appels de cuivre excessifs dans cette salle de l’avenue Montaigne. Juliette jeune fille apporte un heureux moment de sérénité sous tendue par une petite harmonie de haute facture (le clarinettiste Daniel Ottensamer et le flûtiste Walter Auer) tandis que Masques et Roméo au tombeau de Juliette achèvent de nous convaincre de la qualité superlative des performances orchestrales, malgré une lecture un peu trop crue où l’émotion semble absente.

Le Concerto pour piano et orchestre n° 2 restera indiscutablement le grand moment de cette première partie, magistralement interprété par . Dès les premières notes introductives de l’Andantino initial, la légèreté du toucher du pianiste russe laisse sourdre une intense poésie bientôt suivie de la puissante et gigantesque cadence que Matsuev mène avec une virtuosité confondante, une clarté lumineuse, en totale symbiose avec l’orchestre. Le Scherzo met en avant la phénoménale dextérité digitale du pianiste russe, ainsi que sa précision rythmique, tandis que l’Intermezzo développe un dialogue équilibré et complice avec l’orchestre, et tout particulièrement, avec les bassons où l’on remarque la bonne tenue de la française . Le Final rappelle par son engagement le premier mouvement dans une course à l’abîme vertigineuse alternant virtuosité et lyrisme inquiet.

Après ce déferlement pianistique, pour faire mentir ses détracteurs qui lui reprochent, parfois, la dureté de son toucher et son caractère percussif excessif, , contre toute attente, livre au public, en guise de bis, une Etude-Tableau (n°2 op.39) de Rachmaninov toute imprégnée de douceur, de mélancolie et de poésie.

Après la pause, la Symphonie n° 6 occupe à elle seule la deuxième partie. Probablement la moins aimée de tout le corpus symphonique de Prokofiev, et assurément la plus rarement donnée en concert, cette symphonie ne se laisse pas facilement apprivoiser du fait de sa complexité mélodique et rythmique. Déjà enregistrée au disque plusieurs fois, avec le Mariinsky et le LSO, , sur un tempo assez lent, en développe dans l’Allegro, tout le pessimisme qui trouve à s’exprimer dans un lyrisme balbutiant, interrompu par les fulgurances de cuivres. Le Largo fait preuve d’une belle ampleur dans la déploration où se distingue la nostalgique cantilène du violoncelle, avant que le Final Vivace ne conclut sur une cavalcade orchestrale douce-amère, suivant une dynamique implacable scandée par les percussions et les cuivres.

Afin de conclure ce remarquable concert sur une note de gaieté moins dissonante, les Wiener Philharmoniker font valoir, une fois encore, devant un public conquis, le legato éblouissant de leurs sublimes cordes dans un extrait (Panorama) de la Belle au bois dormant de Tchaïkovski…

Crédit photographique : Valery Gergiev © Steve J Sherman

Mots-clefs de cet article
  • Lula

    Merci pour ce CR fidèle de ce beau concert ainsi que pour l’indication des bis

  • Marie Christine

    Remarquable concert en effet !
    Tout était parfait.

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.