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Ian Bostridge habité par Les Illuminations de Britten

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie, Grande salle. 11-X-2018. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Hippolyte et Aricie, suite. Benjamin Britten (1913-1976) : Les Illuminations. Felix Mendelssohn (1809-1847) : Symphonie n°5 en ré majeur « Réformation » op. 107. Ian Bostridge, ténor. Orchestre de Paris, direction : Daniel Harding

À la Philharmonie de Paris, intéresse par sa faculté à amener l’ vers des sonorités baroques pour Rameau et classiques pour Mendelssohn, bien que la meilleure partie du concert reste celle où il accompagne , idéal depuis plus d’une décennie dans Les Illuminations de Britten.

L’ entre sur la scène en petite formation, le clavecin face au chef, pour une suite tirée d’Hippolyte et Aricie de Rameau jouée avec un diapason classique, mais dans une recherche de sonorités clairement tirées vers les enseignements « baroqueux » de la dernière moitié de siècle. L’Ouverture démontre qu’un ensemble traditionnel peut se plier à jouer des pièces antérieures à Mozart, même si la rectitude des bois détonne face au son attendu aujourd’hui dans ce répertoire. emmène avec lui d’une battue précise la trentaine de musiciens pour un parcours de danses, airs en rondeau, marches et rigaudons bienvenus en guise d’introduction à un concert éclectique, à l’image de ceux programmés depuis toujours par son mentor Sir Simon Rattle.

Renforcé pour la partition de Britten, l’orchestre retrouve de l’ampleur dans Les Illuminations, sur un texte de Rimbaud, tout en maintenant des teintes peu éblouissantes, pour un rendu concentré sous la baguette d’un Daniel Harding étonnamment nerveux par sa gestuelle. est entré de son pas nonchalant en même temps que le chef ; il se balance toujours lorsqu’il chante et n’a pas perdu la mauvaise habitude de parfois baisser la tête vers le plancher, ni de rentrer le cou dans les épaules, au risque d’impacter la projection. Pourtant, il est difficile de trouver pour ce cycle, créé à l’origine avec une soprano, un meilleur ténor depuis quinze ans. Fait confirmé par tout passionné de Britten, dont l’enregistrement du ténor avec Simon Rattle s’expose dans la discothèque à côté de celui de Peter Pears avec le compositeur.

La Fanfare sur « J’ai seul la clef de cette parade sauvage » montre le timbre quelque peu altéré de Bostridge dans le haut du spectre, intelligemment dynamisé dans l’aigreur par l’accompagnement tendu des cordes. Ce sont des villes poursuit avec la même célérité pour trouver une accalmie en fin de poème, développée dans les partie 3a, Phrase, puis 3b, Antique, sans pourtant réussir à émouvoir comme lors des précédentes prestations du ténor dans ce cycle. L’Interlude avec sa noirceur toute chostakovienne se montre particulièrement bien traité ici par Harding, plus attentif encore dans la partie suivante à un Bostridge très appliqué à détacher chaque syllabe de Being Beautous puis Parade, jusqu’à ce que tous regagnent en dynamisme et ne rappellent, une dernière fois, qu’ils ont seuls la clé de cette parade sauvage.

Le retour d’entracte présente une Réformation de Mendelssohn en formation classique, avec un ensemble relativement similaire à celui choisi une semaine plus tôt par Thomas Hengelbrock pour la Symphonie n° 7 de Beethoven. Prévu pour fêter le tricentenaire de la Confession d’Augsbourg en 1830, l’ouvrage d’un jeune homme d’à peine vingt ans ne voit le jour à Berlin que deux années plus tard ; il reste aujourd’hui moins programmé que les plus célèbres Écossaise et Italienne du compositeur.

Daniel Harding étonne dans sa proposition par le maintien d’un son relativement concentré, plus mat et moins transparent que celui attendu et surtout moins fluide, surprenant après la souplesse de sa prestation scaligère du Fierrabras de Schubert en juillet dernier. Cela n’empêche pas de beaux instants, à commencer par celui de l’Amen de Dresde, surtout identifié au Parsifal de Wagner aujourd’hui – bien que le coup de génie initial quant à l’orchestration de ce thème soit bien à attribuer à Mendelssohn. Les cuivres de l’Orchestre de Paris, à commencer par les trombones, participent largement à la qualité globale d’une prestation dans laquelle plus de légèreté aurait été appréciable, même si cette façon de jouer, notamment dans la demande de rendre également mates les timbales, se défend lors d’un programme débuté par une pièce baroque.

Crédit photographique © : Sim Canetty-Clarke

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