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Tout Munch de Paris et de Londres dans un coffret

À emporter, CD, Musique symphonique

Œuvres de Hector Berlioz (1803-1869), Maurice Ravel (1875-1937), Johannes Brahms (1833-1897), Arthur Honegger (1892-1955), Camille Saint-Saëns (1835-1921), Édouard Lalo (1823-1892), Albert Roussel (1869-1937), Henri Dutilleux (1916-2013), Antonio Vivaldi (1678-1741), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Gabriel Fauré (1845-1924), Ernst Bloch (1885-1977), Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893), Marcel Delannoy (1898-1962), Ernesto Halffter (1905-1989), Franz Liszt (1811-1886), Johann Sebastian Bach (1685-1750), Claude Debussy (1862-1918), Gustave Samazeuilh (1877-1967), André Jolivet (1905-1974), Louis Aubert (1877-1968), Ludwig van Beethoven (1770-1827), Frédéric Chopin (1810-1849). Solistes : Nicole Henriot-Schweitzer (piano), Luben Yordanoff (violon), André Navarra (violoncelle), Alfred Cortot (piano), Denise Soriano (violon), Joseph Szigeti (violon), Jacques Thibaud (violon), Jean-Louis Barrault (narrateur), Odette Turba-Rabier (soprano), Éliette Schenneberg (mezzo-soprano), Charles Panzéra (baryton), Kostia Konstantinov (piano), Henry Merckel (violon), Marguerite Long (piano), Joseph Benvenuti (piano), Pierre Bernac (baryton), Jean Doyen (piano), Jacques Février (piano) ; chœurs : Chorale Yvonne Gouverné ; orchestres : Orchestre de Paris, Orchestre des Concerts Lamoureux, Orchestre National de l’O.R.T.F., Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire, Orchestre National de la Radiodiffusion Française, Chamber Orchestra ; direction : Charles Munch. 13 CD Warner Classics. Enregistré à Paris et à Londres entre 1935 et 1968. Textes de présentation en français, anglais et allemand. Durée : 15:18:43

 

Les Clefs ResMusica

MunchVoici enfin le coffret présentant l’ensemble des enregistrements signés par en Europe. Une somme impressionnante et grandiose, offrant aussi bien des œuvres pour orchestre que des concertos et des cantates.

L’ordonnancement du programme de cette intégrale peut être divisé en deux parties. Pour la première, soit pour les disques 1-6, on nous propose des gravures La Voix de son maître et Erato, faites à Paris dans les années 1965-1968, et remasterisées à partir de bandes originales (y compris la Suite en fa op. 33 d’, qui ne voit le jour que pour la première fois en CD), dans des transferts réalisés par studio Art & Son. Pour le deuxième « sous-ensemble », englobant les CD 7-13, nous avons affaire à des enregistrements repiqués depuis des disques 78 tours Gramophone, Pathé et Columbia, captés en grande majorité à Paris, entre 1939 et 1949, mais également à Londres en 1935 (Concerto pour piano n° 4 de , avec en soliste). On notera encore que le sous-titre de cette édition, « enregistrements complets pour Warner », n’est que commercial car n’a jamais coopéré directement avec le label qui a absorbé le legs discographique des étiquettes pour lesquelles il avait travaillé en Europe.

Le coffret s’ouvre et se clôt sur la même composition : la Symphonie fantastique de Berlioz, dans des interprétations de 1967 et 1949. Si la version postérieure, réalisée en compagnie de l’ pour La Voix de son maître, est en stéréo, on a une préférence pour la gravure mono commise pour Columbia, captée au Théâtre des Champs-Élysées avec l’. Celle-ci attire attention non seulement par sa théâtralité, lucidité, cohérence et fougue, mais aussi par un impact dramatique et émotionnel très fort, dû, entre autres, à des superpositions de tempi différents et à des changements de nuances dans la conduite de l’expression. On relèvera que, pour la Scène aux champs de la gravure stéréophonique, les techniciens du studio Art & Son ont gardé une pause de 3 secondes que Munch lui-même avait laissée afin de faciliter le changement de face de la mise en microsillon originale, après les deux notes de la clarinette, dans la mesure n° 68 (en CD de, approximativement, 5:06 à 5:09).

Parmi d’autres œuvres symphoniques, y compris des partitions pour orchestre et voix, présentées dans ce coffret, on retient principalement la musique « française ». En premier lieu, Debussy et La Mer (enregistrement de 1942), envahie par l’inquiétude et dessinée, en quelque sorte, avec d’étroits coups de pinceau, à la manière d’une rhapsodie. En second lieu, Ravel, magistral, de 1942 et 1968 : majestueux et nostalgique, avec la fulgurante Valse (1942), ainsi que, surtout, l’une des plus pittoresques interprétations de la Suite n° 2 de Daphnis et Chloé (1968). Puis, Roussel, de 1965 : baigné, par l’, dans une folie de rythmes dansants (Suite en fa op. 33), et d’une allure, pour ainsi dire, redoutable et pompeuse – particulièrement en raison d’interventions audacieuses des cuivres –, mais dans le bon sens du terme (Symphonies n° 3 et 4). Ensuite, Honegger, de 1967 : fiévreux et impatient (Symphonie n° 2, proposée également dans une version Gramophone, 1942/1944), tout autant que lumineux et mystérieux (Symphonie n° 4). De celui-ci, aussi, on ne manquera pas de remettre dans notre platine une lecture fervente et comme embrumée par l’encens de la cantate sacrée La Danse des morts, enregistrée en 1941 avec l’, la Chorale Yvonne Gouverné et les magnifiques solistes dont la prononciation du français d’avant-guerre, donne à cette prestation un cachet d’authenticité : Jean-Louis Barrault (évocateur en tant que narrateur), Odette Turba-Rabier, Éliette Schenneberg et Charles Panzéra. Enfin, notre attention se focalise sur trois compositeurs dont l’activité créatrice a pu s’épanouir au XXe siècle : , et . De ce premier, on garde en mémoire la délicatesse de la voix d’Éliette Schenneberg, rendant l’exécution (de 1943) du Cercle des heures mélancolique et contemplative, ce à quoi Munch répond par de légères modulations de nuances. Pour Jolivet, le baryton exprime avec une douloureuse suggestivité Les Trois Complaintes du soldat, dans une prestation de 1944. Pour Dutilleux, on ne reste pas indifférent face au lyrisme flamboyant de la Symphonie n° 2 (gravure de 1965) et à l’ambiance obscure, tantôt grave, tantôt attendrissante, des Métaboles (captation de 1967).

En ce qui concerne les concertos et les œuvres concertantes, nous trouverons dans ce coffret un bouquet d’enregistrements réalisés avec des solistes légendaires, qu’il s’agisse d’interprétations signées (ledit concerto de Saint-Saëns et le Concerto pour la main gauche de Ravel), (Concerto pour violon de Bloch), (Concerto pour violon n° 5 de Mozart) et (Concerto pour piano n° 5 de Beethoven et Rapsodia portuguesa d’, aujourd’hui méconnue). Mais hormis ces jalons évidents de l’histoire de la phonographie, cette édition comporte également des belles découvertes. Parmi elles, s’impose une brillantissime exécution du Concerto pour piano n° 1 de , donnée en 1942 par Kostia Konstantinov, dont le toucher scintille de mille couleurs, et l’. C’est ici que Charles Munch nous fait percevoir la modestie dans l’utilisation des moyens d’expression, ainsi qu’une grande capacité d’écoute du soliste, en développant un dialogue captivant entre le piano et l’accompagnement orchestral. En outre, last but not least, retenons une saisissante interprétation du Concerto pour piano n° 20 de Mozart, assurée, dans les années 1941-1942, par la même phalange parisienne et Jean Doyen en soliste, dont l’approche, quelque peu mesurée, est une combinaison de virtuosité et de dramaturgie.

Avec un minutage généreux (une moyenne de plus de 70 minutes par disque), des transferts plutôt satisfaisants et la présence des partitions rares auxquelles Munch apporte une lumière permettant de les apprécier, ce coffret est une aubaine pour les admirateurs de ce grand chef d’orchestre, tant aimé par les musiciens eux-mêmes.

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