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Eötvös et Bartók par Péter Eötvös avec l’Orchestre de Paris

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie, Grande salle Pierre Boulez. 24-X-2018. Péter Eötvös (né en 1944) : Alle vittime senza nome (CF) ; DoReMi, Concerto pour violon n° 2. Béla Bartók (1881-1945) : Le Prince de bois op. 13 Sz. 60 ; Suite de danses Sz. 77 BB 86a. Patricia Kopatchinskaja, violon. Orchestre de Paris, direction : Péter Eötvös

peter_eotvos_hi_res_5_-_credit_marco_borggreveAprès l’Ensemble Intercontemporain la saison précédente, revient en France au pupitre de l’, pour un programme intégralement hongrois. 

Alors que plusieurs de ses ouvrages lyriques sont maintenant établis, à l’image de l’opéra Trois Sœurs encore repris récemment dans une nouvelle production à l’Oper Frankfurt, , qui fêtera en janvier prochain ses soixante-quinze ans, reste un chef et un compositeur très actif.

La première partie du concert de saison avec l’ est consacrée à deux de ses œuvres, la seconde à Bartók, annoncé déjà juste avant l’entracte avec deux bis extraits des 44 Duos pour deux violons donnés par la soliste et le premier violon de l’orchestre, , remarquable ce soir dès le solo en fin de premier mouvement de la première pièce du programme, Alle Vittime Senza Nome. Commandée par quatre orchestres italiens, la partition composée en 2016 est créée par le compositeur lui-même à La Scala l’année suivante. Elle bénéficie maintenant d’une création en France, pays tout aussi concerné que l’Italie par les victimes anonymes auxquelles elle est dédiée, celles qui traversent la Méditerranée pour tenter un meilleur destin en Europe, sans arriver à temps sur nos côtes.

Dans la continuité de Bartók, cette écriture exigeante montre une véritable maîtrise par l’alliage d’un style unique dense et de thèmes populaires. Pourtant, la pièce d’environ vingt-cinq minutes mériterait d’être entendue à nouveau pour déterminer si sa difficulté ne masque pas quelques limites. Plus facilement identifiable comme une œuvre d’importance et déjà interprétée dès 2014 à Radio France avec la dédicataire Midori et le compositeur au pupitre, le Concerto pour violon n° 2, titré DoReMi revient cette fois avec la violoniste . Là où la Japonaise montrait une certaine introversion, la Moldave extravertie bouge énormément pour développer cette partition autour des trois notes qui en composent le titre. Son dynamisme perturbe parfois, surtout face au calme et à la précision du maître, mais l’énergie qu’elle déploie parvient à emporter l’ensemble, notamment les premiers violons tout en nerf, puis l’alto d’Ana Bela Chaves lors d’un superbe duo.

La seconde partie, consacrée donc à Bartók, s’engage par Le Prince de Bois, proposé non pas intégralement, mais dans sa suite orchestrale agencée définitivement en 1932 pour être reconstituée en 2005. L’Orchestre de Paris y trouve des coloris hongrois dans sa sonorité, mais jamais Eötvös ne recherche la brillance ni encore moins un discours optimiste, peut-être préoccupé lui-même par les questions du créateur qui touchaient de manière frontale son compatriote lorsque celui-ci a débuté l’écriture du ballet.

La Suite de danses conduit aux mêmes effets et manque parfois quelque peu de justesse dans cette battue plus axée sur le fond que la forme, pour un rendu très différent de celui des deux derniers chefs, également compositeurs, face à l’Orchestre de Paris dans cette œuvre, Pierre Boulez en 2001 et Esa-Pekka Salonen en 2015. Moins tendu et sans doute plus intellectuel, Péter Eötvös boucle un concert débuté par la mort avec un ouvrage pour lequel Bartók rappelait alors que « son idée, […] est la fraternisation entre les peuples, envers et contre toutes les guerres et les discordes ».

Crédit photographique : Péter Eötvös © Marco Borggreve

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