À Clermont, traditions d’Auvergne en création

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Clermont-Ferrand. Opéra-Théâtre. 23-XI-2018. Anonymes : Chants et chants à danser d’Auvergne. Thierry Pécou (né en 1965) : Bonsoir belle bergère, pour soprano, orchestre à cordes et sons fixés. Marie-Joseph Canteloube (1879-1957) : Dix Chants d’Auvergne (arrangement : Jean-Guy Bailly). Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) : Sérénade symphonique en si bémol majeur op. 39. Ensemble Quaus de Lanlà. Karina Gauvin, soprano. Orchestre d’Auvergne, direction : Roberto Forés Veses

Atma_KarinaGauvin-julien faugèreLes programmations musicales de l’ ne manquent ni de mordant, ni de saveur. Après un effervescent « Vent d’Est » en début de saison, les vingt et un instrumentistes à cordes offrent une soirée fusionnant traditions auvergnates et création contemporaine.

Les vingt premières minutes du concert pourraient faire imaginer que la musique traditionnelle délivrée cappella par les trois voix masculines des , interprétation fondée sur des archives sonores de 1916 à nos jours, est un simple préambule à une soirée qui se veut « auvergnate » simplement pour attirer un public nombreux. Entre deux voix à l’unisson et un bourdon qui terminent sur des onomatopées vigoureuses pour le premier chant, une bourrée rustique qui s’enchaîne et une série de polkas piquées concluant le seul chant en français (« Un vieux soldat revient de guerre »), la langue régionale d’Auvergne ayant mené tout ce début de soirée, il est difficile à ce moment du concert de se représenter le savant mélange et le parfait équilibre entre la délicatesse de la musique savante et la rusticité de la musique traditionnelle que nous réservent les interprètes du soir. Une synergie similaire au partenariat entrepris depuis deux ans entre l’ et l’Agence des Musiques des Territoires d’Auvergne dont le trentième anniversaire est à l’origine de cette programmation.

Et pourtant. La musique dite « traditionnelle » se tourne étonnamment vers l’avenir quand ces chansons narratives révèlent des percussions de batterie ou des sons de saxophones, se nourrissant à chaque fois des nouveautés de leur époque. Face à elle, la création mondiale du compositeur en résidence , Bonsoir belle bergère pour soprano, orchestre à cordes et sons fixés, fait jaillir des extraits d’enregistrements ethnographiques bruts de chants populaires du patrimoine de la région. Le passé se superpose avec évidence à la texture orchestrale spécifiquement contemporaine (archets tapant les cordes, percussions sur les caisses des instruments…), ou fusionne implacablement avec la voix de la rayonnante , pour enfin se déstructurer à qui mieux mieux. Pas si étonnant quand on sait l’appétence du compositeur pour le mélange entre création contemporaine et musiques de l’oralité, pour la rencontre de cultures distantes dans l’espace et dans le temps.

Dans les Dix Chants d’Auvergne de Marie-, la soprano chante en langue régionale sans se détourner du lyrique. L’orchestre à cordes, la flûte de Mathilde Caldérini et le hautbois magistral de , sont traités comme des instruments traditionnels sans que l’ensemble « classique » perde de son aura, bien que les instrumentistes tapent parfois du pied et mènent leurs instruments vers d’autres contrées inhabituelles. Au final, l’osmose est telle que seules la grande richesse mélodique et rythmique des chants d’Auvergne et la qualité d’interprétation de ces musiciens classiques, soutenue par l’agréable transcription de Jean-Guy Bailly, ressortent vainqueurs, délitant la frontière injustifiée entre musique savante et musique populaire régionale.

Fil rouge de cette première partie de concert, la rigoureuse battue de s’anime avec ferveur pour la dernière œuvre de la soirée, la Sérénade symphonique en si bémol majeur d’. D’essence éminemment viennoise, la direction du chef sublime la mélancolie angoissante du Lento religioso tout autant que la grande variété de sa formation de chambre luxuriante de couleurs.

Crédits photographiques : Portrait de © Julien Faugère

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