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Fin de l’intégrale des symphonies de Michael Haydn chez CPO

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Michael Haydn (1737-1806) : symphonies n°13 en ré majeur MH 132/Perger 37 – avec les versions alternatives de deux mouvements- et n° 20 en ut majeur MH 252/ Perger 12. Notturno n°1 en fa majeur MH.185. Deutsche Kammerakademie Neuss, Lavard Skou Larsen, direction. Un CD Cpo 555042-2. Enregistré en la Deutschlandfunk kammermusiksaal de Neuss en novembre 2015. Textes de présentation en allemand et anglais. Durée : 62:39

 

michael haydnAvec ce volume, voici enfin bouclée chez CPO l’édition intégrale des quarante-quatre symphonies de . Ce disque regroupe les symphonies n° 13 et 20 avec en complément de programme le premier des trois nocturnes pour orchestre.

Difficile au regard de l’histoire de la musique pour d’avoir été le frère cadet d’un des géniaux fondateurs du classicisme musical et quasi créateur de la symphonie au sens moderne du terme. Au surplus il a concentré l’essentiel de son activité à Salzbourg, à l’époque même où un jeune prodige nommé Wolfgang Amadeus Mozart y livra ses premiers chefs-d’œuvre.

Le corpus des symphonies de Michael Haydn mérite toutefois un large coup d’oreille, vu le métier, l’originalité voire l’expérimentation dont il témoigne. D’ailleurs, par le passé, plusieurs de ses symphonies ont été attribuées non sans raison à son frère Joseph ou à son ami et collègue Wolfgang ce qui témoigne de la qualité des œuvres.

Dans ce CD, concentrons-nous sur les deux symphonies parmi les moins connues de sa production. La Symphonie n° 13 daterait de 1768-1770 ; cette oeuvre pétillante de spiritualité nous est parvenue dans deux copies à l’instrumentation parfois divergente : les ossia de la rédaction alternative en sont proposées en fin de disque. Son andante éclate le fil du discours entre divers pupitres solistes (deux violons, deux hautbois, deux cors, et même premiers alto et violoncelle), un peu à la manière du final de la symphonie « appel du cor », la trente-et-unième de son frère Joseph de peu antérieure. Le troisième mouvement, toujours dans le même esprit de recherche expérimentale du début du genre, fait s’enchaîner deux menuets très contrastés, sans réel « trio ». Dans la Symphonie n° 20, œuvre de compilation (une ouverture d’un ballet et trois mouvements conçus comme une courte cassation), plus que les profils thématiques peu saillants, on retiendra l’habileté et la plasticité avec lesquelles Michael Haydn développe les idées sur de longues distances à partir d’éléments motiviques parfois lapidaires, avec une incroyable intelligence musicale (surtout dans le long et spirituel presto final). Mettons à part le premier Notturno offert en complément de programme, sorte de musique d’ambiance un peu poussive, usant un peu trop des ficelles classiques dans ses schémas formels ou harmoniques. Il était sans doute destiné aux soirées privées, voire à la pratique musicale personnelle de l’archevêque Colloredo.

La politique éditoriale de l’éditeur CPO est parfois étrange. Les présents enregistrements auront sommeillé trois ans avant d’être publiés, pour boucler une intégrale commencée voici plus d’un quart de siècle. Les six premiers volumes, assez chagrins, en avaient été confiés au modeste orchestre de chambre slovaque placé sous la direction compassée de Bohdan Warschl. La autrement plus concernée et disciplinée sous la baguette de son chef fondateur Johannes Goritzki, ou à l’occasion de Frank Beerman, assuma tout autrement la réalisation artistique des volumes ultérieurs. C’est cet orchestre, sous la direction de son nouveau chef, le violoniste Lavard Skou Larsen, qui finalise le projet abandonné durant quelques années.

Las ! les pupitres de cordes ont perdu quelque peu de leur superbe, et la réalisation du Notturno semble parfois brouillonne, notamment par un manque de cohérence des pupitres de violons. Certains traits solistes (Symphonie n° 13) aux cordes sont tout aussi mal assumés. Au vu de la doxa actuelle, « historiquement informée », des cuivres plus tranchants, des timbales plus sèches et percutantes auraient été bienvenus. Ces interprétations honnêtes sans plus sont sans doute préférables à celles, déjà anciennes, d’Harold Faberman à la tête d’un Bournemouth Sinfonietta trop onctueux (Vox). Mais au fil du parcours chaotique de cette intégrale CPO, un Johannes Goritzki à la tête de cette même académie nous semblait autrement impliqué et soigneux, et bandait autrement les ressorts discursifs voire dramatiques de ces pages plus qu’attachantes. Bref, c’est avec quelques réserves que nous accueillons ce disque, conclusion d’un ambition projet éditorial – hélas ! – un peu malmené.

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