Léonore Baulac, nouvelle interprète de la Dame aux Camélias

Depuis qu’elle a été nommée étoile en décembre 2016, réalise ses rêves de danseuse. Le rôle de Marguerite dans La Dame aux Camélias, ballet de inspiré du célèbre roman d’Alexandre Dumas fils, en fait partie. La danseuse nous explique comment elle a préparé un rôle exigeant, qu’elle danse avec .

« Ce que je préfère en tant qu’interprète, c’est de raconter une histoire. »

ResMusica : Vous interprétez le rôle de Marguerite Gautier dans La Dame aux Camélias pour la première fois : que représente ce ballet pour vous ?

: C’est un rôle dont je rêvais depuis longtemps. Le ballet est entré au répertoire de l’Opéra en 2006 alors que j’étais à l’école de danse, et je n’ai jamais manqué une de ses reprises depuis. Quand j’étais quadrille, a souhaité que je danse Olympia dans ce ballet, c’était mon premier rôle de soliste.

J’apprécie particulièrement ce ballet car il est très centré sur l’aspect narratif. Ce que je préfère en tant qu’interprète, c’est de raconter une histoire. De la même manière, j’aime assister en tant que spectatrice à des ballets narratifs. John Neumeier donne un sens à chaque geste. Nous répétons avec lui et , un de ces maîtres de ballet à Hambourg. Le niveau de lecture est très approfondi. Même en ayant lu le roman d’Alexandre Dumas et vu le ballet à de nombreuses reprises, beaucoup de références m’échappaient encore et je continue à apprendre, alors que j’ai l’impression de connaître le ballet sur le bout des doigts. C’est ce qui est passionnant ! La Dame aux Camélias occupe aussi cette place très spéciale grâce à la magnifique musique de Chopin. La chorégraphie est très musicale, ce qui est d’une grande aide pour l’interprétation.

RM : Comment avez-vous été choisie pour ce rôle que vous dansez aux côtés de ?

LB : John Neumeier a fait passer des castings et a composé les couples. Il est venu nous voir aux cours et en spectacle. Il nous connaît aussi car il a créé le Chant de la Terre pour le Ballet de l’Opéra de Paris [NDLR : en 2015] et conserve souvent un pied dans la maison. Mathieu Ganio et moi avons été surpris d’être choisis pour danser ensemble dans un rôle qui demande autant de complicité et d’intensité dramatique entre les deux personnages car nous n’avions jamais dansé ensemble auparavant. Mais je suis ravie. Mathieu Ganio a une longue habitude du rôle d’Armand. C’est un excellent partenaire, extrêmement agréable et bienveillant.

RM : Comment avez-vous abordé cette prise de rôle de Marguerite et comment avez-vous travaillé votre personnage ?

LB : J’ai essayé de l’aborder de manière vierge d’interprétations empruntées, ce qui est difficile car de très grandes interprètes ont dansé le rôle de Marguerite. Il est intéressant d’essayer de se faire sa propre interprétation sans emprunter une gestuelle à une telle ou une telle. D’autant plus que nous avons eu la chance que , qui connaît tout le texte, vienne nous enseigner les pas-de-deux. J’ai essayé de créer un personnage à partir des riches informations qui m’ont été transmises.

RM: Quelles sont les spécificités techniques de l’écriture de John Neumeier ?

LB : La principale difficulté réside dans les portés, qui sont acrobatiques. J’ai eu beaucoup de chance parce que Mathieu Ganio est un partenaire hors pair. Très vite, nous avons pu nous attaquer à l’interprétation car nombre des obstacles techniques habituels n’ont pas posé de problème. Globalement, la préparation s’est passée de manière assez idyllique. J’ai pu m’appuyer sur l’expérience de Mathieu, sur le personnage accompli qu’il a élaboré pour créer le mien. Je n’ai jamais eu l’impression de devoir copier quelqu’un.

RM : Quelles sont les différences d’interprétation que vous avez pu observer entre le ballet de John Neumeier et l’œuvre d’Alexandre Dumas fils ?

LB : Le ballet est assez fidèle au roman. En revanche, le nombre de personnages a été réduit – notamment le nombre d’amants de Marguerite ! – afin que chaque personnage ait une personnalité bien identifiable. Neumeier a accentué le parallèle entre Manon et Marguerite pour le rendre plus visible.

RM : Combien de temps ont duré les répétitions ?

LB : Au total, nous avons répété environ deux mois, ce qui est plus long que d’habitude. Pour un grand classique, par exemple, il faut compter un mois de répétitions. Pour moi, cela n’était pas de trop car nous sommes sur scène durant les trois actes et chaque geste mérite d’être réfléchi.

RM : Quelles danseuses avez-vous admiré le plus dans le rôle de Marguerite ?

LB : Ce rôle est imprégné de chacune de ses grandes interprètes, car il nécessite d’y livrer beaucoup d’émotions personnelles. Parmi elles, il y a bien entendu et , que j’ai pu observer de très près en dansant le rôle d’Olympia dans les deux distributions. Plus récemment, dans les vidéos que j’ai regardées, j’ai beaucoup aimé , dont j’ai découvert le grand talent d’interprète à cette occasion.

RM : Ce rôle est-il le plus fort émotionnellement que vous ayez dansé ?

LB :  Il en fait partie, même s’il y a beaucoup de rôles magnifiques et qu’il est difficile de dissocier les rôles des moments où on les vit. Dans un registre très différent, il y a également Le Sacre du printemps, qui était à la fois prenant, douloureux et personnel. À l’Opéra de Paris, nous avons la chance d’avoir plusieurs rôles qui nous nourrissent et exigent autant de nous.

RM : Depuis votre nomination d’étoile il y a deux ans, vous avez eu l’opportunité d’interpréter plusieurs rôles qui vous faisaient rêver comme l’Élue dans Le Sacre du printemps de ou Juliette dans Roméo et Juliette de Noureev : qu’est-ce qui vous fait encore rêver à présent ?

LB : Dans le registre des histoires d’amour dramatiques, j’aimerais interpréter le rôle de Tatiana dans Onéguine  [NDLR : de ]. Dans un registre plus classique, celui de Giselle me touche beaucoup, peut-être en raison de la force du corps de ballet féminin et de la scène de la folie, qui me semble d’une grande modernité.

 » J’ai envie en ce moment de poursuivre dans le classique car je me sens en progression. »

Si j’aime beaucoup alterner les rôles classiques et contemporains, j’ai envie en ce moment de poursuivre dans le classique car je me sens en progression. Il n’y a pas de secrets avec le classique : plus on en danse, plus on s’y sent à l’aise !

Mais je suis très heureuse de travailler avec et dans les prochaines entrées au répertoire [NDLR : programme Léon, Lightfoot/Van Manen du 18 avril au 23 mai 2019]. J’aimerais beaucoup travailler aussi avec et . J’espère que cela pourra se faire prochainement, peut-être à l’occasion de la prochaine création de à l’Opéra à la rentrée 2019. Il me reste encore beaucoup de rêves en contemporain comme en classique !

Entretien réalisé le 30 novembre 2018 au Palais Garnier.

Crédits photographiques : © Svetlana Loboff

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