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Céleste Quatuor pour la fin du temps aux Bouffes du Nord

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Théâtre des Bouffes du Nord. 10-XI-2018. Claude Debussy (1862-1918) : Études pour piano, Livre I (Pour les « cinq doigts » d’après Monsieur Czerny, Pour les Quartes, Pour les Octaves). Isaac Albéniz (1860-1909) : Iberia, premier cahier. Olivier Messiaen (1908-1992) : Quatuor pour la fin du temps. Roger Muraro, piano. Patrick Messina, clarinette. Fanny Robilliard, violon. Raphaël Perraud, violoncelle

Roger-Muraro-Portrait-Alix-Laveau_22Fervent interprète d’, le pianiste s’est bien entouré pour nous livrer une version émouvante du Quatuor pour la fin du temps au Théâtre des Bouffes du Nord.

En prélude à l’imposant quatuor, le pianiste pioche dans son répertoire de soliste trois Études de Debussy et le premier cahier d’Iberia d’Albéniz : une première partie courte mais de luxe, ne serait-ce que par la virtuosité des œuvres. Pour les cinq doigts, Pour les quartes et Pour les octaves, choisis dans le premier livre des Études, sont fidèles au récent enregistrement du pianiste chez Harmonia Mundi (compte-rendu à venir) : même mise en valeur de la richesse de la partition, mêmes souffle et mouvement impulsés à l’œuvre. S’ajoutent les avantages du concert, comme l’écoute de ces points d’orgue qui ponctuent les traits de Pour les Quartes, et dont la vibration emplit la salle.

Le premier cahier d’Iberia d’Albéniz, enregistré il y a plus longtemps (1997), est plus inattendu dans le programme. Le pianiste sert la partition avec un vrai respect des indications dont elle fourmille, bien que l’interprétation manque parfois d’un peu de finesse, péchant notamment par un excès de pédale. Évocation est plus lyrique que rêveur, le chant très extériorisé même dans les ppp, El Puerto pourrait être plus clair et détaché. Reste le pouvoir suggestif du Corpus Christi en Sevilla évoquant la procession religieuse jusque dans ses débordements festifs, depuis les effets de castagnettes des premiers gruppetto aux éclats des forte saturés dans les aigus.

Peu d’œuvres demandent à ce point une virtuosité de chaque soliste et un équilibre de l’ensemble que le Quatuor pour la fin du temps. Des qualités que réunissent les trois instrumentistes qui rejoignent le pianiste après l’entracte : la violoniste , récemment applaudie au sein du Trio Karenine, le violoncelliste , apprécié dans Debussy, et le clarinettiste . Chaque pupitre, individuellement et en osmose, semble avoir trouvé la marge étroite d’expressivité que semblait laisser la partition, dans les détails et leur compréhension intime de la musique.

Liturgie de cristal est un parfait dosage de chaque pupitre : les trilles légers du violon et le chant de la clarinette, souple et comme détaché de la pulsation, évoquent avec justesse le réveil des oiseaux, par-dessus la basse obstinée du piano et le violoncelle. Cet équilibre entre les voix et la couleur qui ressort des différentes combinaisons instrumentales seront tout autant saisissants dans Fouillis d’arc en ciel. Après le violent appel de l’ange, le duo violon-violoncelle de Vocalise, pour l’Ange qui annonce la fin du temps se déploie dans un legato égal, mais jamais plat ni monotone, tout comme les accords du piano qui les portent. L’abîme des oiseaux est un moment de grâce né du souffle maîtrisé du clarinettiste : défiant la perception, il fait émerger le son, puis croître jusqu’à saturation, avant de revenir au silence. Précis, il parvient à donner l’illusion d’un rythme totalement libre. Après l’Intermède, vif et rythmique à souhait, le violoncelle de capte l’attention de l’auditeur tout au long du chant étalé Louange à l’éternité de Jésus. La Danse de la fureur, dans son unisson en tutti insensé est impressionnante de précision, dans les attaques, comme les intentions musicales. Après un raccord du violon, la musique reprend avec le Fouilli d’arc-en-ciel, pour finir avec la Louange à l’Immortalité de Jésus. Lascension lente, maîtrisée et vibrante du chant du violon, au timbre très beau, nous donne un aperçu d’éternité.

Osons le dire : en ce jour d’anniversaire des 110 ans du maître, l’esprit d’ est parmi nous.

Crédits photographiques : © Deutsche Grammophon

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