Robert Irving, incomparable chef de ballet

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Robert Irving – The Decca Recordings. Christoph Willibald von Gluck (1714-1787) : Suite de ballet n° 1 (arrangement de Felix Mottl). André-Ernest-Modeste Grétry (1741-1813) : Céphale et Procris, suite de ballet (arrangement de Constant Lambert). Jules Massenet (1842-1912) : Le Cid, musique de ballet de l’acte II. Giacomo Meyerbeer (1791-1864) : Les Patineurs (arrangement de Constant Lambert). Constant Lambert (1905-1951) : Horoscope, suite de ballet. William Walton (1902-1983) : Façade, suites n° 1 & 2. Giuseppe Verdi (1813-1901) : The Lady and the Fool, suite de ballet (arrangement de Sir Charles Mackerras). New Symphony Orchestra of London, London Symphony Orchestra, direction : Robert Irving. 1 double CD Decca « Eloquence Australie » 4827289. Enregistré entre le 14 juillet 1952 et le 23 mai 1955 au Kingsway Hall et aux Carlton Rooms, Maida Vale, Londres. ADD [mono]. Notices unilingues (anglais) bonnes. Durée : 120:23

 

decca_robert_irving_decca_recordingsEncore une heureuse initiative – une de plus ! – d’Universal Australie qui permet cette fois, en publiant l’ensemble de ses gravures Decca, d’apprécier l’art de l’excellent chef d’orchestre britannique (1913-1991) dans le domaine où il était le plus connu et respecté : la musique de ballet.

Dans son admirable coffret Le Son Decca – Les Années Mono (1944-1956), le célèbre label anglais avait notamment choisi, parmi ses nombreux interprètes sous contrat, de représenter le chef d’orchestre britannique dans quelques unes des œuvres ici présentes (Suite de Ballet n° 1 de Gluck, Céphale et Procris, suite de ballet de Grétry, Façade de Walton, Horoscope de ), associées sur CD à des pages dirigées par Anatole Fistoulari et Anthony Collins. Nous avions donc déjà dans ce coffret deux immenses chefs d’orchestre de ballet : Robert Irving (1913-1991) et Anatole Fistoulari (1907-1995), auxquels on pourrait ajouter dans ce domaine, également chez Decca, Ernest Ansermet (1883-1969), Richard Bonynge (né en 1930), Antal Doráti (1906-1988).

Toutefois, tout comme d’ailleurs Anatole Fistoulari, Robert Irving risquait de tomber dans l’oubli, ayant moins enregistré que ses confrères, essentiellement dans les années 50 et 60. Né à Winchester le 28 août 1913, il entreprend des études musicales au New College d’Oxford, où il fait ses débuts en dirigeant une compagnie théâtrale, l’Oxford University Opera Club, en 1935. Après des études avec Malcolm Sargent et au Royal College of Music, il rejoint l’équipe du Royal Opera House en 1936, travaillant comme accompagnateur et conseiller d’opéra. Après la Seconde Guerre mondiale, il devient chef assistant du et est nommé chef principal du Sadler’s Wells Ballet de 1949 à 1958 (à la suite du départ à la retraite du directeur musical ), maîtrisant le répertoire classique du ballet et travaillant en étroite collaboration avec le chorégraphe Frederick Ashton (1904-1988) qui initia Façade (1931), Les Patineurs (1937) et Horoscope (1938), ce dernier considéré par le critique musical Francis Toye (1883-1964) comme « peut-être le ballet moderne le plus réussi qui ait été produit au Sadler’s Wells Theatre depuis longtemps. »

En 1958, Irving est invité par le légendaire (1904-1983) à rejoindre la compagnie en tant que directeur musical du . Il y restera jusqu’en 1989, portant l’orchestre de la compagnie à un niveau tel que Balanchine affirmera : « Avec notre orchestre, si vous n’aimez pas ce que vous voyez, vous pouvez fermer les yeux tout en écoutant un bon concert. »… Et la non moins légendaire (1894-1991) dira si joliment combien Irving savait « mettre la musique sous les pieds des danseurs ».

Les goûts musicaux d’Irving allaient de Bach et Mozart à Stravinsky, Webern, Ives et Xenakis. C’est dire à suffisance que les œuvres sur ce double CD ne représentent qu’une infime partie des nombreuses partitions de ballet importantes auxquelles Irving a été étroitement associé au cours de sa carrière. Tout aussi à l’aise dans le pur classicisme de Gluck, les pastels de Grétry (dans l’arrangement de Constant Lambert, plus proche des originaux que celui de François-Auguste Gevaert), l’art bon enfant de Meyerbeer, l’ironie de Walton, que dans la somptuosité orchestrale de Massenet, Irving nous offre un programme essentiellement divertissant, avec toutefois une œuvre qui sort de l’ensemble par sa subtilité d’expression et sa profondeur : la suite de ballet Horoscope de Constant Lambert (1905-1951) alternant musique rythmée, syncopée, et moments plus méditatifs, rêveurs, voire mystiques.

De toutes ces pages, Robert Irving sait tirer le maximum de substance avec naturel, fraîcheur et spontanéité réjouissantes, avec précision et netteté rythmique n’excluant nullement un jeu chaleureux qui rappelle d’ailleurs celui de son collègue le plus proche artistiquement : Anatole Fistoulari. Maintenant, appelons de nos vœux la réédition de ses enregistrements RCA, EMI, et surtout Capitol avec notamment des ballets américains ainsi que la version de référence des Saisons d’Alexandre Glazounov (1865-1936).

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